Peut-on, grâce à la technologie, prédire les crimes ? Les Américains pensent que oui. Et les Français ? Rencontre avec les gendarmes qui travaillent sur la prédiction criminelle.

Capture d'écran du reportage "USA : les devins du crime" d'Envoyé Spécial diffusé le 31 mars 2016 sur France 2
Capture d'écran du reportage "USA : les devins du crime" d'Envoyé Spécial diffusé le 31 mars 2016 sur France 2 © Radio France

La police américaine utilise depuis plusieurs années des outils de ce qu’on appelle la prédiction criminelle. Le plus connu d'entre eux : PredPol (pour Predictive Policing). Concrètement, ce logiciel permet, selon l’analyse d’un très grand nombre de données ("big data "), de prévoir où et quand un crime va voir lieu.

De la science fiction ? Non, la réalité pour la police américaine. Des reporters d’Envoyé Spécial ont suivi une patrouille à Los Angeles qui utilise ce type de logiciel. Et grâce à lui, la police procède à des arrestations pour tentative de vol :

Investigations criminelles

Colonel Patrick Perrot, chef de la division analyse et investigations criminelles
Colonel Patrick Perrot, chef de la division analyse et investigations criminelles © Margaux Duquesne

En France, la gendarmerie s’est emparée de cette question depuis quelque temps. Jusqu’à cet été, ils expérimentent un outil de cartographie des crimes et délits potentiels. Leurs équipes ont des profils très spécialisés et des moyens conséquents, comme l’explique le colonel Patrick Perrot , chef de la division analyse et investigations criminelles, du Pôle Judiciaire de la Gendarmerie Nationale :

La division comprend à peu près 100 personnes : des profils d'enquêteurs judiciaires et de profils de crimonologues, voire de sécurité publique générale.

Cette division de la gendarmerie a une dizaine de scientifiques de différents domaines : mathématiques fondamentales, cartographie associée à l'informatique, business intelligence, business intelligence, informatique décisionnelle.

Alerter les citoyens

Leur travail consiste à réunir toutes les données enregistrées par les autorités sur l'ensemble du territoire : le type de crimes et délits, les heures, les lieux, sur plusieurs années en arrière. A quoi ils ajoutent les données socio-économiques de l’INSEE : le taux de chômage, nombres de retraités, de bénéficiaires du RSA, etc. Le tout est passé à la moulinette, à l’aide d’algorithmes basés sur des réseaux neuronaux artificiels, c’est-à-dire, s’inspirant du fonctionnement des neurones humains. Ainsi ils obtiennes des cartographies avec des probabilités de crimes.

Une fois qu'il est possible de prédire qu’à tel endroit il y a un forts risque de délits, que faire ? Plusieurs solutions : la plus logique étant de renforcer les patrouilles sur place. Mais les gendarmes n’hésitent pas non plus à prévenir les victimes potentielles pour qu’elles fassent plus attention. Le colonel Perrot, le rappelle : la sécurité est l’affaire de tous :

Les gens ont besoin d'être alertés. Aujourd'hui, chaque citoyen doit être aussi acteur de sa sécurité. Dès lors que vous dites à un exploitant agricole, par exemple, qu'il y a un risque de vol d'engins agricoles, lui-même saura mettre en place un certain nombre de protections pour éviter que cela ne se produise. Le délinquant, s'il ne réussit pas dans les 5, 10 minutes, à commetre son forfait, il partira. Déjà le retarder peut suffire à prévenir un fait.

Coup de filet… ou pas

Mais ces techniques prédictives ne marchent pas à tous les coups. Prenons l’Euro 2016 , par exemple, qui commence en juin prochain : il y a de hauts risques que se produisent des actes de délinquance pendant ce championnat de football. Or, c’est typiquement le genre d’évènement qui échappe à la prédiction criminelle. Et pour cause, il a lieu tous les 4 ans. Patrick Perrot rajoute :

L'analyse prédictive s'appuyant sur l'antériorité des faits, on aura trop peu de données.

Mais que fait la police ?

La Police Nationale n’a pour l'instant engagé aucune démarche dans l'installation de ce type de système de prédictions criminelles. Pourquoi ? La réponse de Christophe Soullez , chef du département de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales :

Dans la culture policière, la donnée, l'information statistique, n'est pas une préoccupation. En matière de police judiciaire, chacun gère ses affaires individuellesment : traffic de stup, traite d'êtres humains, bracages… Le ministère de l'Intérieur n'a pas une vision très prospective dans la lutte contre la délinquance.

La police nationale commence seulement à prendre conscience de l’importance de ces analyses de données. Mais de là à ce qu’elle soit équipée des mêmes outils que la police américaine, on peut encore attendre. Alors avant qu'elle soit équipée des mêmes outils que la police américaine, il faudra attendre très longtemps.

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