2017 a vu plusieurs générations d’hommes et de femmes politiques blackboulés, cette année au cours de laquelle le paysage politique, ses frontières, sa topographie, ses reliefs auront été radicalement transformés… L’une des victimes de ce tremblement de terre, c’est bien sûr le PS - et son représentant, Benoît Hamon.

Benoît Hamon embrasse ses militants, le soir de l'élection présidentielle, après un discours à la Maison de la Mutualité... Emmanuel Macron vient juste d'être élu
Benoît Hamon embrasse ses militants, le soir de l'élection présidentielle, après un discours à la Maison de la Mutualité... Emmanuel Macron vient juste d'être élu © AFP / Martin Bureau

Pour nous accompagner et tenter de comprendre un peu le "cas Hamon", Thomas Legrand reçoit Mathieu Hanotin, à l'époque directeur de campagne du candidat socialiste.

Un échec cuisant

Benoît Hamon avait pourtant apporté sans doute la seule idée vraiment neuve de cette campagne, le revenu universel - utopie irresponsable ou prémonition visionnaire ? Toujours est-il que ça a raté ! 

A-t-il eu tort… ou raison trop tôt ? 

A-t-il tout simplement été emporté par le contexte implacable, celui de l’effondrement, partout en Europe de la social-démocratie, et plombé, donc, par un quinquennat socialiste particulièrement impopulaire, dont il était inévitablement, et par fonction, comptable ? 

À gauche comme à droite, en France, dans tout le monde démocratique, les circonstances sont au grand chambardement des sortants et des partis classiques. 

Vainqueur de la primaire socialiste

À la fin du mois de Janvier 2017 se déroulent les primaires de la gauche. La situation politique est alors la suivante : 

  • Marine Le Pen est en avance sur tout le monde ! 
  • Jean-Luc Mélenchon construit sa candidature sur un mot qui le portera ("l’insoumission"), il avait eu cette intuition en intitulant l’un de ses livres Qu’ils s’en aillent tous (2011) ! 
  • Emmanuel Macron assoit déjà son dynamisme sur l’opposition aux partis politiques établis. 
  • La droite a, depuis deux mois un candidat surprise, elle aussi : François Fillon, déjà fragilisé par les affaires… 
  • Benoît Hamon gagne la primaire grâce à ses propositions innovantes mais aussi beaucoup à son statut de frondeur… Dans le bowling que sont les élections, partout en cette période « dégagiste », il y a les quilles et il y a les boules. La question n’était donc pas d’être capable de rassembler mais capable de dégommer… 

Qui est quille, qui est boule ?

Dans ce grand bowling électoral, le tout est de savoir qui est quille et qui est boule... Et ça ne se voit pas forcément à l’œil nu. Les sortants, les stars installées de la politique, sont plus souvent des quilles : Hollande, Juppé, Sarkozy, Duflot, Valls. 

Mais attention, on peut passer du statut de boule à celui de quille ! François Fillon, renversant les favoris de son camp, était une boule… Fin janvier 2017, empêtré dans des affaires, il devient une quille ! Benoît Hamon est une boule qui a fait un strike lors de la primaire de son camp... Il deviendra une quille, représentant de l’ancien monde "partidaire", dégagé brutalement par les boules Macron et Mélenchon !

… Pourtant Benoît Hamon avait un avantage de taille sur les autres, pour ceux qui sont attachés à la dépersonnalisation de la vie politique française : sa candidature n’était pas le fruit d’une aventure personnelle mais d’un processus démocratique, la primaire, qui lui donne une légitimité concrète. Mais, lors d’une campagne présidentielle française, le rassemblement ne se fait jamais autour du plus légitime, du plus imaginatif, ni autour du point d’équilibre mais derrière celui qui incarne la plus forte dynamique. Et la dynamique ne se décrète pas, elle s’organise et surtout résulte de l’adéquation d’une personne, de son discours avec l’époque (de Gaulle disait « les circonstances »). 

Tant que le vent ne se lève pas pour Benoît Hamon avec force, il n’y a aucune raison que Mélenchon et ou Macron renoncent à leurs campagnes déjà sur de bons rails depuis des mois.  

Et puis il y a ce que les hamonistes appellent la « grande trahison ». Manuel Valls, finaliste de la primaire, apporte son soutien à Emmanuel Macron malgré sa promesse explicitement rappelée par lui lors du dernier débat de la primaire, de soutenir le vainqueur, comme le veulent les règles de cette compétition… 

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