Mesdames et Messieurs les auditeurs,

Bouguereau, Jeune fille résistant à Eros, 1880
Bouguereau, Jeune fille résistant à Eros, 1880 © Coyeau / Bouguereau

Je vais à mon tour vous parler d’amour et de droit.

Et c’est un paradoxe car le mot « amour » n’apparaît dans aucun texte juridique .

Le Droit prend acte de la supériorité de Cupidon : on ne fait pas la loi au Dieu de l’Amour, on fait avec.

Cupidon est le plus puissant de tous les Dieux : une fois sa flèche plantée, c’est la passion qui s’installe, et toute devient confus : confondu.

Le Droit prend acte de cette puissance et ne va régler que ses conséquences sous les mots de : « incompatibilité professionnelle », « obligation d’indépendance », « déontologie » ou parfois même « prison » si l’amour, même consenti, se consomme entre un majeur et un mineur.

Tout récemment, le ministère de l’intérieur a mis fin aux relations entre une gendarmette et un djihadiste lequel, – grâce à l’amour – en avait appris beaucoup surles procédures d’accès à une caserne etla liste des armes qui y étaient entreposées.

La gendarmette a été mutée : sa hiérarchie en a le droit . Et on lui refusera sans doute d’aller visiter son tourtereau en prison. Car la délivrance d’un permis de visite à un détenu peut être refusée pour des raisons de sécurité.

Moins dramatiquement, l’UMP n’a jamais exigé de Rama Yade , quand elle étaitministre, de quitter son mari, pourtant militant et ancien conseiller ministériel socialiste . Si ce même mari avait été député PS , il est en aurait peut-être été autrement .

Comme entre Ministre et journaliste , par exemple, ou la question de lafrustration professionnelle de l’un des deux se pose avec la notion de « conflit d’intérêt ».

Car Cupidon menace tout :

L’amour entre trader et détenteur d’informations boursières privilégiées ? Le délit d’initié n’est pas loin.

La passion entre un décideur de marché public etla responsable d’une entreprise postulante ? Porte ouverte à la corruption et au trafic d’influence.

On pourrait se rassurer en disant qu’il y va entreAmour et Droit comme avec l’alcool et la voiture : boire ou conduire, il faut choisir.

Mais c’est oublier que Cupidon choisit sa cible lui-même , en se moquant de nos catégories juridiques !

Un amour qui ne finit pas au Théâtre de l'Oeuvre
Un amour qui ne finit pas au Théâtre de l'Oeuvre © Marcel Hartmann Image à la Une
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