Une fiction écrite par Léo Koesten et réalisée par Michel Sidoroff. L’histoire de l’artiste, peintre, sculpteur, Joan Miro, né à Barcelone le 20 avril 1893. Invité Jean-Louis Prat, ami de Miro et commissaire de l'exposition qui lui est consacrée au Grand Palais à Paris jusqu’au 4 févier 2019.

Photo prise le 11 juillet 1981 du peintre catalan Joan Miro, âgé de 88 ans, devant l'une de ses dernières lithographies "Espana" à Saint-Paul-de-Vence
Photo prise le 11 juillet 1981 du peintre catalan Joan Miro, âgé de 88 ans, devant l'une de ses dernières lithographies "Espana" à Saint-Paul-de-Vence © AFP / RALPH GATTI

« L’exposition donne à redécouvrir ou à découvrir comme l’écrit Jean Louis Prat, le commissaire de l’exposition, Miro dans toute son ampleur et ses 70 ans de création d’un homme qui a parlé peinture, dessin, céramique ou sculpture en inventant un monde que l’on ne connaissait pas, qui a ajouté la poésie à la peinture et créé un monde merveilleux qui n’est ni abstrait ni figuratif ».

L’œuvre de Joan  Miro est monumentale, foisonnante, protéiforme, autant qu’elle est lumineuse, poétique et inventive. Ses couleurs vives, ses traits calligraphiques, ses animaux magiques, ses formes imaginaires et obsédantes,  l’artiste catalan se réinvente en permanence et n’est jamais rassasié de nouveauté. 

Miro travaille la couleur, mais aussi la matière et il utilise les pinceaux mais aussi les couteaux ou le feu. Trente-cinq ans après sa mort à Palma de Majorque le 25 décembre 1983,  Joan Miro qui se définissait comme « Catalan international »,  est devenu une figure iconique du monde de l’Art. Et plus le temps passe, plus son art devient universel, dépasse les frontières et les genres. Ses œuvres vivent en dehors des musées, sur les murs d’institutions prestigieuses, son influence a pénétré le design, l’architecture et se déniche dans des endroits toujours plus inattendus. 

Il a vécu en Catalogne, aux Baléares mais aussi à Paris. Il a été l’ami d’Apollinaire, d’Aragon et de Prévert, de Paul Eluard, de René Char, de Masson et Picasso entre autre. Il a partagé l’inspiration des surréalistes mais dès les années 1930, Miro manifeste son désir de s’affranchir de tout mouvement, d’abandonner les méthodes conventionnelles de la peinture pour selon ses propres mots  « les tuer, les assassiner ou les violer ». Il entre alors dans une expression contemporaine, ne se plie à aucune exigence extérieure, ni à celles de l’esthétisme et plus à celles du surréalisme. « Peindre c’est un besoin physique, c’est comme respirer, boire, manger » disait Miro

Extrait du scénario

Miro raccroche. Il poursuit en off.

En dehors de l’horreur qui nous a occupés, Paul VI a eu des mots charmants et très justes sur mon travail. Bon. Il m’a cependant quelque peu tancé sur l’érotisme parfois trop appuyé de certaines de mes toiles. 

LA RÉCITANTE

1er mars 1974 : plus qu’un jour avant l’exécution du jeune anarchiste Salvador Puig i Antich. Aucun signe de grâce. Rien. Miro, plus que jamais se plonge dans le travail, mettant la dernière touche à son œuvre. Sur fond blanc gris « L'Espoir du condamné à mort ».

JOAN MIRO, peignant (off)

J’ai choisi de m’éloigner de mon langage plastique habituel pour essayer de tracer des grosses lignes créées d'un seul geste,] de les dessiner avec un pinceau, en un instant, pour aboutir à la liberté]. La ligne est ouverte, telle une question sans réponse, et elle se réduit au fur et à mesure des trois peintures, comme la vie et l'espoir du condamné.

LA RÉCITANTE

On aurait tort, cependant, de prendre ce triptyque comme le résumé du calvaire d'Antich, ou de croire Miro uniquement préoccupé de combattre les injustices d'un régime pourrissant. Simplement, quarante ans après ses premières colères devant la bêtise qui parfois ronge le monde, le Catalan était encore capable de crier, à travers sa peinture, son dégoût.

Nous sommes le 2 mars 1974, maintenant. Comme chaque jour, Miro descend dans son atelier. Il ne lui reste plus qu’à vérifier que son triptyque est conforme à ses attentes. Comme souvent avant d’aller peindre, Miro s’assied sur l’une des marches de l’escalier, des marches jonchées de recueils de poésies. Il en saisit un au hasard. La lecture d’un poème le met toujours en condition pour peindre.

JOAN MIRO, récitant à haute voix

« Elle est venue par cette ligne blanche pouvant tout aussi bien signifier l'issue de l'aube que le bougeoir de crépuscule.

Elle passa les graves machinales ; elle passa les cimes éventrées.

Prenaient fin la renonciation à visage de lâche, la sainteté du mensonge, l'alcool du bourreau. »

LA RÉCITANTE

« La liberté », un poème de René Char. 

Joan Miro pose précautionneusement le recueil sur la marche, puis se relève. Il descend le reste de l’escalier. Arrivé devant « L’espoir du condamné », il se fige, contemple son travail, puis le signe. Au même moment, le téléphone sonne.

Le téléphone sonne.

Miro décroche.

JOAN MIRO

Allô ?

LA RÉCITANTE

Miro restera longtemps avec le combiné à la main … Au moment où le peintre venait de signer son œuvre, Salvador Puig i Anti, anarchiste catalan, venait d’être exécuté par le supplice du garrot.

Invité Jean-Louis Prat 

Jean-Louis PRAT
Jean-Louis PRAT © Radio France / Valérie Priolet

Pour nous faire découvrir la beauté, les rêves et les angoisses de Miró, nous expliquer l’homme engagé dans son art et qui fut l'un de ses amis, nous recevrons Jean Louis Prat, longtemps  directeur de la Fondation Maeght à Saint-Paul de Vence. Historien de l’art, Jean-Louis Prat est le commissaire de cette rétrospective Miró au Grand Palais, la première à Paris depuis 1974. Elle est à visiter jusqu’au 4 février 2019 à Paris et présente quelque 150 œuvres, des peintures, mais aussi des sculptures et des céramiques, dont certaines n’ont jamais été vues en France.

Le scénariste Léo Koesten

Auteur d'une quarantaine de fictions pour France Inter et auteur de pièces de théâtre, retrouvez sa biographie ici. Il vient de faire paraître "Quatre Histoires intimes d'écrivains pour la radio (Zweig, Yourcenar, Céline, Aragon)" aux éditions de l'Harmattan

Générique

« Je me tiens strictement sur le terrain de la peinture », Joan Miro

De Léo KOESTEN

Avec :

  • Vanda Bénès : La récitante
  • Sylvain Clément : Joan Miro
  • Charles Gonzalès : Llorens Artigas dit Pepito
  • Sandrine Le Berre : Roxane
  • Nicole Sigal : Le professeur de dessin
  • Prise de son, montage, mixage : Bruno Mourlan, Fabien Capel, Valentin Azan-Zielinski
  • Assistantes à la réalisation : Louise Loubrieu, Manon Dubus
  • Une réalisation de Michel Sidoroff

Programmation musicale :

  • MECANO :  Hijo de la luna
  • CANINE : Jardin 
Les invités
  • Jean-Louis PratCommissaire d’exposition , ancien directeur de la Fondation Maeght
L'équipe
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