Une fiction écrite par Nicole Sigal et réalisée par Michel Sidoroff. La fiction d’aujourd’hui évoque l’histoire de ces vies en suspend dont certains demandent l’arrêt. Notre invité Jean- Luc Romero président de l’association pour le Droit de Mourir dans la Dignité, l’ADMD.

Fin de vie
Fin de vie © Getty / Getty

Dans la fiction, Aline, 58 ans, est malade, atteinte d’un cancer en phase terminale. Son fils Gabriel la soigne, l’accompagne. Elle veut mourir, lui veut qu’elle vive. Devant le refus de son médecin de l’aider, Aline a décidé et le dis :

« En Suisse, en Belgique, le suicide assisté est permis. Les médecins ne sont pas pour autant des assassins. »

En novembre 2015 nous avions déjà abordé à travers une émission, l’histoire de Vincent Humbert,un jeune homme de 21 ans, tétraplégique, aveugle et muet, qui demanda un jour de novembre 2002 au président Jacques Chirac, le droit de mourir :

« Monsieur Chirac, 

Tous mes respects, Monsieur le président.

Je me présente : je m’appelle Vincent Humbert, j’ai 21 ans. J’ai eu un accident de circulation le 24 septembre 2000. Je suis resté neuf mois dans le coma. Je suis actuellement à l’hôpital hélio-marin à Berck dans le Pas de Calais. Tous mes sens vitaux ont été touchés à part l’ouïe et l’intelligence, ce qui me permet d’avoir un peu de confort. Je bouge très légèrement la main droite en faisant une pression avec le pouce à chaque bonne lettre de l’alphabet. Ces lettres constituent des mots et ces mots forment des phrases. C’est ma seule méthode de communication. J’ai actuellement une animatrice à mes côtés qui m’épelle l’alphabet en séparant voyelles et consonnes. C’est de cette façon que j’ai décidé de vous écrire. Les médecins ont décidé de m’envoyer dans une maison d’accueil spécialisée. Vous avez le droit de grâce et moi, je vous demande le droit de mourir ».

Le droit de mourir. On le lui refusera, sa mère l’aidera. C’est pour poursuivre cette réflexion que nous voulons avec la fiction vous raconter aujourd’hui l’histoire d’Aline.

Ce sujet hautement sensible, c'est le télescopage de plusieurs logiques : religieuses, philosophiques, politiques, culturelles, mais c'est surtout cette question fondamentale : A-t-on le droit de prolonger la vie d'une personne dont les jours ne sont que souffrance, sans espoir ? 

Au nom de quels principes inhumains doit-on s'arc-bouter sur le respect de la vie quand la douleur ou le handicap  constituent justement la négation de la vie ?

Va-t-on cesser un jour de condamner à vivre ? 

Extrait du scénario

3- Dans le salon

Gabriel revient. Il débouche la bouteille de Croze et ils trinquent.

Gabriel : il fait un froid de canard dans cette cave et tu voulais y aller !

Aline : hum, délicieux, à la tienne mon chéri !

Gabriel : à la tienne petite maman terrible ! Je ne suis pas sûr que le vin soit compatible avec tes traitements.

Aline : je m'en fiche, j'arrête.

Gabriel : comment ça, t'arrête ?

Aline : je veux qu'on me débranche. 

Gabriel : ah, non tu avais promis au médecin… tu n'es pas en fin de vie maman, tu es en soins palliatifs.

Aline : je veux arrêter avant la déchéance, c'est décidé. J'ai travaillé mon corps toute ma vie, aucun soin palliatif ne soignera ma souffrance de le voir se détruire. Je ne veux pas me voir comme ça.

Il pleure dans ses bras.

Je sais mon chéri… c'est dur, mais ça serait encore plus dur si on continuait.

Je me suis renseigné. Tout à l'heure quand tu es arrivé, j'étais en train de faire ma valise et de choisir mon livre préféré.

Gabriel : je ne peux pas faire ça maman : accepter de tuer celle qui m'a mise au monde !

Silence.

Je dois appeler le médecin. Il commence à téléphoner, ça sonne. Elle lui retire doucement le téléphone des mains. Il pleure.

On a pas le droit, je n'ai pas le droit de faire ça, maman.

Aline : je te le demande, pour l'amour de moi. Tu n'auras aucun geste à faire, c'est moi qui le ferais. C'est ce que j'ai décidé en toute conscience,  je veux partir en ayant encore la force de sourire, et de choisir mes derniers mots. Des mots de vie. 

Gabriel : maman, souviens-toi de ce qu'on a décidé avec le médecin…

Flash back. Bruits d'hôpitaux en tout genre : chariots, portes, paroles feutrées inaudibles, bips, sonnettes, goutte à goutte…

Aline, pour elle-même

Je n'avais pas eu le choix. Le  médecin avait tranché : ni la médecine, ni la loi française ne pouvaient venir à mon secours. Mais je savais qu'en Belgique et en Suisse, le suicide assisté était permis. Le diagnostique était clair: cancer métastasé, j'étais condamnée, il me restait encore six mois à vivre. Je n'appelais plus cela VIVRE. Une agonie terrible m'attendait. Je voulais tirer ma révérence et quitter la scène sans que l'on soit obligé de baisser le rideau au milieu de mon numéro.

Notre invité Jean-Luc Romero

Fabrice DROUELLE et Jean-Luc ROMERO en studio
Fabrice DROUELLE et Jean-Luc ROMERO en studio © Radio France / Valérie Priolet

Jean-Luc Romero est conseiller régional d’île de France et maire adjoint du 12 ème arrondissement de Paris. Il est aussi président de l’association pour le Droit de Mourir dans la Dignité, l’ADMD et préside l’association Elus locaux Contre le Sida. Il est l'auteur de plusieurs livres dont « Ma Mort m’appartient » en 2015 et tout récemment « Lettre ouverte à Brigitte Macron  # MaMortMappartient », tous deux parus chez Michalon. Dans cette lettre ouverte, il met en exergue une phrase, une réflexion qui pose question : «  Une culture qui nie la mort finit par devenir superficielle, préoccupée uniquement par la force extérieure des choses. Lorsque l’on nie la mort, la vie perd sa profondeur » 

La scénariste Nicole Sigal

Nicole Sigal
Nicole Sigal / Barbara Buchmann

Nicole Sigal est écrivain, comédienne et peintre. Son actualité, exposition, roman et fictions sont à retrouver ici

Générique

« Le temps qu'il reste » de Nicole Sigal

Avec : 

  • Anne Deleuze
  • Pierre Marie Baudoin
  • Bruno La Brasca
  • Nicole Sigal
  • Flora Brunier
  • Sophie Troise
  • Bruitage : Bertrand Amiel
  • Prise de son, montage, mixage : Claire Levasseur, Matthieu Le Roux
  • Assistante à la réalisation : Louise Loubrieu
  • Réalisation : Michel Sidoroff

Programmation musicale :

  • Michel BERGER : Le paradis blanc
  • EELS : The deconstruction
Les invités
  • Jean-Luc Romeroprésident de l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité, conseiller régional PS d’Ile-de-France
L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.