La Plaidoirie imaginaire de Jean-Paul Carminati

Mesdames les Messieurs les auditeurs,

Chats et lapins
Chats et lapins © Herbert Spichtinger/Image Source/Corbis

L’être humain occidental, urbanisé, coupé de la Nature, bouleversé par le monde numérique, reporte depuis quelques décennies son besoin d’affection et d’authenticité sur certains animaux, notamment les mammifères - et en particulier ceux que nous avons domestiqués.

C’est pourquoi les animaux sont protégés depuis peu des mauvais traitements dans le Code pénal.

Ils sont protégés au Code de l’environnement.

Leur élevage et leur abatage est réglementé au Code rural.

Et les voilà qui rentrent maintenant au « Code civil » alors qu’ils n’ont strictement rien à y faire en tant que tels.

Nos députés ont décidé cette semaine d’inclure dans le Code Napoléon un titre intitulé « Des animaux ».

Ils sont dorénavant définis juridiquement comme « des êtres vivants doués de sensibilité ».

On nous indique que c’est un progrès car les animaux étaient auparavant considérés comme des « meubles ».

Il est vrai que le droit est un peu abrupt et raisonne par catégories :

Il y a les « Personnes » et les « Biens ».

Les personnes sont des êtres humains, ou des groupes d’humains .

Les personnes peuvent s’engager, signer des contrats, être responsables, être condamnées.

Les animaux ne sont pas des « Personnes » au sens juridique. Un animal est irresponsable par excellence.

C’est son maitre qui répond de son comportement. Un animal n’hérite pas, n’a pas de casier judiciaire, ne signe pas de contrats, ne prête pas d’argent – sauf dans Pinocchio.

N’étant pas des personnes, les animaux sont classés dans la catégorie des « Biens », elle-même subdivisée en deux : les biens « immeubles », qu’on ne peut pas déplacer et les biens « meubles » qui sont dépalçables.

Rien d’infamant dans cette classification purement fonctionnelle.

Par exemple, dans les divorces, l’attribution à tel ou tel conjoint des animaux domestiques est effectuée en même temps que l’attribution de la voiture ou du téléviseur.

Mais les animaux indispensables aux cultures ou par exemple les poissons des plans d’eau, sont considérés comme des « immeubles », inséparables de l’activité.

Le fait de définir les animaux comme « des êtres vivants doués de sensibilité » ne change pas ces règles.

Alors à quoi sert cette nouvelle loi ?

A rien. C’est une mièvre déclaration de principe sans effet juridique.

Alors que les animaux méritent mieux que cela :

un code pour eux, qui regrouperait toutes les lois éparses qui les règlementent,

un code rien que pour eux seuls, un « Code des animaux ».

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