Le 25 novembre 1910, la Cour d'assises de Rouen condamne à mort un jeune docker charbonnier d’à peine 30 ans: Jules Durand. Il est accusé de complicité d’assassinat sur le contremaître de l’entreprise qui l'emploie, la Compagnie Générale Transatlantique. Un verdict qui indigne l'opinion française.

Jules Durand
Jules Durand © Sylvestre Meiner

Dans les colonnes du journal L'Humanité, le député Jean Jaurès s’insurge contre une machination. De son côté, le défenseur de Jules Durand, un jeune avocat inexpérimenté et alors inconnu, du nom de René Coty, affirme lui qu’il s’agit là « d’une nouvelle affaire Dreyfus »! En effet, l’enquête a été dès le départ instrumentalisée à charge contre Durand. Les débats lors des audiences ont tourné à la parodie de justice. Au final, le véritable gagnant de toute cette affaire, est la Compagnie Générale Transatlantique : en poussant la justice à envoyer un syndicaliste-gréviste à l’échafaud, elle entend briser les mouvements de grève. 

Invité : 

Le magistrat Marc Hédrich, président de cour d'assises. Il est co-fondateur de l'association "Les Amis de Jules Durand" et créateur des "ateliers citoyens du droit". Auteur de L'affaire Jules Durand. Quand l'erreur judiciaire devient crime, paru en septembre 2020 aux éditions Michalon 

Un récit documentaire de Adrien Carat, en partenariat avec Retronews, le site de presse de la BnF

3 décembre 1910, dans le quotidien L’Humanité : 

« Durand est innoncent, nous dit Me Coty, son avocat.   [...] - Je ne viens pas ici, me dit-il, pour obtenir une commutation aux travaux forcés à perpétuité, mais au moins, d’abord, une commutation de peine importante et immédiate ; je veux surtout montrer la nécessité d’une révision du procès. Quelques-unes des personnes que j’ai déjà vues paraissent n’avoir été frappées que par l’énormité de la peine. Ce n’est qu’un côté du verdict, et je veux faire partager la conviction que j’ai sur l’innocence de Durand. [...] Comment ne serait-on pas frappés des faits étrangers de ce procès, ajoute Me Coty ? Voici les frères Boyer. Sur eux pèse la même accusation. Contre eux, ce sont les mêmes témoins, les mêmes faits reprochés. Comme eux, Durand a été absent au moment de la rixe. Et cependant, les frères Boyer - je m’en félicite, est-il besoin de le dire - sont acquittés pendant que Durand est condamné à mort. Ce n’est pas tout, je n’ai pas réussi à faire entendre les témoins à décharge. [...]   Non, il n’y a pas eu de crime syndical, et Durand n’a en rien poussé à la mort de Dongé. Son esprit de conciliation a été affirmé par tous ceux qui le connaissent. Et moi, voyez-vous, je ne suis ni un socialiste unifié, ni un syndicaliste révolutionnaire, je ne suis politiquement qu’un simple radical, et d’autre part, en ce moment même, je m’efforce d’oublier toute prévention favorable que peut mettre en avant l’avocat pour son client, mais il y a une chose que je ne peux pas oublier, c’est l’innocence de Durand

programmation musicale : 

  • Radiohead : No surprises (1997)
  • Pete Seeger/Almanac Singers : Which side are you on
  • Gilbert Bécaud :Le condamné (1960)
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