Signe d'une époque, les Trente glorieuses, la jeunesse augmente, invente sa propre culture, ses codes, ses aspirations et fera naître "les bandes de jeunes".

Jeunes dans le quartier Belleville de Paris dans les années 60.
Jeunes dans le quartier Belleville de Paris dans les années 60. © Getty / Alain Nogues/Sygma

Ils s’appelaient Bertrand, Clément et Denis. Ou plutôt Twisty, Jimmy et Nevada, de leur vrais noms, ceux de leur bande. Celle du quartier, à la lisière des villes, dans les banlieues aux pavillons délabrés, en bas de ces tours qu’on regarde encore avec espoir. Cheveux mi-long, gominés vers l’arrière, manteau de cuir, sur les épaules, blue jeans, serrés aux guibolles, chaîne de vélo à la main et adossés au scooter, L’idole James Dean en tête et le rock sombre de Vince Taylor sur le transistor… Voici les « blousons noirs ».

C’est ainsi qu’on nomme, à la fin des années 50 et au début des années 60, une certaine jeunesse, version française des teddys boy anglais et des Halbstarken allemands. Surgis au cours de l’été 1959, présenté comme un véritable phénomène : des bandes de jeunes, vêtus de blousons noirs, sèmeraient la terreur un peu partout dans le pays. Vols, bagarres, destructions, en série : Avec eux, le fait divers devient enjeux de société.

Comme tout mythe, les « blousons noirs » disent aussi une réalité. Celle d’une époque, les Trente glorieuses, celle d’une jeunesse, qui augmente et prend conscience d’elle-même, qui invente sa propre culture, ses codes et ses aspirations, celle d’une délinquance, d’une violence sans aucune cause, celle, enfin, d’une génération aînée, qui n’avait pas prévu ce surgissement et qui se retrouve confrontée à un monde qu’elle ne comprend pas. Matrice enfin et surtout, d’un phénomène amené à perdurer avec le temps : les bandes de jeunes.

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Notre invitée Sophie Victorien

Sophie Victorien est docteure en histoire contemporaine, spécialiste de la jeunesse. Elle est responsable des nouveaux projets numériques du CLAMOR et responsable éditoriale et secrétaire de rédaction de Criminocorpus. Sophie Victorien est aussi membre du comité de la Revue d’histoire de l’enfance irrégulière (RHEI) et de la revue Histoire pénitentiaire. Et également membre du jury du Prix Françoise Tétard Histoire de l'éducation populaire / Histoire de l'éducation spécialisée. Elle est l'auteure de "Jeunesses malheureuses, jeunesses dangereuses. L'éducation spécialisée en Seine-Maritime depuis 1945. Paru aux presses universitaires de Rennes en 2011

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  • Johnny HALLYDAY "Noie c'est noir"
  • RENAUD "La chanson du loubard"
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