Une fiction écrite par Clara Saer et Zoé Gabillet, et réalisée par Sophie-Aude Picon. Une rencontre a fait date dans le cinéma mondial. Voici la genèse d’un livre aujourd’hui devenu culte : l’interview de Hitchcock par Truffaut, le « Hitchbook » ! Invité Laurent Delmas monsieur cinéma de France Inter

François Truffaut pendant une interview pour son livre consacré au cinéaste anglais Alfred Hitchcock : "Le cinéma selon Hitchcock"
François Truffaut pendant une interview pour son livre consacré au cinéaste anglais Alfred Hitchcock : "Le cinéma selon Hitchcock" © AFP / Georges Hernad / Ina

En avril 1962, François Truffaut, journaliste aux Cahiers du cinéma a déjà réalisé deux films à succès « Les 400 coups » et vient de terminer « Jules et Jim ». 

Il  adresse une longue lettre à Hitchcock dont voici quelques extraits :

«  Au cours de mes discussions avec des journalistes étrangers et surtout à New York je me suis rendu compte que l’on se fait souvent une idée un peu superficielle de votre travail. Depuis que je fais de la mise en scène, mon admiration pour vous n’a point faibli, au contraire elle s’est accrue. J’ai vu cinq ou six fois chacun de vos films, beaucoup de cinéastes ont l’amour du cinema, mais vous vous avez l’amour de la pellicule et c’est de cela que je voudrais parler avec vous. Je voudrais que vous m’accordiez un entretien au magnétophone pendant une huitaine de jours et totaliserait une trentaine d’heures d’enregistrement, non pas dans le but d’en tirer des articles mais un livre entier publié simultanément à New York et Paris. »

A Los Angeles, Alfred Hitchcock achève son 48 ème film, « Les Oiseaux ». Il télégraphie à Truffaut pour lui fixer la date de leur premier rendez-vous : le 13 août 1962, jour de son 63 eme anniversaire dans les bureaux d’Universal.

Truffaut qui ne parle pas anglais sera accompagné de son amie traductrice Helen Scott.

Il s’embarque pour Los Angeles, avec 500 questions à lui poser et pour ambition de montrer à la critique que Hitchcock n’était pas qu’un simple réalisateur de divertissement mais le “meilleur cinéaste au monde” selon ses  propres mots.
 

Nous vous proposons donc de suivre François Truffaut dans les mois qui ont précédé la rencontre entre les deux hommes, quand il préparait cet entretien fleuve qui ne durera pas moins de 8 jours, pendant lesquels 52 bobines radio d’environ une demi-heure chacune furent enregistrées.

A sa sortie 4 ans après, le livre, le « Hitchbook », a un impact considérable modifiant l’opinion de la presse américaine concernant l’image d’Hitchcock aux Etats Unis.

Dès lors Truffaut est invité à faire de nombreuses conférences sur Alfred Hitchcock, en 1979 à l’American film Institute, il lui rendait hommage ainsi, je le cite : 

« En Amérique, vous respectez les films d’Hitchcock parce qu’il filme les scènes d’amour comme des scènes de meurtres. En France, nous le respectons parce qu’il filme les scènes de meurtre comme des scènes d’amour ».

La fiction commence en 1980, quand Truffaut apprend la mort de son “maître”, le cinéaste Alfred Hitchcok, des souvenirs lui reviennent...

Extrait du scénario

Scène 5: 13 Août 1962 : Los Angeles// Bureau//Studio

Truffaut et Hitchcock sont attablés, face à face, deux micros posés devant eux, un cendrier une boite comprenant les cigares d’Alfred et les paquets de cigarettes de François.

Autour de cette table ronde, Helen Scott, la traductrice.

François Truffaut : Good Morning Mister Hitchcock.

Alfred Hitchcock ( parlant avec un fort accent anglais): Bonjour Monsieur Truffaut. Je vois que vous êtes arrivé à bon port mais demain je tiens à venir vous chercher au Berverly Hills Hotel avec ma voiture.

François Truffaut : Ne vous dérangez pas, je vous en prie.

Alfred Hitchcock: Mais si j’insiste.

François Truffaut : Merci beaucoup, c’est trop aimable. 

Alfred Hitchcock (rigolant) : My pleasure. Et puis je sais qu’en votre compagnie je ne vais pas perdre mon temps. Comme avec vos amis des Cahiers du Cinéma, d’ailleurs. Je me souviens,  you and Chabrol. 

François Truffaut: Ah oui, c’était la première fois que nous vous rencontrions… ça fait longtemps.

Alfred Hitchcock (désignant Helen): Mais je vois que vous avez toujours su bien choisir votre coéquipier.

François Truffaut : Helen parle un français remarquable et maîtrise parfaitement le vocabulaire cinématographique dans les deux langues. Elle est de très bon jugement, (en riant), rare qualité humaine qui fait d’elle la complice idéale.

Helen Scott (en riant) : “The perfect partner in crime”. Voyez Sir, François m’a pervertie. Dire que je travaillais aux Nations Unies pendant des années avant de me retrouver à interviewer avec lui le maestro du suspense…

François Truffaut: Vous ne regretterez pas ce virage à 180 Helen.

Alfred Hitchcock: All right ! Ça ne vous dérange pas si je fume le cigare.

François Truffaut: Oh non, pas le moins du monde, moi-même je fume des cigarettes… En tous cas je vous remercie de m’accorder votre temps. Je sais que vous êtes en plein montage, j’espère que vous êtes content du résultat. Helen m’a dit que vous aviez une nouvelle recrue.

Alfred Hitchcock : Figurez-vous que j’ai repérée Tippi Hedren dans une publicité pour une boisson amincissante. C’est une vierge de cinéma. 

Helen Scott (moqueuse) : Ce qui n’était pas le cas d’Ingrid Bergman et de Grace Kelly.

Alfred Hitchcock (faussement offusqué) : Attention dear, vous parlez de son altesse sérénissime de Monaco.

François Truffaut : Grace Kelly, princesse, c’est un scénario que vous n’aviez pas imaginé.

Alfred Hitchcock : Right. Je ne l’avais pas imaginé certes, mais c’est tout de même grâce à moi qu’elle a rencontré son prince... si nous n’avions pas tourné La main au collet sur la Côte d’Azur… le conte de fée n’aurait pas existé.

Helen Scott : En somme vous avez joué les entremetteuses. 

François Truffaut : Comme quoi, la vie a beaucoup plus d’imagination que nous.

Alfred Hitchcock : Oui et non… prenez un fait divers dans un journal par exemple, il n’aura jamais autant  d’impact qu’un film. 

Helen Scott : Et pourquoi donc?

Alfred Hitchcock : ...Les catastrophes, ça n’arrivent qu’aux autres, des gens qu’on ne connaît pas. Un film va vous faire faire la connaissance de la victime mais aussi de son meurtrier. Ils deviennent familiers. Un héros de cinéma doit devenir votre frère ou votre ennemi si le film est réussi.

François Truffaut : Je suis entièrement d’accord. Et en parlant de meurtrier, une question me taraude depuis longtemps : qui avez-vous filmé derrière le rideau de douche dans Psychose ? Anthony Perkins ?...

Invité Laurent Delmas

Laurent Delmas est producteur avec Christine Masson de « On aura tout vu », le magazine cinéma de France Inter, chaque samedi à 10H. Il a fait paraître en octobre dernier deux très beaux livres aux éditions Larousse:

à signaler également la sortie de : Le Paris de François Truffaut Philippe Lombard, éditions Parigramme

Les scénaristes Clara Saer et Zoé Gabillet

la biographie de Clara Saer et Zoé Gabillet à consulter ici

Générique

Truffaut – Hitchcock : l’entretien

de Clara Saer et Zoé Gabillet

Avec

  • Pierre François GAREL : François Truffaut
  • Pierre BAUX : Claude Chabrol
  • Séverine BATIER : Jeanne Moreau
  • Geoffrey CAREY : Alfred Hitchcock
  • Chloé BAKER : Helen Scott
  • David HOURI : le serveur et le groom
  • Mahault MOLLARET : Hôtesse d’aéroport
  • Bruitages : Élodie Fiat
  • Prise de son, montage et mixage : Marie Lepeintre, Lidwine Caron
  • Assistantes à la réalisation : Louise Loubrieu, Barbara Heshmati
  • Réalisation : Sophie Aude Picon

Programmation musicale:

  • Nancy SINATRA : Day tripper 
  • Nina SIMONE : Wild is the wind
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