Berlin, novembre 1989: L’histoire d’une famille de RDA, quelques jours avant la chute du Mur. Le Régime Communiste était encore tout puissant et la Stasi, la police politique, toujours très active pour surveiller et arrêter ce qu’elle appelait les « dissidents »...

Rassemblement près d'une partie du mur de Berlin détruite après la décision de la République démocratique allemande (RDA) d'ouvrir les frontières entre Berlin-Est et Berlin-Ouest vers novembre 1989 à Berlin.
Rassemblement près d'une partie du mur de Berlin détruite après la décision de la République démocratique allemande (RDA) d'ouvrir les frontières entre Berlin-Est et Berlin-Ouest vers novembre 1989 à Berlin. © Getty / Carol Guzy /The Washington Post / Contributeur

Aujourd’hui Affaires sensibles/la Fiction vous propose « Nous sommes un peuple »

  • Une émission proposée par Christophe Barreyre
  • Ecrite par Charif Ghattas
  • Réalisée par Cédric Aussir

Et pourtant en quelques heures le mur de la honte, est tombé ou plutôt les portes se sont ouvertes. Comment le mur a-t-il pu tomber aussi vite… simplement, sans aucun coup de feu ni arrestations ?

Reprenons rapidement le fil de l’histoire :

Le 24 juin 1948, les Soviétiques qui occupent Berlin-Est coupent toutes les communications avec l’enclave de Berlin-Ouest répartie en trois secteurs, Anglais, Américains et Français. Pendant près de onze mois, les Américains organisent l’un des plus longs pont aérien pour ravitailler les Berlinois de l’Ouest.

En 1950, Berlin-Ouest est intégré au sein de la République fédérale Allemande, autrement dit l’Allemagne de l’Ouest. Son existence devient très vite insupportable pour les Soviétiques, en 1958, déjà plus de trois millions d’Allemands de l’Est ont fui en RFA, en Allemagne de l’Ouest. 

Et les 12 et 13 juin 1961, les autorités d’Allemagne de l’Est font poser grillage et barbelés pour entourer et isoler Berlin Ouest. 

Puis le 13 août 1961, en plein été, ils construisent comme ils l’appellent un « mur de protection antifasciste », le mur de Berlin, le mur de la honte est né. En 28 ans de l’histoire du mur, des milliers d’Allemands de l’Est ont tenté de le franchir au péril de leur vie. 

Entre août 1961 et l’été 1989, plus de cinq mille personnes ont réussi à passer d’Est en Ouest… Plus de 500 ont péri dans leur tentative. De nombreuses, arrêtées ont fini dans les prisons de la Stasi.

Alors comment le mur de Berlin a-t-il pu tomber si vite ?

Ce 9 novembre 1989. A 18H53, Günter Schabowski, porte-parole du Comité Central, tient une conférence de presse, sort de sa poche et lit d'une voix monocorde un document annonçant que des visas pour voyager ou émigrer à l'étranger seront délivrés "sans conditions particulières ou raisons familiales" aux Allemands de l’Est."

« A partir de quand? », demande un journaliste. Schabowski improvise: "Autant que je sache... immédiatement, sans délai". Plusieurs correspondants contactent aussitôt leurs journaux ou les agences de presse: "Les Allemands de l'Est peuvent se rendre à l'étranger dès maintenant". 

La foule afflue alors devant le poste-frontière de la Bornholmer Strasse, qui relie Berlin-Est à Berlin-Ouest. Désorientés, les gardes, ne savent pas s'ils doivent les laisser passer. A 23h30, un officier finit par donner l'ordre: "Ouvrez la barrière!

Les barrières s'ouvrent, Allemands de l'Est et de l'Ouest, euphoriques, tombent dans les bras les uns des autres. Le Mur s'écroule en quelques jours, précipitant l'effondrement du régime est-allemand.

Extrait du scénario

8.2

Magalie. Peter.

En fond sonore, l'émission de télé.

Peter : Ecoute il l'a dit, je ne suis pas fou !

Magalie : Quoi, là ?!

Peter : Oui, là, il vient juste de faire l'annonce.

Magalie : Qu'est-ce que tu as entendu exactement ?

Peter : Un journaliste italien lui a posé une question sur la réglementation concernant les voyages, par rapport aux réformes, au simili de réforme entrepris ces dernières semaines, enfin,...

Magalie : Oui bon vas-y, ne me fais pas tout un descriptif.

Peter : Et Günter Shabowski lui répond du tac au tac que le bureau politique vient d'adopter une loi qui permet la libre circulation pour tous les citoyens de la RDA.

Magalie : Tu es sûr que c'est ce qu'il a déclaré ?

Peter : Mais puisque je te le dis !

Magalie : C'est fou.

Peter : Complètement, Complètement fou. Oui.

Magalie : Il s'agit sans doute d'une erreur.

Peter : En tout cas il l'a dit.

Magalie: Mais tu y crois, toi ?

Peter : Ben... (voyant que Magalie s'habille pour sortir) Mais qu'est-ce que tu fais ? ...Magalie ? Ou vas-tu ?

Magalie : Je vais vérifier l'information.

Peter : Comment ça ?

Magalie : J'y vais. Je sors, j'y vais, je vais voir Peter. Je vais au point de passage de Bornholmer Strasse. Je veux voir de mes propres yeux parce que... Parce que je ne peux pas y croire. C'est impossible ! C'est... Allez viens !

Peter : Mais quoi, maintenant ? On a même pas encore dîner !

Magalie : Mais on s'en fout du dîner, idiot ! Tu as faim toi !? Comment peux-tu avoir faim ?! Le porte parole du gouvernement vient d'annoncer la fin du mur, la fin de trente années de honte, et tu penses à bouffer ?!...Dépêche-toi bon sang !!

Magalie ouvre la porte et dévale les marches de l'escalier.

Peter : Tu as raison, j'arrive... Une veste... Attends-moi au moins !... Mon écharpe... Magalie !

Il sort à son tour.

La porte claque.

Le téléphone sonne... la messagerie du répondeur se déclenche après quelques sonneries. 

Invité Matthias Fekl

Matthias Fekl, ancien ministre socialiste, conseiller régional de la région Nouvelle Aquitaine, né en Allemagne
Matthias Fekl, ancien ministre socialiste, conseiller régional de la région Nouvelle Aquitaine, né en Allemagne © Radio France / Valérie Priolet

Ancien ministre socialiste, conseiller régional de la région Nouvelle Aquitaine, né en Allemagne, il vivait à Berlin en 1989 et a assisté à la chute du mur. Il avait alors 12 ans. Au Journal du Dimanche, il a raconté ses souvenirs du mois de novembre 1989 : "Je me souviens (...)  de scènes de liesse. C'était incroyable, tout s'est déréglé. Je me souviens qu'à la télé, un officiel est-allemand annonce la chute du mur, c'est-à-dire la fin du XXe siècle, de manière tout à fait bureaucratique. Il dit : 'A partir de ce soir, nous avons donné instruction à tous nos postes de ne plus exiger le formulaire Y pour sortir du pays.' (...) À cet âge, on ne comprend pas tous les enjeux, mais on saisissait l'effervescence de la ville, on percevait qu'on était au cœur de l'Histoire. Le 9 novembre, on est allés avec notre petite pioche prendre un bout du mur. Dans les jours qui suivirent, on a tous un peu fait l'école buissonnière. Et on partait au fur et à mesure regarder le mur tomber dans toute la ville."

Le scénariste Charif Ghattas

Charif Ghattas, scénariste
Charif Ghattas, scénariste © Radio France / Christophe Barreyre

Charif Ghattas est né en 1981 à Beyrouth au Liban. Il est auteur, metteur en scène, scénariste et comédien.
Depuis 2002, il a signé une douzaine de pièces de théâtre jouées en France et au Liban: Du vice à la racine, Une éternité, Rotterdam la nuit, Dépendances, Amphitryon nous irons où la mer monte, Le premier jour, Holiday Inn, Les bêtes, Amal et Harry, Beyrouth pour tous, ...
En 2015, au théâtre des Bouffes du Nord, il met en scène Le paradis de Helki, spectacle-concert du musicien franco-libanais Bachar Mar Khalifé.
Parallèlement, il poursuit son travail de scénariste en signant l'adaptation cinématographique de sa pièce Holiday Inn, dédiée aux disparus de la guerre civile libanaise (1975-1990). Le film sera porté à l'écran en 2017. Depuis 2013, Charif Ghattas collabore régulièrement aux fictions radiophoniques de France Inter. Il a notamment écrit la fiction consacrée à Thomas Bernhard (Thomas Bernhard, un arbre à abattre).
En 2016, sa pièce Les bêtes sera créée par le metteur en scène Alain Timar au Théâtre des Halles d'Avignon.

Générique

Nous sommes un peuple de Charif Ghattas

Avec

  • Hector Manuel
  • Clara Lama Schmitt
  • Gall PaillaT 
  • Sarah Chaumette
  • Olivier Cruveiller
  • Marc Bodnar
  • Bruitage : Bertrand Amiel
  • Prise de son, montage, mixage : Claire Levasseur, Nicolas Depas Graf
  • Assistante à la réalisation : Louise Loubrieu
  • Réalisation : Cédric Aussir

Programmation musicale

  • SCORPIONS : Wind of change
  • Mélanie de BIASIO : Your freedom is the end of me
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