Mesdames et messieurs les auditeurs,

Bébé assis
Bébé assis © Fylkesarkivet i Sogn

Les faits ressemblent à un conte de fée : deux très jeunes mères accouchent de leur premier enfant – des filles, qui partagent la même couveuse .

Par négligence, une infirmière alcoolique et dépressive intervertit les bébés en les restituant à leur mère.

Dix ans plus tard , à la faveur de tests génétiques - un des pères a des doutes - les deux couples découvrent que leurs filles ne sont pas les filles biologiques de leurs mères légales.

Cette révélation perturbante a bouleversé les deux familles.

Elles se sont rencontrées,chacune des filles a vu sa mère biologique , et les liens tissés par la réalité de la vie ont été plus fort que le verdict de la génétique.

Mais les familles, atteintes de victimisation, ont demandé en Justice 12 millions contre la maternité.

Mardi dernier, le Tribunal leur a accordé 1 million chacune : 400.000 € par fille, et 300.000 € par parent.

Une affaire certes exceptionnelle justifie-t-elle des chiffres aussi exorbitants ?

Car il faut rappeler qu’en France, en cas de mort d’un conjoint ou d’un enfant, par la faute d’un autre , on reçoit au maximum30.000 €.

En cas de viol, on n’obtient pas beaucoup plus.

Un piéton condamné à vie au fauteuil roulant par une voiture , peut amèrement espérer 300 à 500 mille euros - mais tout dépendra de sa situation matérielle.

Quant aux travailleurs de l’amiante, on sait ce qu’il en est.

Alors comment évaluer le préjudice de ces familles sans doute perturbées, mais vivantes, sans maladie chronique et surtout sans atteintes physiques ?

Louisa (le bébé) avec son papa, son grand frère et sa grande soeur
Louisa (le bébé) avec son papa, son grand frère et sa grande soeur © Radio France

Comment évaluer le préjudice de n’avoir pas élevé l’enfant dont on a accouché – mais sans l’avoir su ?

Comment évaluer le préjudice d’avoir subi des quolibets sur la ressemblance physique ? - alors qu’un enfant ne nous ressemble pas toujours.

Comment évaluer le préjudice de n’avoir pas été élevé par la femme dont on est issu biologiquement - mais d’avoir eu quand même une maman ?

La vie aurait-elle été meilleure sans cette révélation ?

Au-delà de l’argent, ces deux familles aurait avantage à rencontrer des cercles de parents adoptifs pour échanger surl’expérience de la filiation et du deuil du biologique.

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