Une fiction écrite par Charif Ghattas, réalisée par Cédric Aussir. La fiction d’aujourd’hui nous raconte l’histoire de James Baldwin, héros, saint et martyr ! Notre invitée Virginie Depardieu Maître de conférences en littérature et civilisation américaines à l'université du Havre et auteure de 2 livres sur Baldwin

James Baldwin, le 1er avril 1972
James Baldwin, le 1er avril 1972 © Getty / Sophie Bassouls/Sygma

L’écrivain américain est né à New York en 1924, exilé à Paris en 1948 et mort à Saint-Paul-de-Vence le 1er décembre 1987. James Baldwin a milité pour les droits civiques des Noirs la plus grande partie de sa vie et à travers ses livres et ses actes il nous parle plus que jamais : être noir aux Etats Unis en 1950 et être un homme aujourd’hui ! 

Tout est lié chez Baldwin, la condition des Afro-américains et le destin des Etats Unis, le mensonge sur lequel est construit le pays et comment ira le monde demain !

Baldwin a inventé la notion de Nègre. Noir, homosexuel, croyant, élevé par un pasteur, prêchant lui-même, il n’a jamais collé à aucun code d’aucune communauté. C’est pour cela qu’il fût détesté mais c’est aussi grâce à cela qu’il put parler à tous !

Honnête Baldwin l’était assurément, honnête et courageux. Ce qu’il dénonce par-dessus tout c’est le mensonge, cette incapacité pour beaucoup de ne pas vouloir assumer ses propres fautes, les diverses manières de se défausser sur l’autre !

James Baldwin est l’auteur de romans bien sûr comme « La Conversion », « Si Beale street pouvait parler » ou encore « la chambre de Giovanni » et enfin « I am not your Negro » mais il a aussi écrit des pièces de théâtre, des essais, des nouvelles et des poésies.

Une prose forte, lyrique, puissante.

Voici un extrait de « Si Beale Street pouvait parler » :

« Fonny avait trouvé quelque chose qu’il pouvait faire, qu’il voulait faire, et c’est ce qui l’a sauvé de la mort qui attendait tant d’enfants de notre âge…. on avait dit aux gosses qu’ils n’étaient que de la merde et tout ce qu’ils voyaient autour d’eux le confirmait. Ils luttaient, luttaient tant qu’ils pouvaient mais ils finissaient par tomber comme des mouches, ils s’entassaient sur les détritus de leurs vies, comme des mouches (…) Lui, il n’était le nègre de personne. Et ça, c’est un crime dans cette pourriture de pays libre. Vous êtes censé être le nègre de quelqu’un. Et si vous n’êtes le nègre de personne, vous êtes un mauvais nègre : c’est ce que conclurent les flics quand Fonny s’installa hors de Harlem. » 

Extrait du scénario

Scène 1. 

Au restaurant Calypso, Greenwich Village, New York.

...

Eugène Worth : Il t’a fait quelque chose de particulier ? 

James Baldwin : Ce ne sont pas que les actes qui comptent, Eugène, l’attitude, le comportement, c’est important ça aussi. 

Eugène Worth : L’attitude ? Moi je vois un gros blanc dégoulinant de sueur prêt à vendre mère et père pour une gorgée de bière fraîche. 

James Baldwin : Prêt à vendre mère et père, c’est certain, mais prêt à se comporter comme un être humain digne de ce nom, j’ai des doutes.

Eugène Worth, prend le temps de regarder le client : Tu es fort, Jimmy. 

James Baldwin : Dis pas de conneries. Je suis ni fort ni rien du tout. Je suis comme les autres, j’ai besoin d’argent, de travail et d’argent pour aider ma mère à donner à bouffer à mes frères et sœurs. Point. Et ça ne marche pas. Il n’y a que des petits boulots qui rapportent trop maigre. Quoi ? Cireur de pompes ? Laveur de carreaux ? En Amérique, rien de bon ne peut arriver à des gars comme toi et moi. A des nègres. Des sales nègres, tu sais. Mais ce gros-­‐lard assis sur son cul près de la fenêtre, tant qu’il n’aura pas compris qu’il n’est blanc que dans la mesure où il pense l’être, que dans la mesure où il me voit, moi, comme un noir et uniquement comme un noir, et que, par conséquent, son attitude s’en trouve modifiée, changée, transformée, « enorgueillie » même, de je ne sais quelle chose qu’il croit détenir en héritage, tu vois ce dont je veux parler… Eh ben il peut toujours godiller des bras et du cul sur sa chaise, sa bière restera pour lui comme un mirage dans le désert, et sa soif ne sera pas épanchée. Je le jure devant le Tout Puissant. (Pause.) Eh, Eugène, tu veux que je dise : Le nègre, c’est lui. 

Temps. Eugène fixe James. 

James Baldwin : Qu’est-­‐ce t’as ? 

Eugène Worth : Waw. 

James Baldwin : Quoi ? 

Eugène Worth : Rien, c’est… Ce que tu viens de balancer là, comme ça, comme si de rien était, en dressant tes petites assiettes, comme si tout ça coulait de source pour toi, c’est… Moi ça m’épate, tu vois, ça… Ça m’impressionne.

Invitée Virginie Depardieu

Virginie DEPARDIEU
Virginie DEPARDIEU / Virginie Depardieu

Virginie Depardieu est Maître de conférences en littérature et civilisation américaines à l'université du Havre-Normandie. Elle a soutenu sa thèse de doctorat sur les romans de James Baldwin et a publié deux ouvrages dont  James Baldwin, l'évidence des choses qu'on ne dit pas  chez Belin et  Hélas mon père  chez L’Harmattan. Elle s'attache plus particulièrement à étudier les stéréotypes liés aux Afro-américains.

Le scénariste Charif Ghattas

Scénariste et comédien, son CV ici.  Et aussi là

Ressource complémentaire:

Le film de Raoul Peck "I am not your negro" 2016

Générique 

« Baldwin, l’exilé de Paris »

de Charif Ghattas

Avec :

  • Makita Samba : James Baldwin 
  • Charif Ghattas : Richard Wright 
  • William Edimo : Eugene Worth 
  • Grégoire Baujat : Saul Bellow 
  • Morgane Hainaux : Ellen Poplar
  • Bruitages : Bertrand Amiel
  • Prise de son, montage, mixage : Claire Levasseur, Antoine Viossat
  • Assistantes à la réalisation : Louise Loubrieu et Romane Chibane
  • Réalisation : Cédric Aussir

Programmation musicale :

  • Michael Kiwanuka – "Black Man In A White World"
  • Childish Gambino – "This Is America"
  • James Brown – "Say It Loud (I'm Black And I'm Proud)"
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