Une fiction écrite par Renaud Meyer et réalisée par Pascal Deux. Voici l'histoire d'un assassin-justicier qui voulait entrer dans l’histoire : Christian Didier. Invité Henri Raczymow, romancier et essayiste, auteur de l’enquête « L’homme qui tua René Bousquet » chez Stock

 Photo prise le 06 novembre 1995 devant la Cour d'assises de Paris, de Christian Didier, l'assassin de l'ancien chef de la Police René Bousquet, à l'ouverture de son procès
Photo prise le 06 novembre 1995 devant la Cour d'assises de Paris, de Christian Didier, l'assassin de l'ancien chef de la Police René Bousquet, à l'ouverture de son procès © AFP / PATRICK KOVARIK

« Crime civique » ? Acte d’un héros ou d’un insensé ?

En assassinant Bousquet le chef de la police sous Vichy, responsable entre autres de la rafle du Vel d’Hiv en juillet 1942 au cours de laquelle des milliers de juifs furent arrêtés et déportés, Christian Didier devint cet assassin-justicier qui voulait entrer dans l’histoire.

Juste après son crime le 8 juin 1993, Christian Didier donne une conférence de presse improvisée dans une modeste chambre d’hôtel. 

Sorj Chalandon, journaliste présent pendant ses aveux étranges témoigne dans le journal Libération : «  Il parle, fébrile, le visage épuisé de tics, la pensée en désordre… il dit avoir écrasé le dragon… ». Mais la police en arrivant interrompt la confession. Il est arrêté, sans aucune difficulté ! 

Il avouera lui-même avoir voulu aussi tuer Klaus Barbie, ancien chef de la Gestapo à Lyon quelques années plus tôt pendant son procès aux Assises du Rhône en juillet 1987.

A la fin de sa vie, Didier expliquait : « J’avais pensé que ce serait bien de flinguer quelqu’un pour une cause justeque ce geste me libèrerait » !

Alors qui était Christian Didier ? Un illuminé ? Un mystique exalté ? Un homme à la personnalité trouble ?

Extrait du scénario

Scène 3

Dans une salle de la prison.

MONTEBOURG : Votre erreur n’est pas d’avoir tué René Bousquet, c’est de leur avoir volé le procès du siècle. C’est ça qu’ils vont vous reprocher. 

DIDIER : Oh, les jurés, vous savez… 

MONTEBOURG : Je ne vous parle pas des jurés. Mais des enfants de déportés. Les victimes de René Bousquet, tous ceux qui rêvaient de le voir à votre place sur le banc des accusés. Ceux-là vont avoir les poches pleines de reproches et d’animosité à votre égard. Alors que ce sont eux qu’il nous fallait pour témoigner. Eux seuls pouvaient légitimer votre acte. 

DIDIER : Je leur ai rendu service, non ? 

MONTEBOURG : Vous leur avez retiré la possibilité de juger René Bousquet dignement, de manière démocratique, humaine. L’inverse de ce qu’il a fait avec les enfants juifs. Vos alliés sont devenus vos ennemis. 

DIDIER : Je risque vingt ans de taule pour l’assassinat de ce salaud. Vous ne croyez pas que je mérite un peu de reconnaissance ? 

MONTEBOURG : C’est justement ce que l’on va pointer du doigt : votre soif de reconnaissance. Quelle légitimité aviez vous pour tuer René Bousquet ? Je comprendrais si vos parents avaient été emportés par la rafle du Vel d’hiv. Mais vous n’êtes pas juif, monsieur Didier.

DIDIER : Bousquet n’appartient pas aux enfants de déportés. 

MONTEBOURG : Mais l’état de droit s’impose à tous. 

DIDIER : L’état de droit n’a pas fait son boulot. Il fallait bien que la justice passe sur ce monstre. 

MONTEBOURG : Bon… Je ne vois qu’une ligne de défense possible : considérer que votre acte était un crime civique. Et demander votre acquittement au nom de l’Histoire

DIDIER : C’est ce que je me tue à vous dire. 

MONTEBOURG : Il ne suffit pas de le dire, il faut le démontrer, apporter des preuves, des témoignages. Ça se construit une défense… Il y a une chose que je ne comprends pas, c’est cette obsession chez vous. Barbie, Touvier, Bousquet. Qu’est-ce qu’ils évoquent pour vous, en-dehors d’être une représentation du mal ? 

DIDIER : La guerre. 

MONTEBOURG : Mais vous n’avez pas connu la guerre. Vous êtes né en 44. Vous n’avez rien vu de tout ça. L’occupation, les rafles. 

DIDIER : Dans ma ville, à Saint-Dié, ils ont arrêté et déporté 648 juifs et résistants. Ils ont foutu le feu aux maisons. Ma rue, on l’appelait : La rue des fusillés. Les boches ont exécuté les voisins devant tout le monde. J’ai grandi avec ça, dans ce champ de ruines et de traumatisme, avec ces gens qui ne sont jamais revenus des camps, l’idée de ces monstres qui ont massacré le village, les enfants juifs qu’on a arraché à Saint-Dié. La blessure collective, maître. Ça aussi, ça hante. 

MONTEBOURG : Tous les habitants de Saint-Dié-Des-Vosges connaissent cette histoire ? 

DIDIER : S’ils la connaissent…

MONTEBOURG : Le maire, vous l’avez déjà rencontré ? 

DIDIER : Ben, oui. C’est petit Saint-Dié. 

MONTEBOURG : Il mobiliserait les habitants pour créer un collectif ?

DIDIER : Pourquoi un collectif ? 

MONTEBOURG : Des gens qui ont la même histoire que vous, la même mémoire, la même blessure, qui peuvent vous comprendre, vous soutenir, venir plaider votre cause, demander l’indulgence des jurés. 

DIDIER : On peut essayer. Mais je sais pas s’il y aura des juifs. 

MONTEBOURG : Les survivants de la Shoah, je m’en charge. 

DIDIER : Vous pensez qu’ils vont accepter de venir à la barre ? 

MONTEBOURG : Sans eux, ma ligne de défense va devenir compliquée. 

NARRATION : Arnaud Montebourg est rejoint par son ancien mentor, Me Thierry Levy, un pénaliste de renom chez qui il a fait ses armes. La défense prend un nouveau tour, plus politique. L’affaire Bousquet se mêle désormais au futur procès Christian Didier. Après la guerre, René Bousquet a usé de sa position dans la presse pour soutenir les candidatures électorales de François Mitterrand. Le chef de l’Etat est alors mis en cause pour ses amitiés et violement attaqué. On lui reproche d’avoir tout mis en œuvre pour retarder le procès de René Bousquet. Une photo le représente même en compagnie de l’ancien secrétaire de la police de Vichy au cours d’un déjeuner amical à Latché quelque temps plus tôt. Le passé semble remonter à la surface pour servir la défense de Christian Didier. Mais le parquet refuse de joindre le dossier judiciaire de René Bousquet aux débats du procès de son assassin.

L'invité Henri Raczymow

Henri Raczymow est romancier et essayiste, auteur de l’enquête « L’homme qui tua René Bousquet » paru chez Stock en 2001. Avec lui nous essaierons de comprendre les raisons de ce meurtre et la personnalité de l’assassin, Christian Didier. Écrivain, auteur de plusieurs récits ayant souvent trait à la mémoire juive et des essais littéraires (sur Flaubert, Proust, Maurice Sachs, Emmanuel Berl), Henri Raczymow a fait paraître de nombreux romans chez Gallimard, dont Elle chantait Ramona, publié en 2017. 

Archive :  ITW C. DIDIER sur France 3 Nancy après sa sortie de Prison Diffusé sur France 3 national dans le  19/20 du 3 mars 2000  :  « aujourd'hui je pense que c'est une erreur, il y a une justice on a pas à se substituer ni à la justice des autres, ni à la justice de dieu, j'étais dans une phase délirante, je croyais que c'était ma mission sur terre et il y avait du mysticisme délirant chez moi, j'ai peut être amputé la France d'un procès important, mais ça je ne l'ai réalisé qu'après »

Henri RACZYMOW
Henri RACZYMOW © Radio France / Valérie Priolet

Le scénariste Renaud Meyer

Renaud Meyer est scénariste et metteur en scène.

Le générique 

« Christian Didier, l’homme qui a tué René Bousquet » de Renaud Meyer

Réalisation : Pascal Deux

Avec :

  • Christophe Reymond
  • Pierre Rochefort
  • Marie Matheron
  • Bruitage : Elodie Fiat
  • Prise de son, montage, mixage : Bastien Varigault, Philip Merscher
  • Assistants à la réalisation : Léo Durin, Louise Loubrieu

Programmation musicale:

  • BONNIE PRINCE BILLY : Am I demon
  • THE NATIONAL : Light years
Les invités
L'équipe
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