Une fiction écrite par Nicole Sigal, réalisée par Michel Sidoroff. Les nouvelles filiations, l'homoparentalité, la PMA, la GPA etc. Invitée Hélène Malmanche sage-femme et auteure d'une thèse de sociologie à l'EHESS sur les différents modes d’accès à la parentalité contemporaine.

Une manifestation pour les mariages pour tous à Lyon en 2012
Une manifestation pour les mariages pour tous à Lyon en 2012 © AFP / Jeff Pachoud

La fiction d’aujourd’hui raconte l’histoire et la vie de personnes comme vous et moi. Pas des vedettes ou des célébrités mais des gens ordinaires!

Des gens qui ont dû mener un combat, très difficile, affronter la haine, l’intolérance  et la bêtise! Rappelez-vous c’était le 23 avril 2013, il y a cinq ans. Dernier round à l’assemblée nationale pour le mariage homosexuel

Dans la rue l’ampleur des manifestations d’opposition est forte et si la Manif pour tous crie sa honte, dans l’hémicycle le mot « égalité » est scandé par les députés de gauche qui viennent appuyer le projet de loi ouvrant le droit au mariage et à l’adoption aux couples de même sexe défendu par le garde des sceaux de l’époque, Christiane Taubira.

Ce vote adopté définitivement par l’Assemblée fait de la France le 9ème pays européen à l’autoriser et le 14 ème dans le monde.

Pourtant la tension n’est jamais retombée et un climat d’intolérance s’est installé avec les manifestations des anti-mariages homosexuels. 

L’homosexualité est devenue un objet de guerre idéologique. Christiane Taubira s’était elle-même étonnée : « Qu’est ce que ce climat d’intolérance ? Cette incapacité à accepter le débat, les désaccords ? »

Une période très difficile à vivre pour beaucoup d’homosexuels qui ne pouvaient pas s’attendre à un tel déversement de haine criée dans la rue et sur les réseaux sociaux.

C’était il y a cinq ans, et aujourd’hui où en sommes-nous ?

Le mariage entre personne du même sexe est une simple étape dans la bataille de l’égalité, et les homosexuels n’ont toujours pas accès à tous les droits accordés aux couples mariés hétérosexuels, comme la PMA, la procréation médicale assistée.

Écoutons tout d’abord l’histoire de Camille et Claude, Frédérique, Mathieu  et leur enfant Théo, une famille d’aujourd’hui.

Extrait du scénario

4- Dans la cuisine, chez Mathieu

Préparation du thé.

La narratrice : au fil des jours,  je voyais ma pièce prendre forme dans leurs voix. On s’amusait comme des enfants. Paillette et Théo aussi. Je me demandais ce qui se passait dans la petite tête de Théo, qui n’en perdait pas une miette. Je n’avais pas pu m’empêcher de faire une scène avec une des psychologues qu’elles avaient rencontrée. Frédérique était parfaite dans le rôle de la psy moralisatrice, on la blaguait gentiment. Ils prenaient leurs rôles de plus en plus au sérieux. Je commençais à faire partie de leur petite communauté, et passais plus de temps chez eux qu’à la fac.

Mathieu : elle est pas belle ma cuisine de nouveau père ? Ma dernière trouvaille pour Théo : une assiette chauffante en petit canard !

Claude : joli, très rétro, j’en avais une comme ça !

Camille : t’es meilleur que nous en « femme d’intérieur » !

Chez la psychologue

Nina : vas-y Frédérique, tu fais la psy.

Frédérique : Bon je me lance, on boira le thé après. Dans le rôle de la psy. Et l’enfant dans tout ça ? Je me doute que vous êtes capables d’élever un enfant. Ni plus ni moins que n’importe qui. Mais imaginez ses problèmes quand il ne saura pas laquelle de vous deux appeler « papa ».

Claude : Je représente plus la loi et l’autorité dans le couple. Camille est plus laxiste et plus féminine que moi. Je serai le père.

Frédérique : c’est la même chose pour l’adoption. Permettre l’adoption par un couple homosexuel revient à dire à l’enfant que ces parents adoptifs, homosexuels, peuvent être l’équivalent de ses " parents de naissance " forcément hétérosexuels. Donc, que la différence des sexes n’existe pas. Cette différence qui permet de penser comme a dit je ne sais plus quelle philosophe femme !

Camille : on a réfléchi à tout ça, il ne manquera pas d’amour, il en aura bien plus que dans certaines familles « normales ».

Frédérique : l’amour ne fait pas tout, dans la construction psychique.

Claude : il aura des « oncles » autour de lui.

Frédérique : vous avez donc conscience qu’il faut une différence. La différence des sexes est un élément essentiel de la construction de l’enfant. C’est votre désir à vous, mais l’enfant est le grand oublié dans l’histoire. Quiconque veut un enfant n’a pas droit à un enfant, sans se demander à quoi l’enfant peut avoir droit.

Camille : il aura « droit » à notre amour et à toute nos explications pour pouvoir se construire. C’est un enfant qui saura très tôt d’où il vient, et qui pourra s’épanouir en toute tranquillité.

Claude : certainement mieux qu’en baignant dans un secret de famille, comme ça arrive souvent !

Frédérique : je vous répète, l’amour n’est pas l’alfa et l’oméga des besoins d’un enfant. Surtout quand on sait qu’on peut le détruire en l’aimant, comme ces mères abusives, qui emprisonnent leur enfant dans un amour étouffant !

Camille : n’ayez crainte, on s’est posé toutes ces questions et…

Frédérique : je ne suis pas pour « Le tout est possible ». La différence des sexes est un repère symbolique majeur pour l’enfant, pour deux raisons…

Claude : on connaît notre Freud par cœur madame, on a fait des études…

Frédérique : laissez-moi terminer, je me dois de faire mon travail, après vous irez faire l’enfant que vous voulez ! La différence l’aide à comprendre sa place dans sa généalogie et elle pose l’interdit de l’inceste, qui lui permettent de construire son identité !

Claude : vu le nombre d’incestes qu’il y a dans les familles « normales », on peut se poser des questions !

Frédérique : Remettre en cause cette différence revient ainsi à faire vivre l’enfant dans un monde où " tout " est possible : où les hommes sont des " papas " et aussi des " mamans ", les femmes des " mamans " et aussi des " papas ". Un monde de la toute-puissance magique où chacun, armé de sa baguette magique, pourrait abolir les limites. On sait comme la toute puissance est invalidante pour l’enfant ! Elle l’empêche d’accéder à une vraie puissance. Pourquoi se fatiguerait-il à écouter la maîtresse et à apprendre à lire dans un monde où les baguettes magiques existent ? Voilà, je n’ai plus rien à rajouter.

Retour dans la réalité de la cuisine, chez Mathieu. Elles restent sans voix.

Invitée Hélène Malmanche

Hélène Malmanche
Hélène Malmanche © Radio France / Valérie Priolet-Izard

Hélène Malmanche est sage-femme à la clinique des Bleuets à Paris. elle est l'auteure d'une thèse de sociologie réalisée à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales intitulée : " Corps, enfantement filiation. L'institution de la famille contemporaine". 

La scénariste Nicole Sigal

Nicole Sigal est écrivain, comédienne et peintre. 

générique

Désir en paillettes de Nicole Sigal

avec: 

  • Clara Noël : la baby-sitter
  • Françoise Cousin : Camille
  • Marina Moncade : Claude
  • Nicole Sigal : Frédérique
  • Julien Barret : Mathieu
  • Francine Bouffard : la grand-mère
  • Sophie Troise : Théo
  • Bruitages : Bertrand Amiel
  • Prise de son, montage et mixage :  Cedric Chatelus, Julie Garraud et Louis Bardinet
  • Assistants à la réalisation : Louise Loubrieu et Pablo Valero
  • Réalisation : Michel Sidoroff

Programmation musicale:

  • Sister Sledge : we are family 
  • Brigitte : Je veux un enfant 
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