Une fiction écrite par Vincent Dheygre et réalisée par Laure Egoroff. Question autour du retour des enfants de Daech avec Marie Dosé, avocate pénaliste, qui représente plusieurs familles d’enfants prisonniers en Syrie et au Kurdistan et défend le rapatriement de ces enfants.

Le 17 février 2019, l'une des deux Françaises détenues qui ont fui la dernière poche de l'État islamique en Syrie s'assoit avec ses enfants alors qu'elle s'adresse à un journaliste de l'AFP au camp de personnes déplacées d'al-Hol au nord-est du pays
Le 17 février 2019, l'une des deux Françaises détenues qui ont fui la dernière poche de l'État islamique en Syrie s'assoit avec ses enfants alors qu'elle s'adresse à un journaliste de l'AFP au camp de personnes déplacées d'al-Hol au nord-est du pays © AFP / BULENT KILIC

Comment aborder le retour de ces enfants dont les parents ont quitté la France pour rejoindre l’État Islamiste et aller se battre en Syrie ? 

Certains n’ont même pas un an, d’autres en ont trois, cinq ou dix… Tous ont grandi dans le territoire de Daech, confrontés à la guerre, à la violence et à l’endoctrinement du « califat » et du terrorisme islamique. Que faire de ces enfants ? Leurs parents sont français, allemands ou belges, mais l’Europe ne se presse pas pour leur porter assistance. La France rapatrie certains enfants au compte-goutte.

Leurs parents sont morts ou prisonniers dans des camps tenus par les Kurdes, les Irakiens ou les Syriens. Des camps dont l’état sanitaire est déplorable. La survie de ces enfants est aujourd’hui en jeu et devient un problème humanitaire majeur. 

Maarten van der Donk, du réseau de sensibilisation à la radicalisation, le RAN, crée par la commission européenne le confirme dans un entretien dans le journal La Croix : 

Accueillir de tels enfants est une opération à laquelle les pays européens n’ont jamais été confrontés jusqu’à maintenant. Quel risque pour la société ? Et pour ces enfants ? 

Ces questions demeurent posées et elles le sont toujours. Ces enfants feraient-ils peur ?

Extrait du scénario

Séquence 9 :

Narrateur — Conversation WhatsApp entre Cédric Reynier et Clémence, 20 mars 2019.

Cédric Reynier – Clémence?  C’est Cédric, le journaliste, vous vous rappelez de moi ?

Clémence – Bonjour Cédric. Comment allez-vous ?

Cédric Reynier – Je vais bien, merci. Je vous appelle d’Al-Hol.

Clémence – Comment c’est là-bas ?

Cédric Reynier – Les conditions de vie y sont très dures. Mais j’ai une bonne nouvelle.

Clémence – Ah oui ?

Cédric Reynier – Je vous passe quelqu’un…(Un temps.)

Layla – Clémence?

Clémence – Layla ! Layla, c’est toi ? Oh Layla, je suis folle de joie ! Comment vas-tu ? Comment vont les enfants ?

Layla – Ils sont vivants, Soubhana Allah… Mais ici, c’est l’enfer, ma sœur. Une fille de quinze ans est morte d’insuffisance rénale la semaine dernière. Il faut que nous sortions de là.

Clémence – En France, ils parlent de ramener tout le monde… Tu reviendras. Tu reviendras bientôt avec les enfants, je te le promets Layla.

Layla – Ecoute, je ne peux pas rester trop longtemps au téléphone. Une Russe a été poignardée récemment parce qu’elle a dit trop fort qu’elle voulait rentrer.

Clémence – D’accord Layla.

Layla – Ici, certaines sont folles. Il y en a une qui m’a menacée. Elle est dans le camp avec sa fille et veut continuer le djihad. Sa fille a demandé le rapatriement en cachette. Si elle l’apprend, elle la tuera. Tu comprends ?

Clémence – Je comprends. Je comprends. Fais attention à toi.

Layla – Je te rappellerai bientôt. Le journaliste m’a donné un portable. Je t’embrasse. 

Clémence – Je suis tellement heureuse de te savoir vivante. Mille baisers petite sœur.

Layla – A bientôt Clémence. A bientôt.

(Silence)

Cédric Reynier – Clémence?

Clémence – Merci. Merci Cédric. Je ne vous remercierai jamais assez. C’est merveilleux !

Cédric Reynier – Ecoutez Clémence, je ne veux pas ternir votre joie, mais il semblerait que l’opération de rapatriement évoquée par notre ami du quai d’Orsay soit compromise…

Clémence – Que voulez-vous dire ?

Cédric Reynier — Fin février, nous avons publié avec le Figaro un sondage qui révèle que deux tiers des français sont contre le retour des enfants de djihadistes…

Clémence – Comment est-ce possible ?

Cédric Reynier – Un réflexe tribal en quelque sorte…Mais diverses sources m’indiquent que, depuis, le gouvernement a changé de doctrine à cause de l’opinion publique, et privilégie l’option du retour des enfants au compte-goutte…

Clémence – Qu’est-ce que ça veut dire ?

Cédric Reynier – Ca veut dire que le rapatriement de votre sœur et des garçons va être plus difficile que prévu… Je vous suggère de contacter un avocat pour la défendre et l’aider.

Clémence – Ma sœur n’est pas une djihadiste. Et les enfants, eux, n’ont rien demandé. Ils n’ont pas demandé à venir au monde en Syrie. Ryan n’a pas demandé à ce que sa mère soit tuée. Ce sont des victimes de guerre. Et des ressortissants français. La France doit les ramener. Avec leur mère.

Cédric Reynier – Votre sœur, en rentrant, risque sept ans de prison. Comme elle est partie avant les attentats de 2015, elle pourra plaider qu’elle ne savait pas. Mais il faut qu’elle soit défendue. Quant à Medhi, vous pourriez peut-être l’accueillir ?

Clémence – Et Ryan ?

Cédric Reynier – Ryan a eu une famille en France qui a, elle aussi, demandé son rapatriement…

Clémence – Ryan a perdu sa mère à l’âge de deux ans. C’est Layla, sa mère, maintenant.

Cédric Reynier – Pas pour la justice française, Clémence… Je dois vous quitter, à présent.

Clémence – Je prendrai un avocat. Merci encore, Cédric

Cédric Reynier – Je vous en prie Clémence, c’est bien peu. 

L'invitée : Marie Dosé

Marie Dosé est avocate pénaliste au barreau de Paris, elle est co-auteure de La Cour d'assise : quand un avocat et un juré délibèrent, aux éditions Dalloz. 

Marie Dosé est très engagée dans le retour de ces enfants français prisonniers en Syrie ou au Kurdistan. Des enfants entre un an et 14 ans, dont les pères ou les mères ont quitté la France pour rejoindre Daech. Combien sont-ils ? La question aborde deux aspects : l’un politique et l’autre humanitaire.

Le retour des djihadistes est inéluctable, le débat arrive trop tard ! 

Mais comment faire concrètement ? Quel seront les responsables de ces enfants à leur retour en France et où les héberger s’ils n’ont plus de famille ? 

Marie Dosé
Marie Dosé © Radio France / Valérie Priolet

Le scénariste : Vincent Dheygre

Son blog est ici et sa bio là. Il préside les E.A.T, association des Écrivains Associés du Théâtre. Auteur de nombreuses fictions pour la radio, vous pouvez les retrouver ici. 

Vincent Dheygre
Vincent Dheygre © Radio France / Vincent Dheygre

Générique : 

Les Petits Revenants, une fiction de Vincent Dheygre, réalisée par Laure Egoroff.

Avec : 

  • Clémence Plantier, 36 ans - Cassandre Vittu de Kerraoul 
  • Sophie Plantier (dite Layla) - Dalia Bonnet 
  • Cédric Reynier - David Migeot 
  • Catherine Adam, psychologue - Françoise Lorente 
  • François de Hauterive - Laurent d’Olce 
  • Garde kurde -  Hayat Amiri 
  • Enfant (Rayan) - Zoé Besmond de Senneville
  • Narrateur - Frédéric Rose
  • Bruitages – Benoît Faivre
  • Prise de son, montage et mixage : Pierre Henry, Lidwine Caron
  • Assistante à la réalisation : Léa Racine
  • Réalisation : Laure Egoroff

Programmation musicale :

  • Saez : Les Enfants Paradis
  • Stephan Eicher : Prisonnière
Les invités
  • Marie DoséAvocate d’une vingtaine de familles d’enfants de djihadistes
L'équipe
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