Surveiller, protéger, informer… C’est la devise de l’exposition « Le Secret de l’Etat », proposée depuis mercredi aux Archives nationales de Paris. Nous y découvrons des lettres confidentielles, de faux passeport d’espion, des montre-micros… C’est toute l’histoire des renseignements, sur trois siècles, de l’ancien régime à aujourd’hui, qui est présentée.

L'exposition Le secret de l'Etat aux Archives Nationales
L'exposition Le secret de l'Etat aux Archives Nationales © Radio France / RF

Dès l’entrée, le visiteur découvre une galerie de portraits de personnages connus allant d’Edward Snowden, à Bradley Manning ou encore Julian Assange… L’idée est d’interpeller le public, de lui faire prendre du recul sur des thèmes comme la loi sur le renseignement, les fuites massives de WikiLeaks ou la lutte contre le terrorisme. Avec une question : dans une démocratie, vaut-il mieux conserver des secrets ou privilégier la transparence à tout prix ?

Sébastien-Yves Laurent, professeur à l’Université de Bordeaux et commissaire de cette exposition à lui sa réponse :

Cette exigence de la transparence, à l'Etat, est à mon sens illusoire et dangereuse. C'est un fantasme de croire que le secret masque systématiquement quelque chose de l'ordre de l'illégalité ou de l'amoralité.

Les organisateurs de cette exposition estiment qu’un Etat a toujours besoin de conserver ses secrets. Cette visite aux Archives nationales est l’occasion de comprendre les évolutions des techniques d’espionnage. Ont-elles vraiment évolué ?

S’il est possible aujourd’hui de pirater la boîte mails du directeur de la CIA, à l’époque des reines et des rois, ce n’était finalement pas beaucoup plus compliqué. Avec Hervé Lehning, mathématicien et spécialiste en cryptologie, replongeons au XVIe siècle, dans les cours européennes d’Ecosse, de France ou d’Angleterre, avec une reine, Marie Stuart, adepte des messages chiffrés. Un passion qui lui a coûté cher :

Marie Stuart s'est fait hacker tous ses messages et y a perdu la tête.

Le secret de l’Etat, les complots, ont toujours pu être dévoilés. A un détail près… Aujourd’hui, tout le monde est susceptible de pirater le compte d’un homme de pouvoir, tandis qu’à l’époque, pour intercepter des messages, il fallait quand même avoir ses entrées dans les châteaux : un espion à la cour du roi, par exemple.

Cryptologie, la sciences du secret

Et puis, en filigrane de cette exposition, c’est aussi l’histoire de la cryptologie, cette science du chiffre, du secret. Les premiers créateurs de codes secrets appartenant bien souvent au milieu politique :

Les inventeurs du chiffre sont soit des diplomates, soit des militaires, soit des présidents.

C’est finalement très logique, puisque ces hommes de pouvoir sont aussi les tous premiers utilisateurs de ces codes secrets. Tour à tour, empereurs, rois et hommes d’Etat vont perfectionner ces techniques pour protéger le secret de l’Etat. Pas toujours dans un intérêt public, comme est obligé de constater Sébastien-Yves Laurent, commissaire de l’exposition :

Un certain nombre de responsables politiques ont essayé d'utiliser le secret de la défense nationale, pour cacher, restreindre l'accès à d'éventuels juges, à des réalités qui ne relevaient pas de l'intérêt de l'Etat.

Aux archives nationales, on trouve par exemple des extraits de journaux de la célèbre affaire des écoutes de l’Elysée, lorsque le président François Mitterrand avait usé du secret de l’Etat pour protéger sa vie privée. C’était oublier qu’un secret d’Etat n’est pas éternel. Il finit toujours par être dévoilé. Ce n’est qu’une question de temps.

Le secret de l'Etat. Surveillr, protéger, informer. XVIIe-XXe siècle , jusqu’au 28 février, Archives nationales, Hôtel de Soubise, 60 rue des Francs-Bourgeois, Paris (3e).

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