Une fiction écrite par par Julien Barazer et réalisée par Michel Sidoroff. Voici l’histoire d’un acte fou et désespéré. Celui d’une femme qui tente d’assassiner l’artiste iconîque, Andy Warhol. Invitée Jacqueline Caux, artiste qui a collaboré à l’ouvrage collectif intitulé « Andy Warhol géant ! »

Andy Warhol
Andy Warhol © Andy Warhol

Valérie Solanas incarne tout et son contraire, une femme intelligente et folle, prostituée et féministe, droguée, intellectuelle et clocharde. « Souvenez-vous que je suis la seule femme ici qui ne soit pas folle » répétait-elle à l’envie !

Sara Stridsberg, romancière suédoise, dans sa biographie imaginaire intitulée « la faculté des rêves » paru chez Stock, la décrit comme la première pute intellectuelle d’Amérique ! Elle écrit : « Pour l’état civil elle est née en avril 1936 et meurt en avril 1988 à San Francisco. Entre les deux peu d’activités légales et rémunérées déclarées, bref une marginale ». 

Pour les services de police, une pute toxico, une barge ayant fait des séjours en hôpital psychiatrique, une taularde incarcérée deux ans… 

Pour la légende elle restera une intellectuelle féministe américaine connue pour son pamphlet Scum Manisfesto qui s’illustra en essayant de tuer l’artiste Andy Warhol… Pour moi, ajoute Sara Stridsberg, elle est la sœur imaginaire de Marilyn Monroe, moins sexy mais plus finaude… »

L’autre personnage de la fiction, Andy Warhol, artiste connu et reconnu, est né en 1928, mort en 1987, c’est à New York qu’il devint peintre, sculpteur, photographe, cinéaste, romancier, dramaturge, acteur et mannequin, producteur d’un groupe, de rock et directeur de magazine ! Il était comme le décrit Mériam Korichi dans sa biographie, « un vrai rebelle, génial, inventif, underground et post-moderne, un créateur exigeant et fragile ».

Alors pourquoi a-t-elle voulu tué Andy Warhol ce 3 juin 1968 ? 

Que représentait l’artiste de si incontournable et indépassable pour que Valérie Solanas décide de sortir son revolver et lui tirer trois balles dessus ?

Et que délivre-t-elle vraiment dans son livre « Scum Manifesto », brûlot écrit en 1967 mais édité en 1968, qui en appelait à la castration masculine et à un monde exclusivement féminin ? Doit-on lire ce manifeste écrit quelques mois plus tôt à l’aune de son acte fou ?

Jacqueline Caux
Jacqueline Caux © Radio France / Valérie Priolet

Extrait du scénario

SCÈNE 9.  33 Union Square West, avenue de New York et Open space de la Factory, 03 juin 1968

On entend la rue animée d’Union Square. 

ANDY : Valérie, quelle surprise ! Ça fait un bail. (Il claque la portière du taxi.) Allons à l’intérieur, il fait si chaud aujourd’hui ! 

Ils entrent dans le bâtiment et montent dans l’ascenseur. Les bruits des portes de l’ascenseur qui se referment. L’ascenseur s’élève. Un silence. 

ANDY (dans un soupir) : J’étouffe ! Tu n’as pas chaud Valérie avec ce manteau ? 

Une sonnerie, puis les portes de l’ascenseur s’ouvrent. Ils entrent dans la Factory. Dans la pièce, il y a plusieurs personnes, dont Paul Morrissey, Frederick Hughes, Mario Amaya. 

ANDY : Regardez tout le monde, Valérie est de retour ! Vous ne trouvez pas qu’elle est resplendissante aujourd’hui ! Regardez, elle s’est même maquillée ! 

HUGHES : Oui très jolie, mais, comme Paul le lui a dit tout à l’heure, nous avons du travail, alors il vaut mieux qu’elle ne traîne pas si elle ne veut pas qu’on la chasse d’un coup de pied au cul !

Le téléphone sonne. Andy décroche. 

ANDY (il est au téléphone) : Hey, salut Viva. Comment se passent les essayages ? 

HUGHES : Hé, Valérie, tu écris toujours ces vilains livres ? 

VALÉRIE (qui a bien compris la pique) : Ha, ha, ha !

ANDY (qui poursuit sa conversation avec Viva) : Oui, c’est très bien, une perruque blonde, ce sera parfait comme ça…

Valérie sort un pistolet Beretta calibre 22 du sac en papier qu’elle tient dans les mains et tire un premier coup de feu. Andy laisse tomber le téléphone au sol.  

ANDY (il la supplie) : Valérie, non, ne fais pas ça ! 

Valérie tire un second coup. Andy se jette au sol. Valérie s’avance de trois pas vers lui. 

ANDY : Valérie, non ! 

Valérie tire un troisième coup et touche Andy Warhol qui pousse un cri de douleur avant de s’évanouir. Valérie continue d’avancer, sans se presser, on entend ses pas sur le parquet. Elle tire un quatrième coup de feu sur Mario Aymara. Elle le manque. Immédiatement, elle tire un cinquième coup de feu et le touche, il pousse un hurlement. Puis elle s’avance vers une porte et tente de l’ouvrir, mais elle est fermée à clé. Elle s’avance alors vers Frederick Hugues qui s’est réfugié derrière son bureau

HUGHES : Valérie, je t’en supplie, ne tire pas ! 

VALÉRIE : Je dois le faire !...

Invitée Jacqueline Caux

Le blog de Jacqueline Caux est en lien ici. Elle est psychanalyste, écrivain, cinéaste et artiste, spécialiste des Etats Unis. Elle a publié des livres d’entretiens avec des artistes atypiques de la seconde moitié du vingtième siècle, participé à l’organisation de plusieurs festivals de musiques d’aujourd’hui. Elle a réalisé des émissions de recherche pour France Culture, des courts métrages expérimentaux et des films musicaux. Elle a collaboré à l’ouvrage collectif intitulé «Andy Warhol géant ! », aux éditions Phaidon et est intervenue à l’émission Décibels-Andy Warhol sur France Culture.

Le scénariste Julien Barazer

Julien Barazer vit et travaille à Paris. Il prépare actuellement le tournage en Roumanie de son premier film intitulé « Avant que je m’en aille » produit par Valentina Novati : Norte Productions, avec le soutien du CNC et ARTE, production exécutive Ada Solomon : HiFilm. Après des études en cinéma à Douarnenez puis à Rennes, il s’oriente vers le théâtre et réalise ses premières mises en scène autour de textes de Pasolini, Fassbinder, Genet, Lagarce… En 2009, il participe au « Festival international des traditions du jeu de l’acteur » à Buenos Aires, dont il reprendra l’organisation jusqu’en 2014. L'année suivante, il intègre l’atelier Scénario de La Fémis, dirigé par Ève Deboise. Il y développe l’écriture de son premier long-métrage : « Le serment des lutteurs ». Il a écrit trois fictions radiophoniques pour l’émission « Affaires sensibles » sur France Inter (Fassbinder : la peur en question et Alice Domon : que la douleur ne me soit pas indifférente ). Il intervient également auprès d’artistes dans des missions d’accompagnement, notamment pour Yann Tiersen, Luciano Rosso, Alfonso Baron, Hermes Gaido (compagnie argentine Un Poyo Rojo) ou encore la musicienne Tiny Feet. 

Ressources complémentaires:

Générique

Valérie Solanas « Tailler les hommes en pièces »

de Julien Barazer

Une réalisation de Michel Sidoroff

avec :

  • Cécile Arnaud : Valérie Solanas
  • Martin Amic : Sam
  • Maxime Dambrin : Tom Baker
  • Quentin Baillot : Andy Warhol
  • Pierre Puy : Michel Girodias
  • Jean-Luc Debattice : Jim
  • Bruitages : Sophie Bissantz
  • Prise de son, montage et mixage :  Deborah Dagobert, Bruno Mourlan
  • Assistants à la réalisation : Pablo Valero

Programmation musicale: 

  • LCD SOUNDSYSTEM : New York, I love you but yoou're bringing me down
  • David BOWIE : Andy Warhol 
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