Mesdames et Messieurs les auditeurs ,

Le Voyageur contemplant une mer de nuages, Caspar David Friedrich, 1818
Le Voyageur contemplant une mer de nuages, Caspar David Friedrich, 1818 © / Cybershot800i

Sur les réseaux sociaux , on envoie et on reçoit des messages qui deviennent publics alors qu’on est seul chez soi sans prononcer un mot !

Beaucoup de débordements de langage s’y produisent, à l’image d’un défoulement solitaire à voix haute dans des lieux déserts.

On y cherche un sentiment d’impunité.

Hélas ! Victor Hugo a décrit les risques d’une telle pratique en ces termes :

Jeunes gens, prenez garde aux choses que vous dites.

Tout peut sortir d'un mot qu'en passant vous perdîtes. Tout, la haine et le deuil ! - Et ne m'objectez pas Que vos amis sont sûrs et que vous parlez bas... - Ecoutez bien ceci :

Tête-à-tête, en pantoufle, Portes closes, chez vous, sans un témoin qui souffle, Vous dites à l'oreille au plus mystérieux De vos amis de coeur, ou, si vous l'aimez mieux, Vous murmurez tout seul, croyant presque vous taire, Dans le fond d'une cave à trente pieds sous terre, Un mot désagréable à quelque individu ; Ce mot que vous croyez que l'on n'a pas entendu, Que vous disiez si bas dans un lieu sourd et sombre, Court à peine lâché, part, bondit, sort de l'ombre ! Tenez, il est dehors ! Il connaît son chemin. Il marche, il a deux pieds, un bâton à la main, De bons souliers ferrés, un passeport en règle ; - Au besoin, il prendrait des ailes, comme l'aigle ! - Il vous échappe, il fuit, rien ne l'arrêtera. Il suit le quai, franchit la place, et caetera, Passe l'eau sans bateau dans la saison des crues, Et va, tout à travers un dédale de rues, Droit chez l'individu dont vous avez parlé. Il sait le numéro, l'étage ; il a la clé, Il monte l'escalier, ouvre la porte, passe, Entre, arrive, et, railleur, regardant l'homme en face, Dit : - Me voilà ! je sors de la bouche d'un tel. -

Et c'est fait. Vous avez un ennemi mortel.

Voyez, en un temps où le téléphone n’existait même pas , comme Hugo nous incite certes à la prudence dans nos paroles , mais surtout à ne pas se croire à l’abri des autres .

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