L’histoire d’Aimé Césaire, « le prototype de la dignité humaine » comme l’écrivait André Breton.

Aimé Césaire écrivain, poète, dramaturge, essayiste, biographe et homme politique en septembre 1987.
Aimé Césaire écrivain, poète, dramaturge, essayiste, biographe et homme politique en septembre 1987. © Getty / Philippe GIRAUD/Contributeur

Aujourd’hui Affaires sensibles/la Fiction vous propose « Aimé Césaire, le poète de la colère »

  • Une émission proposée par Christophe Barreyre
  • Ecrite par Jean-Pierre Thiercelin
  • Réalisée par Michel Sidoroff

Poète, homme politique, opposant au colonialisme, co-fondateur du concept de négritude, Aimé Césaire est la figure majeure de la lutte pour l’identité antillaise ! Il détient aussi le record de longévité parlementaire, il restera maire de Fort de France 56 ans et député de la Martinique pendant 48 ans.

Mais Césaire est avant tout un poète. Il disait « Ma poésie est péléenne » comme une éruption volcanique, comme une « communication par hoquets essentiels face à l’inepte bavardage », Césaire veut écrire sur cette « foule inerte brisée par l’histoire » et rêve d’un pays debout et libre.

Regarder le siècle en face, tel fut son programme.

Aimé Césaire est né en 1913 à Basse-Pointe dans une famille de sept enfants. Son père est fonctionnaire et sa mère couturière. Césaire obtient une bourse pour poursuivre ses études à Paris en hypokhâgne au Lycée Louis le Grand en 1931.

Là il rencontre Léopold Senghor avec qui il noue une amitié immédiate et indéfectible. A Paris, il lit beaucoup, découvre Rimbaud et Shakespeare mais aussi les écrivains noirs américains comme Langston Hugues. Senghor et Césaire rencontrent d’autres étudiants africains et Caribéens. C’est aussi à ce moment qu’ils fondent le concept de négritude. « Nègre je suis et nègre je resterai ».

En 1939 Aimée Césaire, diplômé de l’ENS, l’école nationale supérieure, rentre en Martinique avec sa femme Suzanne et deviennent tous les deux enseignants au Lycée Schœlcher, là même où il avait entamé ses études.

Césaire était un rebelle et une figure politique d’un rayonnement mondial. Mais c’était avant tout un poète et la langue poétique disait-il, est la seule qui permette d’exprimer la complexité de l’homme. La seule avec le théâtre, la tragédie grecque qui fût le modèle de ses quatre pièces, dont la Tragédie du roi Christophe. Le festival d’Avignon rendit hommage à son travail.

Dans un entretien qu’il donna à la revue Présence Africaine, Aimé Césaire disait : « C’est quoi une vie d’homme ? C’est le combat entre l’ombre et la lumière, une lutte entre l’espoir et le désespoir… Je suis du côté de l’espérance, mais lucide, loin de toute naïveté… »

Aimée Césaire mourut le 17 avril 2008, il avait 94 ans.

Extrait du scenario

Séquence 5

Voix off : 10 mars 2006. Face à la mer. Martinique.

On entend le bruit de la mer. Aimé Césaire et Joëlle Jules-Rosette marchent à petits pas.

Aimé Césaire : Et voilà ! Quelques semaines après, j’envoyais ma lettre à Maurice Thorez pour lui signifier ma démission du Parti Communiste. Ca a fait un de ces baroufs ! Mais je me sentais enfin moi-même... Et dans la foulée j’ai créé le Parti Progressiste Martiniquais. Une autre aventure...

Joëlle Jules Rosette : Finalement, le congrès a été un événement positif...

Aimé Césaire : Très ! J’oserai même le qualifier d’historique. Ensuite, en 1959, nous avons organisé un autre congrès, à Rome, autour des indépendances. Signe que le premier avait porté ses fruits !... Mais la plus belle apothéose de tout cela ce fut le premier festival mondial des arts nègres à Dakar, à l’invitation de Senghor, dans un Sénégal indépendant. Une véritable explosion de créations !...

Jules Joëlle-Rosette : Avec « la tragédie du roi Christophe » d’un certain Aimé Césaire...

Aimé Césaire : Eh oui !... Mais on ne va pas se mettre à parler de mon théâtre...

Joëlle Jules-Rosette : Pourquoi ?

Aimé Césaire : Même si mon théâtre est, lui aussi, politique, cela nous emmènerait trop loin !... Tenez asseyons-nous sur ce banc. Ils s’assoient. Temps. J’aime cet endroit !... Ce rocher de la femme endormie... J’aime à y rêver de Suzanne... Pour moi, elle n’est pas entièrement morte, vous savez... J’aime y méditer sur tout ce que je n’ai pas fait... Ce que j’aimerais pouvoir encore faire... J’aime y griffonner quelques bribes qui pourraient peut-être devenir quelque chose... Ce qui vous permet de me faire les poches... Ne niez pas, je le sais ! Rire de Joëlle.

Joëlle Jules-Rosette : Je ne fais que ranger bien sagement...

Aimé Césaire : Mais oui, ma petite Joëlle !... Ecoutons la mer pour nous ressourcer et nous reposer l’esprit... Temps... Il m’a fatigué ce garçon, ce matin. Et toute cette effervescence autour de lui ! Quel cinéma !...

Joëlle Jules-Rosette : Et autour de vous !... C’est vous le grand homme que tout le monde se dispute. Lui, il a eu ce qu’il voulait. Et vous avez fini par le recevoir. C’était bien la peine de monter sur vos grands chevaux !...

Aimé Césaire : On ne va pas recommencer !... La loi a été abrogée le mois dernier. Qu’est-ce que je pouvais faire ?... J’étais coincé ! Alors, je l’ai reçu, c’est fait et on n’en parle plus ! Joëlle pouffe de rire. Qu’est-ce il y a de drôle ?...

Joëlle Jules-Rosette : Je pense au moment où vous l’avez appelé Laurent Sarkozy !... J’ai vraiment failli éclater de rire.

Aimé Césaire : Riant lui aussi. C’est ce qu’on appelle un acte manqué !... J’ai reçu mon cher ami Fabius il y a quelques jours... Une visite qui, elle, m’avait fait grand plaisir ! Je vous rappelle qu’il avait vigoureusement combattu cette loi scélérate. C’est mon inconscient qui a parlé et hop ! C’est son prénom qui est sorti !... Quant à l’autre, j’espère qu’il a eu son content et qu’il va me laisser tranquille... C’est pas de l’amour c’est de la rage !...

Joëlle Jules-Rosette : N’y comptez pas trop...

Aimé Césaire : Qu’est-ce que vous voulez dire ?... Je l’ai vu ce matin, il ne va tout de même pas revenir à la charge !

Joëlle Jules Rosette : Non pas tout suite. Mais si un jour il devient président ...

Aimé Césaire : A Dieu ne plaise ! Ce jour-là, je serai peut-être mort.

Joëlle Jules-Rosette : Justement !...

Aimé Césaire : C’est gentil !... A quoi pensez-vous ?... Un temps. Ne me dîtes pas que... Vous croyez qu’il aurait une idée derrière la tête ?... Du genre, aller me fourguer dans son Panthéon avec discours et tout le tralala sans me demander mon avis ?... Mais ce serait de la pure récupération ! Jamais ! Vous m’entendez, jamais ! Rire de Joëlle.

Joëlle Jules-Rosette : Finalement, j’aime bien quand vous criez « jamais ! » Mais là, je vous suggère de prendre vos précautions.

Aimé Césaire : Je veux rester sur mon île ! Vous allez m’aider à prendre mes dispositions...

Joëlle Jules-Rosette : Volontiers. N’empêche que lui, il a eu droit à une dédicace ! Alors que moi...

Aimé Césaire : Allons bon. Voilà que ça recommence !....

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Une Voix : « Et venant, je me dirais à moi-même : « Et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous croiser les bras en l’attitude stérile du spectateur, car la vie n’est pas un spectacle, car une mer de douleur n’est pas un proscenium, car un homme qui crie n’est pas un ours qui danse... »

Fin

L'invité Daniel Maximin

Daniel Maximin, poète, romancier et essayiste, il a été pendant 40 ans un ami très proche d’Aimé Césaire. D’abord professeur de Lettres, et d‘Anthropologie, puis producteur à France Culture, Daniel Maximin a été Commissaire général interministériel de trois manifestations nationales. Il est l’auteur entre autres de:

  • L'Isolé soleil, Éditions du Seuil, 1981
  • Soufrières, Éditions du Seuil, 1987,
  • L'Ile et une nuit, Éditions du Seuil, 1995,
  • son recueil de poésie L’Invention des Désirades (Prix Arc-en-ciel 2000.),
  • d'un récit autobiographique Tu, c’est l’enfance ,Gallimard, 2004, Grand Prix de l’Académie française Maurice Genevoix ainsi que le prix Tropiques.
  • et de cet essai : Aimé Césaire, frère volcan, Éditions du Seuil, 2013.
  • ainsi qu'un recueil de l'œuvre de Suzanne Césaire : Le grand camouflage, Écrits de Dissidence, (Éd. du Seuil 2009 et 2015 ), dont il a composé une adaptation théâtrale créée en Martinique en décembre 2015 : Suzanne Césaire, fontaine solaire. Cette pièce a été jouée à AVIGNON l’été 2016.

Le scénariste Jean-Pierre Thiercelin

Auteur, comédien et homme de théâtre, il a navigué dans les différents univers du théâtre, public ou privé, mais a aussi longuement vécu l’aventure d’une compagnie, Le théâtre sur la place. Une aventure théâtrale populaire exigeante qui le mènera à l’écriture.Auteur, il écrit régulièrement pour la radio. Au théâtre, ses pièces sont éditées aux éditions de l’Amandier. Sa dernière pièce Marie-Claude, autour de la personnalité de Marie-Claude Vaillant-Couturier vient d’être créée à Avignon.

Il a déjà écrit des fictions pour l’émission Affaires Sensibles, à France Inter : Les vacances de Jacques Tati, Pierre Brossolette, le soutier de la gloire et _Léo Férré, la musique insurgée._Cofondateur, avec Philipe Alkemade et Philippe Touzet de BAT-Le Billet des Auteurs de Théâtre, revue mensuelle des écritures théâtrales contemporaines sur internet, il collabore également à la revue Cosmopolis.Il est vice-président des EAT - Ecrivains Associés du Théâtre.

Générique

Aimé Césaire, le poète de la colère

De Jean-Pierre Thiercelin

Avec

  • Aimé Césaire – Alex Descas

  • James Baldwin – Assane Timbo

  • Suzanne Césaire – Ludmilla Dabo

  • Alioune Diop – Modeste NZapassara

  • Joëlle Jules-Rosette – Sabine Pakora

  • « La voix » du poète – Ricky Tribord

  • Le garçon de café – Daniel Krellenstein

  • Le visiteur - Stéphane Szestak

et

  • Bruitage – Bertrand Amiel

  • Prise de son, montage et mixage – Olivier Dupré, Antoine Viossat

  • Assistante à la réalisation – Léa Racine

  • Une réalisation de Michel Sidoroff

Documentation

  • Daniel Maximin « Aimé Césaire, frère volcan » Ed Seuil 2013

  • Patrick Chamoiseau « Césaire, Perse, Glissant : les liaisons magnétiques » Ed Philippe Rey 2013

  • Romuald Fonkoua « Aimé Césaire » Ed Perrin2010

  • Françoise Vergès « Aimé Césaire, Nègre je suis, nègre je resterai » entretiens Ed Albin Michel 2005

Programmation musicale

  • Arthur H/Nicolas Repac: Le cristal automatique
  • Edith Lefel : La sirène
Les invités
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