Aujourd'hui émission spéciale en direct… le moment clé de notre histoire, entre le 13 juin et le 22 juillet 1940 : la France va se déchirer, à partir de là certains vont faire le choix de résister, d’autres se résigneront. Invité Laurent Douzou, Professeur émérite des universités Sciences po Lyon.

Le général de Gaulle à la radio de Londres, sur les ondes de la BBC, le 18 juin 1940 (photographie postérieure au 18 juin 1940).
Le général de Gaulle à la radio de Londres, sur les ondes de la BBC, le 18 juin 1940 (photographie postérieure au 18 juin 1940). © Getty / Keystone-France / Gamma-Keystone

Le 10 Mai 1940 la bataille de France commence. La victoire des allemands est foudroyante. La Blitzkrieg écrase les armées belges, britanniques et françaises. « Le mot de cauchemar n’est pas assez fort » écrit le général Beauffre. 

Un mois après, le 10 juin, devant la poussée de la Wehrmacht le gouvernement quitte Paris pour Tours. Trois jours plus tard, le 13, Paris est déclarée « ville ouverte ». Intramuros, tout combat y est interdit. 

Au Coudray-Montceaux, ville mitoyenne de Corbeil à 60 kms au sud de Paris. Daniel Lecorre est assis sur une chaise face à la fenêtre. L’Etat major de la brigade vient encore de demander à sa section du 126ème régiment d’infanterie de contenir la poussée allemande. Son fusil mas 36 chargé entre les genoux, il sort son papier à lettres et son stylo plume.  

13 juin 1940, Seine et Oise.  

Cher Antoine. 

A la guerre on s’ennuie. J’en fais encore l’expérience aujourd’hui. 

Hier j’ai donné un coup de mains aux copains pour placer le canon antichar dans l’axe de la rue principale derrière un muret. Très légèrement décalé, il est invisible. Depuis le début il fait le boulot le 25. Plusieurs Panzers au tapis. Demain si les boches attaquent ils n’ont qu’à bien se tenir. En un mois on a beaucoup appris. J’espère qu’il n’est pas trop tard. 

Depuis que le lieutenant Hérout a pris la responsabilité de la compagnie le sergent Pensec commande la section. Dans le civil il est chef de ligne à la Retap comme il dit, on sent qu’il a l’habitude commander et il a vite appris. Il a installé l’essentiel de la section dans les étages supérieurs des maisons et conservé avec lui les meilleurs tireurs qu’il a disséminés un peu partout. Le fusil mitrailleur reste avec lui pour lui assurer de la liberté d’action. 

Chacun a pris le temps de reconnaître un chemin de replis rapide et sûr. On doit tenir une demi-journée le temps de reconstituer un front. Comme à chaque fois il va falloir décrocher dans l’urgence. Si la poussée est trop violente on a repéré d’autres postes de combat un peu plus bas dans le village.

Embrasse les parents. 

Ton frère. 

Daniel. 

Malgré quelques actes héroïques c’est la débâcle. La Luftwaffe bombarde et mitraille pêle-mêle les civils qui fuient et les unités militaires à la dérive. La bataille de France continue, mais l’armée de terre est sur le point de s’effondrer, Mussolini va en profiter pour attaquer l’armée des Alpes.

Nous sommes à un moment clé de notre histoire. Entre le 13 juin et le 22 juillet 1940 la France va se déchirer, à partir de là certains vont faire le choix de résister, d’autres se résigneront. 

Nous allons raconter ce moment à hauteur de femmes et d’hommes pris au piège, nous allons suivre les pêcheurs de l’ile de Sein, des intellectuels parisiens, des ouvriers du livre. Le tout au travers des journaux de l’époque comme Le Temps, le Matin, le Petit Marseillais.

Une émission de France Inter en partenariat avec RetroNews le site de presse de la BNF. 

Invité Laurent Douzou

Laurent DOUZOU, Professeur émérite des universités Sciences po Lyon. Il a fait paraitre La lutte clandestine en France. Une histoire de la Résistance 1940-1944 (avec Sébastien Albertelli et Julien Blanc), aux éditions du Seuil, coll. "La librairie du XXIème siècle", Paris, 2019, 448 p.

Programmation musicale

  • Germain SABLON : Le chant des partisans
  • Charles TRENET : Espoir
  • Stevie WONDER : Free

Ressources documentaires

Les différents discours du général de Gaulle se trouvent sur le site de sa fondation. 

Vous retrouverez l’histoire du Réseau du Musée de l’Homme sur le site du musée. 

Les citations du général Beaufre sont tirées du « Drame de 1940 », qui vient d’être réédité chez Perrin. Dans une nouvelle édition présentée et annotée par le général Nicolas Le Nen. 

Le 18 juin à 22 heures, Public Sénat rediffuse Gaullisme, année zéro, la véritable histoire du 18 juin. Un documentaire de Hugues Nancy. 

Pour finir voici in extenso la lettre du 14 juillet de 1940 de Paul Rivet au Maréchal Pétain :

Paris, le 14 juillet 1940

Monsieur le Maréchal,

Permettrez-vous à un Français, en cette date qui évoque pour chacun de nous tant de nobles souvenirs, tant d’espoirs, tant d’enthousiasme et tant de gloire, et qui aujourd’hui ne nous apporte que le deuil et le désespoir, de vous parler avec tout le respect mais aussi avec toute la franchise qu’il doit au grand soldat que vous êtes ?

J’ai eu le très grand honneur de servir sous vos ordres à l’heure la plus grave, la plus douloureuse, la plus lourde de votre vie, de notre vie. J’étais à Verdun pendant tout le mois d’avril 1916, à cette époque où vous portiez sur vos robustes épaules tous les espoirs de la France, et où, par votre calme, par votre autorité, vous avez été le symbole magnifique de l’héroïsme de tout un peuple. Il y a de cela vingt-quatre ans. Si j’évoque ce souvenir, ce n’est pas, Monsieur le Maréchal, pour prendre ma part d’une gloire à laquelle le plus humble soldat a plus de droit que moi. Médecin militaire, j’échappais par mes fonctions aux misères et aux dangers de ceux qui se battaient. Mais par le fait même que j’étais en dehors de la mêlée sanglante, je pouvais mieux apprécier ce qu’elle comportait d’horreur, de souffrance et de grandeur, et comment tous ces hommes acceptaient le sacrifice que vous exigiez d’eux.

Vous les avez vus comme moi, Monsieur le Maréchal, ces régiments qui descendaient du front, décimés après quelques jours de combat. Vous savez comment le Français se bat, quand il se sent commandé. Et vous savez aussi combien ces soldats que vous envoyiez à la mort vous respectaient et vous aimaient. Même au plus fort du danger, ils se sentaient soutenus, protégés par un chef.

Si le soldat de 1940 n’a pas été le soldat de 1916, c’est parce que les chefs n’ont pas fait leur devoir. Nous savons tous, et vous savez, Monsieur le Maréchal, que c’est là l’épouvantable vérité et que le témoignage humiliant de bravoure, que l’État-Major Allemand a daigné nous accorder, ne pèsera pas lourd devant l’histoire.

Ce que l’histoire retiendra de cette affreuse tragédie, c’est la carence des chefs militaires et civils, à l’heure la plus tragique de la destinée de la France.

Et c’est parce qu’aucun homme nouveau n’a surgi dans l’effrayant désarroi, qu’on s’est tourné vers le passé et qu’on a fait appel à vous, Monsieur le Maréchal, espérant que vous seriez capable de refaire le miracle de 1916. Vous ne le pouviez pas ; non pas qu’il fût trop tard, mais parce que ces miracles ne peuvent être réalisés que par un homme dont les forces intellectuelles et physiques sont à leur maximum d’efficacité. C’était le Général Pétain qu’il fallait à la France, celui de 1916, et non le Maréchal Pétain de 1940.

Vous avez cependant accepté cette tâche impossible, à laquelle vous ne pouviez suffire, et l’atroce dénouement s’est produit. La France a subi cette dernière humiliation d’implorer la paix, le front bas, par la voix du grand vainqueur de Verdun. Puis les mêmes hommes, qui s’étaient fait une protection et un paravent de votre prestige pour masquer leurs fautes, leurs faiblesses, leur médiocrité, vous ont demandé de prendre la direction du pays pour le conduire vers l’avenir.

Le peuple français est prêt à accepter toutes les disciplines, comme vos soldats de 1916 acceptaient de se battre jusqu’à la mort. Mais il veut que ses guides de demain soient des hommes nouveaux, au passé sans tâche.

J’ai lu, l’immense majorité des Français a lu, avec stupeur, les noms des collaborateurs que vous avez choisi. Vous avez, dans votre dernier manifeste, appelé la France au travail, déclaré que “l’argent, trop souvent serviteur et instrument du mensonge, est le seul moyen de domination”, promis que “désormais le gain resterait la récompense du labeur, et que l’argent ne serait que le salaire de l’effort”, condamné la finance internationale, et vous avez choisi, pour réaliser ces tâches, des politiciens dont le passé est lourd de compromissions, des hommes de finances pour lesquels l’argent restera toujours le but essentiel de la vie, des officiers généraux dont le prestige sort effondré de la tourmente. J’y vois des représentants de la banque, de la grande industrie, des grands intérêts économiques. J’y cherche en vain ceux qui vous renseigneraient sur les besoins de l’immense majorité du peuple de France, la population agricole et ouvrière des villes et des campagnes, l’artisan, l’employé, le petit commerçant.

Monsieur le Maréchal, pardonnez-moi de vous dire que vous vous trompez ou que l’on vous trompe. Le peuple de France subira sans doute les gouvernants que vous lui imposez, mais n’attendez pas de lui une adhésion de cœur et de l’esprit comme celle que les armées de Verdun, marchant par votre ordre à la mort et à la victoire, vous ont si magnifiquement donnée autrefois.

Monsieur le Maréchal, le pays n’est pas avec vous, la France n’est plus avec vous. Le peuple de France, dans sa détresse, acceptera pour un temps une Constitution qui lui enlève les plus sacrés de ses droits ; mais à ses yeux, elle gardera toujours le stigmate d’avoir été inspirée par le vainqueur.

La liberté ne peut pas mourir dans le pays qui l’a vu naître et qui l’a répandue dans le monde. Ne permettez pas que l’histoire associe le nom du héros de Verdun à une œuvre aussi funeste et périlleuse.

Je vous demande, je vous supplie, de tout mon cœur de Français, de ne pas vous séparer de la vraie France, de rester le défenseur de son idéal sacré, et je vous prie, Monsieur le Maréchal, de bien vouloir accepter l’expression de mes sentiments les plus respectueux.

Paul Rivet

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