Sa vie, son œuvre, ses premiers cabarets de la rive gauche, sa quête obsédante du succès, ses premiers amours et ses premières chansons.

Serge Gainsbourg et Brigitte Bardot vers 1960.
Serge Gainsbourg et Brigitte Bardot vers 1960. © Getty / Gamma / Contributeur

Affaires sensibles/la Fiction : Aujourd’hui : « Gainsbourg, itinéraire vers la célébrité »

  • Une émission proposée par Christophe Barreyre
  • Écrite par Renaud Meyer
  • Réalisée par Pascal Deux

La fiction retrace les premiers liens entre amour et chanson, de Juliette Gréco à qui il offre La javanaise, à Brigitte Bardot pour qui il compose cette magnifique chanson, Je t’aime moi non plus… mais qu’il chantera avec une jeune anglaise, qui deviendra sa femme, Jane Birkin. Les chansons pour Gainsbourg sont aussi des rêves, des amours rompues ou naissantes, des promesses… la vie est là, la vie continue.

Et pourtant Lucien Ginsburg, ce petit garçon juif d’origine russe, à qui en 1942 on avait cousu une étoile de shérif, comme il le racontait, et qui s’était réfugié par hasard dans un village tout proche d’Oradour sur Glane, qui se disait laid, qui rêvait d’être Césanne, qui apprend le piano avec son père; Ce petit garçon allait devenir Gainsbourg, le fumeur de havane !

Boris Vian avait tout compris et le disait : « Gainsbourg réalisera probablement la séparation des âges de la musique. D’ici à peu d’années, je suppose, on dira pour confirmer la différence, avant que vienne Gainsbourg et après que Gainsbourg est venu. La chanson avec Serge entre dans un autre siècle : je le crois avec conviction ».

Et pourtant Gainsbourg à la fin de ces années 50 est loin du succès, comme le dit Bertrand Dicale auteur d’une biographie-somme sur le chanteur : « On a oublié les échecs, les impasses et les demi-tours. On considère Gainsbourg comme le parangon, le sommet d’une époque, or cette époque n’a pas écouté ses chansons ».

Car si Gainsbourg devient célèbre en composant des chansons pour les Yéyés dans les années 60, rappelez-vous les sucettes à l’anis chantée par France Gall ainsi que l’autre succès Poupée de cire Poupée de son avec lequel elle obtient le prix de l’Eurovision en 1965 ! On connaît la fameuse formule qu’il lança à Denise Glaser dans l’émission Discorama : j’ai retourné ma veste le jour où je me suis aperçu qu’elle était doublée de vison !

Car jusque-là, Gainsbourg, qui jeune se rêvait artiste peintre, écrivait des chansons pas toujours raccord avec la mode des années 60, ses chansons au texte audacieux et habillées d’un jazz minimaliste étaient en porte à faux avec une jeunesse plus prompte à rire et à danser le twist plutôt qu’écouter les tourments d’un chanteur à la poétique empreinte de mélancolie.

La fiction commence au début des années 60, ces années de bascule, Gainsbourg est déjà avec une femme, et pas n’importe laquelle, Juliette Gréco…

extrait du scenario

Scène 4.

Dans l’appartement de Bardot, avenue Paul Doumer. C’est le soir. Arrivée de Gainsbourg. Ils se prennent dans les bras.

GAINSBOURG : Oh, tu es là, mon amour. Tu es là…

BARDOT : Tu avais peur de me perdre ?

GAINSBOURG : Je suis dans tes bras, c’est un miracle.

BARDOT : Ma gueule d’amour, on s’est quittés ce matin.

GAINSBOURG : Cette journée, c’était comme une éternité. J’avais tellement envie de me fondre en toi.

BARDOT : Oh, toi et moi, c’est magique. Cette alchimie, c’est une électrocution, incontrôlable, interminable.

GAINSBOURG : J’arrive pas à m’arracher. Jamais. Chaque fois que je remets ma chemise…

BARDOT : Je te l’enlève…

GAINSBOURG : Tu es une vraie mante.

BARDOT : Une mante fidèle.

GAINSBOURG : J’avais peur de ne pas te trouver chez toi. Tu n’es pas allée à son anniversaire ?

BARDOT : Hors de question. Gunther est insupportable. Il est odieux. Cet homme pense qu’il m’a achetée, comme il a acheté tout le reste. Je suis la femme la plus cocue du monde, alors ses leçons de morale, il peut se les garder. Je vais divorcer. Je m’en fous de ne pas aller à son anniversaire.

GAINSBOURG : Tu aurais dû y aller. Tu es sa femme. Légalement…

BARDOT : Et je suis la tienne, illégalement. Et comme j’adore l’illégalité.

GAINSBOURG : Donne-moi ta main. Ce sont les trois alliances de Gunther ?

BARDOT : Oui.

GAINSBOURG : Je te retire la bleue, la blanche et la rouge…

BARDOT : Tu me divorces de Gunther Sachs ?

GAINSBOURG : Et je te lie d’amour avec Serge Gainsbourg…

Il lui retire son alliance, et lui en passe une autre.

BARDOT : Oh, elle est magnifique.

GAINSBOURG : Ouais, pas dégueu, c’est Cartier, quand même. On ouvre une petite bouteille de Moët et Chandon, on prend ta Morgan décapotable, et on va fêter ça chez Régine sur de la musique russe… ?

BARDOT : Non, on reste là. Je t’en supplie. Ils sont en bas, je le sais.

GAINSBOURG : J’ai vu personne en arrivant.

BARDOT : Bien sûr qu’ils sont là, ils ne vont pas nous lâcher comme ça. Viens, regarde. (Elle le mène à la fenêtre.) Tu vois le type derrière la voiture blanche ?

GAINSBOURG : Je vois personne.

BARDOT : Je sais qu’il est là.

GAINSBOURG : Tu les sens, t’as un sixième sens. Tu es comme un animal qui sent le chasseur.

BARDOT : Ils sont partout. En bas de chez moi, chez Gunther avenue Foch, chez toi à la Cité des Arts.

GAINSBOURG : Enfoirés de paparazzi. Notre couple, la Belle et la Bête, ça les rend dingues. C’est mythique, une beauté comme la tienne et une gueule comme la mienne.

BARDOT : Oh, viens là, ma gueule d’amour, contre moi. On est seuls au monde, toi et moi. On s’en fout de tout ça. T’as raison… J’ai envie de leur dire que je t’aime, de leur montrer qu’on est heureux. Prends tes affaires, on va chez Régine.

GAINSBOURG : Ô, déesse imprévisible, je t’adore. Et demain matin, en studio, avec Mireille Mathieu, j’arriverai épuisé, saoulé d’amour.

BARDOT : On sera ivres de champagne et de nous-mêmes…

GAINSBOURG : B.B. et le p’tit Lulu ! Tout ça, ça m’épate ! Il trébuche en marchant vers la porte pour sortir.

BARDOT : Ça va ?

GAINSBOURG : J’ai failli me vautrer sur le tapis. Merde…

BARDOT : On a bu deux coupes.

GAINSBOURG : C’est pas l’alcool, c’est ta beauté, elle m’a terrassé.

BARDOT : Oh, ma gueule… (Elle l’embrasse.) Écris-moi la plus belle chanson d’amour que tu puisses imaginer. Fais-moi ça, un immense cadeau d’amour…

Invité Didier Varrod

Didier Varrod journaliste, producteur, animateur de radio et de télévision, scénariste, écrivain et réalisateur français.
Didier Varrod journaliste, producteur, animateur de radio et de télévision, scénariste, écrivain et réalisateur français. © Radio France / Valérie Priolet

Didier Varrod, ancien directeur de la musique à France inter, anime les Concerts d'Inter et produit Foule sentimentale , chaque vendredi de 21h à 23h. Journaliste, homme de radio, auteur, documentariste, Didier Varrod a croisé le chemin de Serge GAINSBOURG en 1984, alors qu'il faisait ses premiers pas dans la presse. Une rencontre de celles qu'il n'a jamais oubliées, étant aussi témoin de sa dernière télévision en décembre 1990. A l'aube des vingt ans de la disparition de l'artiste, il a cosigné, avec le réalisateur Pascal FORNERI, en 2010, un documentaire intime, à base d'images factuelles, d'archives et d'extraits musicaux, sur ce mythe de la chanson française qui avait l'art et la manière de créer d'inoubliables titres, notamment pour ses muses: Gainsbourg l’homme qui aimait les femmes.

Le scénariste Renaud Meyer

Renaud Meyer, comédien, romancier, auteur dramatique, et metteur en scène.
Renaud Meyer, comédien, romancier, auteur dramatique, et metteur en scène. © Radio France / Christophe Barreyre

Comédien, romancier, auteur dramatique, metteur en scène, Renaud Meyer aime les aventures éclectiques. Comédien pour Daniel Mesguich et Jean-Michel Ribes, il a écrit 3 romans, dont « Les deux morts de Hanna K. » qu’il a ensuite adapté pour le théâtre .Tout l’intéresse : les polars, les comédies sans compter les grands personnages historiques. On lui doit des Affaires sensibles sur Golda Meir, la philosophe Simone Weil, mais également des fictions (Gérard Philippe. Rendez-vous avec le Cid, Le jour où Federico rencontra Fellini, Louis Jouvet, l’odyssée sud-américaine). C’est dans ce même élan qu’il a écrit pour le théâtre une pièce sur Zelda et Scott Fitzgzerald (Zelda et Scott) qui a remporté un certain succès la saison dernière à Paris. Ainsi que sa pièce créée au théâtre Saint-Georges (Mes parents sont des enfants comme les autres).

Générique

C'était « Gainsboug, itinéraire vers la célébrité » de Renaud Meyer

Avec :

  • Stéphane Valensi : Serge Gainsbourg
  • Johanna Nizard : Juliette Gréco
  • Mathilde Mennetrier : France Gall
  • Valérie Moinet : Françoise « Béatrice » Pancrazzi
  • Clotilde Morgiève : Brigitte Bardot
  • Judit Jancso : Jane Birkin
  • Narration : Laurent Cléry
  • Doublure piano : David Stanley
  • Prise de son, montage et mixage : Amandine Grevoz, Eric Boisset
  • Bruitages : Bertrand Amiel
  • Assistant à la réalisation : Pablo Valero, Louise Loubrieu
  • Réalisation : Pascal Deux

Programmation musicale

  • extraits de la javanaise, poupée de cire, les sucettes, Harley Davidson et je t'aime moi non plus version Birkin
  • extrait de je t’aime moi non plus version Bardot et un extrait de Manon
  • en cd 1 : l’eau à la bouche
  • en cd 2 : Lemon incest

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