Une fiction écrite par Jean Pierre Thiercelin et réalisée par Michel Sidoroff. Quand en 1980 l'usine de textiles d'Orléans ferme les ouvrières décident de lutter. Nous accueillons l'une d'elles, Sylvie Dubois, alors porte-parole des ouvrières en grève chez BRIL et l’un des personnages clés de la fiction.

Des employées de la Société de Confection de Lingerie (SCL) d'Annonay occupent leur usine menacée de fermeture, mai 1996
Des employées de la Société de Confection de Lingerie (SCL) d'Annonay occupent leur usine menacée de fermeture, mai 1996 © AFP / PHILIPPE DESMAZES

La fiction d’aujourd’hui commence en 1979 et se termine en 1987. Elle nous raconte l’histoire de Sylvie, Marie-Thérèse, Marie-Claude et Pierrette ou encore Nicole Ce sont parmi d’autres, les ouvrières de l’Usine de BRIL, située au 47 quai du Roi à Orléans, une fabrique de vêtements pour homme pour des marques haut de gamme comme Pierre Cardin.   

Le 22 mai 1980 l’Usine, ferme officiellement. 

Mais ces femmes décident de lutter, d’ailleurs cela fait déjà plus d’un an qu’elles se battent pour leur emploi, de lutter mais aussi de continuer à couper, coudre, fabriquer des costumes pour hommes en un mot de garder leur usine. Pendant des mois elles frappent à toutes les portes, aidées et soutenues par la CGT et le PCF. 

Dans les couloirs des ministères et des administrations, on leur répond, « BRIL c’est une affaire classée ». Puis elles obtiennent enfin l’accord pour leur projet de coopérative. Car c’est là leur idée, créer une SCOP, (société coopérative ouvrière de production). Non leur usine ne sera pas fermée ni délocalisée à l’étranger, et même si de 300 salariés elles ne sont plus que 70, chacune d’elle deviendra polyvalente et elles se formeront… car oui elles peuvent tenir et développer une nouvelle marque, et elles le savent : « sur ce marché du vêtement masculin haut de gamme il y a une place ! Leurs places !»

Dans ces années 80, beaucoup de sociétés ferment, sont mises en liquidation. Le chômage explose, mais les ouvrières ont rarement la parole. Alors comme à BRIL, des femmes la prennent et se battent, comme dans l’affaire Furnon, dans le Gard, où le patron n’embauchait jamais d’ouvrières au-dessus de 20 ans car les cadences étaient trop infernales…  devenu un symbole à l’époque de la férocité de certains patrons!  Un exemple parmi tant d’autres !

Et même si ces jeunes femmes ont fini par se lasser, leur acte et leur lutte ont agi comme révélateur dans un domaine, celui de l’habillement  et du textile, où les employées essentiellement féminines était exploitées, mal payées. Un peu partout en France dans ces années-là, elles se rebellent et dans des milliers de petits ateliers, de petites entreprises, celles qu’un patron parisien qualifiait de « Marie-salopes » comme le dénonçait  le journal l’Humanité dans un article de février 1981, se soulèvent, rédigent des tracts et les signent du nom des « Marie-rebelles » !

Extrait du scénario

Séquence 2

Voix off : 12 juillet 1980. Orléans. Quai du Roi. Intérieur d’une caravane  dans les murs de l’entreprise Bril.

_Dans un transistor, on entend Eddy Mitchell qui chante : ..._Le grand chef du personnel / L'a convoqué à midi : / J'ai une mauvaise nouvelle /Vous finissez vendredi. / Une multinationale / S'est offert notre société. / Vous êtes dépassé / Et, du fait, vous êtes remercié. / Il n'y a plus d'espoir, plus d'espoir. / Il ne rentre pas ce soir...

Pierrette: Alain ! Tu tiens vraiment à cette chanson!...

Alain : Elle est super cette chanson... Mais bon... Il coupe son transistor. Moi qu’étais venu pour vous soutenir !...

Marie-Thérèse : C’est très gentil à toi, Alain ! Mais, il faut comprendre... Tout le monde est un peu fatigué...

Sylvie : Elle est belle cette chanson... Bon, c’est pas le tout !... Pierrette, tu as ton cahier ?... 

Pierrette : J’ai toujours mon cahier !... 

Marie-Thérèse : Qu’est-ce qu’on ferait sans les cahiers de Pierrette !... Je te revois le 22 mai, quand ils ont annoncé le dépôt de bilan. C’est là que tu as sorti ton premier cahier...                  

Pierrette : Oui.  Pour noter  les équipes qui allaient se relayer... 4 groupes de 10 personnes. Les mains se sont levées tout de suite ! J’ai commencé à faire les colonnes et à inscrire les noms... 

Marie-Claude : 318 salariés sur le carreau, alors que les carnets de commandes sont pleins ! Les copines répétaient en boucle : « C’est pas possible ! Ils nous jettent comme des kleenex... On est fichues ! Qu’est-ce qu’on va faire ?... »

Marie-Claude : C’est toi, Sylvie, qui a lancé le mot : « On occupe ! »...

Sylvie : Bah, j’avais suivie l’occupation de l’usine où travaillait ma grande sœur... Les patrons avaient déménagé les machines dans la nuit... 9 mois de lutte ! Une ambiance de camaraderie formidable !... Alors le 22 mai, j’ai dit : « On occupe ! », ça me paraissait évident !

Marie-Claude : Et nous, on a dit : « On te suit !...»

Pierrette : On n’avait rien à perdre !... Il y avait des camarades paniquées... « Occuper ? Mais t’es folle ! On n’a pas le droit !... » Rires.

Marie-Thérèse : Faut les comprendre. La peur de l’inconnu ! Toujours... Les patrons comptent là-dessus !...

Marie-Claude : Mais là, ils ont fait fausse route. Dès le début, l’occupation de l’usine a été exemplaire.

Sylvie : Le syndicat et la fédé, nous soutiennent bien !... Depuis le premier soir, ils montent la garde devant la grille. 

Marie-Claude : N’empêche qu’à l’ANPE et aux ASSEDIC, ils ont été un peu surpris quand on a débarqué en blouses de travail pour négocier nos dossiers !...

Alain : Et à la préfecture ? Toujours en blouse... Quand vous vous enchaînez aux grilles... Les pauvres flics, ils savent plus où donner du coupe-boulon !...

Sylvie : Du coup la presse rapplique ! Même la presse nationale... Marie-Thérèse, tu gardes bien tous les articles surtout ?...

Marie-Thérèse : T’inquiète !... Moi, j’ai un faible pour l’article du « Matin de Paris » : « Ce conflit est un conflit de femmes. Elles se révèlent dans cette épreuve, organisées, rationnelles, prudentes. Après avoir interdit l’entrée de l’usine à la direction et aux experts commis par le syndic, elles précisent avec calme que rien ne se passera qu’elles ne puissent contrôler. » Et c’est écrit par un homme !... Rires et applaudissements.

Marie-Claude : Dis-donc Alain tu ne veux pas nous déboucher une bouteille ? Ca nous donnerait du cœur à l’ouvrage !

Alain : Volontiers ! Et puis, il faut fêter votre installation dans la caravane...

Sylvie : Tu as raison ! Ca s’arrose ! Désormais, c’est notre quartier général ! Quand je pense que le syndic voulait nous faire partir en vacances, histoire de nous éloigner... La ficelle était un peu grosse... Mais nous, on occupe même pendant les vacances ! 

Pierrette : Maintenant, c’est les vacanciers qui s’arrêtent chez nous !... Une chance que la nationale passe derrière l’usine. Ils partent tous par là !... Avec la banderole d’Alain « Vente directe à l’usine », on a drôlement bien vendu.

Alain : Et c’est pas fini ! La porte s’ouvre... Tiens voilà Nicole ! Bah dis-donc, tu es chargée !

Nicole : Faut ce qu’il faut ! J’avais promis de faire les courses.

Marie-Thérèse : Mais, il y a de quoi tenir un siège ! ....

Invitée Sylvie Dubois

Sylvie DUBOIS porte-paroles de ouvrières en grève chez BRILL
Sylvie DUBOIS porte-paroles de ouvrières en grève chez BRILL / Sylvie Dubois

Sylvie Dubois est aujourd’hui cadre mutualiste dans une mutuelle santé et élue locale adjointe aux finances dans une ville au nord d'Orléans, à Saran. Elle est toujours militante CGT et militante au PCF. Elle était très impliquée dans la lutte des BRIL de 1979 à 1987 et porte-parole des ouvrières en grève. Elle est aussi l’un des personnages clef de la fiction et c’est bien la première fois qu'une des héroïnes de l’histoire est invitée pour la partie entretien. Elle nous raconte le combat des ouvrières, leur projet de SCOP (société coopérative ouvrière de production) pour continuer à créer, fabriquer, organiser, vendre, gérer etc. Cette grande aventure a fait naître leur propre marque, « LIBR » . Le journal Libé titrait à l’époque, en septembre 80, « LIBR la marque sauvage de costards trois pièces » !...Une histoire passée qui fait toujours écho aujourd'hui avec beaucoup de fermetures ou de délocalisations d'usines. 

Ressources complémentaires:

Article du journal Le Monde du 22.09.1980 intitulé À Orléans Confection " sauvage " chez Bril après quatre mois d'occupation et celui du 26.03.1981 intitulé Les ouvrières de BRIL (Orléans) continuent de faire de la confection " sauvage "

Le scénariste Jean-Pierre Thiercelin

Jean-Pierre Thiercelin, scénariste, auteur, comédien et homme de théâtre.
Jean-Pierre Thiercelin, scénariste, auteur, comédien et homme de théâtre. © Radio France / Valérie Priolet

Son blog est ici et ses fictions pour l’émission Affaires Sensibles: Les vacances de Jacques Tati, Pierre Brossolette, le soutier de la gloire et Léo Férré, la musique insurgée , 28 septembre 1978 La mort de Jean-Paul Ier ou Salut les Yéyés.

Par ailleurs Jean-Pierre Thiercelin a cofondé avec Philipe Alkemade et Philippe Touzet de BAT-Le Billet des Auteurs de Théâtre, revue mensuelle des écritures théâtrales contemporaines sur internet. Il est vice-président des EAT - Écrivains Associés du Théâtre.

et pour information Jean-Pierre Thiercelin, le scénariste de cette fiction, vient de terminer l'écriture d'une pièce de théâtre sur l'Histoire de Bril.

Générique

C’était BRIL 1980-1987 Un combat de femmes 

De Jean-Pierre Thiercelin

avec 

  • Suzanne Aubert : Sylvie
  • Hélène Lausseur : Marie-Thérèse 
  • Peggy Martineau : Marie-Claude
  • Quentin Barbosa : Alain
  • Manon Leroy : Pierrette  
  • Pauline Ziadé : Nicole 
  • Et les voix d’Ariane Brousse, Elodie Vincent, Aline Stinus, Didier Merigou
  • Bruitages : Bertrand Amiel
  • Prise de son, montage, mixage : Marie Lepeintre, Mathieu Touren
  • Assistantes à la réalisation : Justine Dibling, Louise Loubrieu
  • Réalisation : Michel Sidoroff

Programmation musicale:

  • Anne SYLVESTRE: Le centre du motif
  • MARKA : L'usine
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