Une fiction écrite par Cécile Wajsbrot et réalisée par Baptiste Guiton. Partons « au bout du monde », dans l’un des endroits les plus reculés et les plus hostiles de la planète : l'Antarctique.Invité Jean-Robert Petit, Directeur de recherche à l'Institut des Géosciences de l'environnement.

Antarctique
Antarctique © Radio France / Nausicaa

« On dit qu’il y a plus de 650 millions d’années, la terre n’était qu’une boule de glace. L’homme, lui, est apparu il y a seulement 4 millions d’années… 

Depuis les premiers explorateurs et aventuriers qui se lancèrent à la conquête des pôles dès le IVè siècle avant notre ère (Pythéas le marseillais) jusqu’aux forages et carottages d’aujourd’hui, des hommes ont toujours rêvé de percer les mystères de la glace. On pense aux expéditions scientifiques des 18è-19è siècles (comme celles de Barents, Nansen, Dumont D’Urville…, Amundsen, Charcot, Paul-Emile Victor..), aux premiers exploits, en groupe ou en solitaire (comme celui de Jean-Louis Etienne, premier homme à avoir atteint le pôle nord en solitaire)… ou encore aux bases scientifiques installées dans la deuxième moitié du 20è siècle faisant des pôles un observatoire privilégié pour l'étude de phénomènes atmosphériques, géologiques, éco-systémiques ou encore biologiques et physiques. Ici l’histoire s’est écrite… 

Cette histoire, aujourd’hui encore méconnue, possède pourtant un caractère hautement sensible. C’est en effet là-bas, au bout du monde, que pour la première fois dans toute l’histoire de l’Humanité, des nations vont surmonter leurs désaccords, des chercheurs de tous les pays vont œuvrer ensemble dans un projet commun : 

Percer les mystères de la glace et découvrir les derniers secrets de notre planète et notamment celui qui porte sur son climat !

Dans cette fiction nous suivons une équipe de scientifiques, des chercheurs qui n’hésitent pas à braver les pires conditions pour trouver, comprendre et aider l’humanité.

Extrait du scénario

Scène - 2

VOIX OFF : Ils sont venus d’Amérique, de Suède, de Russie et de France pour converger vers la base Dumont d’Urville, à 5 kilomètres des côtes de  l’Antarctique. Il a fallu quatre heures d’avion pour arriver à la station Concordia, la seule station européenne permanente, au cœur du continent. 

MARIANE : Bulletin météo du jour : vent toujours aussi fort, chutes de neige continues…

ALEXIS : Moralité, on est toujours bloqués. Avec juste deux jours de vivres devant nous.

JOHN : Si on se racontait des histoires, comme au coin du feu… 

ALEXIS (un peu agacé) : Ça t’est arrivé souvent dans ta vie de chercheur d’être au coin du feu ?

JOHN (sans se laisser démonter) : … ou des souvenirs d’enfance ? J’ai grandi dans une ville des États-Unis, à Fayetteville, une ville de casernements et d’industrie d’armement. La vie était assez morne mais j’entendais dire qu’il y avait, pas loin, une ville engloutie par la création d’un barrage et d’un lac artificiel. La ville s’appelait Judson. Je me souviens, la première fois où j’y suis allé. J’avais quinze ans. Le lac était presque entièrement asséché et j’ai vu affleurer les vestiges de constructions anciennes. 

RÉMI : Une vraie ville fantôme…

JOHN : Quand je regarde autour de nous, tout ce blanc de glace et de neige et que je vois, dans les boues que nous prélevons, les traces d’une végétation passée, je pense à Judson. En regardant le lac, on n’imaginait pas qu’il y avait toute une ville au fond.

MARIANE : Moi, j’ai toujours habité Stockholm. Une capitale mais un archipel, aussi, une ville gagnée sur les eaux. Un univers en soi, qui pourrait suffire pour une vie. Quand j’étais petite, je voulais connaître toutes les îles. Je disais, il y en a mille, c’était pour moi un nombre infini. Un Noël, on m’a offert Nils Holgersson et j’ai lu avec passion son voyage à travers la Suède, j’ai appris à guetter les oiseaux migrateurs, les oies sauvages qui partent à l’automne et reviennent au printemps. Et j’ai voulu, moi aussi, voyager, de plus en plus au nord, jusqu’à ce que je me rende compte que le nord le plus extrême, ce n‘était pas l’Arctique mais le grand sud - l’Antarctique. 

Et toi, Alexis?

ALEXIS : Je suis né à Irkoutsk, le Transsibérien y passe sur sa route vers la Chine. Mais malgré la profondeur du lac Baïkal, les légendes qu’il contient, qui sont parfois effrayantes, malgré la gare, les maisons en bois et les bâtiments modernes qui se côtoient, le plus grand voyage que j’ai fait, c’est aller de l’Union soviétique à la Russie contemporaine. Des valeurs disparues du jour au lendemain. Comme Judson, ta ville engloutie dans le lac. D’un coup on ne reconnaissait plus rien. Je me souviens du premier Mac Donald à Moscou. Jamais je n’aurais imaginé voir ça. La nostalgie de l’Occident que j’avais à l’époque soviétique a disparu d’un coup et j’ai voulu partir loin, à l’autre extrémité du globe.

MARIANE : La neige ne doit pas te dépayser vraiment.

ALEXIS : L’hiver est long en Sibérie, c’est vrai, mais ça n’a rien à voir avec ici.

MARIANE : Et les distances immenses...

ALEXIS : Ici, la terre n’appartient à personne. Ici, les gens s’aident au lieu de s’envier. C’est en pleine tension de la guerre froide qu’on a signé le traité de l’Antarctique, stipulant que tout y serait exploité à des fins pacifiques, dans un objectif scientifique et de protection de l’humanité, qu’aucune revendication territoriale ne serait admise. Et des pays ennemis ont signé, en 1959, l’URSS et les États-Unis, le Japon et la France, mais vous connaissez l’histoire.

RÉMI (voix plus lointaine…) : Allo, allo… (de plus près) : La liaison avec la station est coupée.

JOHN : On peut tenir combien de temps, avec les provisions ?

ALEXIS : Deux jours, je vous ai dit.

Invité le Professeur Jean-Robert Petit

Jean-Robert Petit est Directeur de recherche à l'Institut des Géosciences de l'environnement. Vous aviez pu l'entendre déjà dans notre émission en 2016 : Le dernier secret de l'Antarctique. En compagnie de son mentor, le Professeur Claude Lorius, il a participé à des forages qui ont contribué à la production du premier enregistrement climatique couvrant les derniers 400.000 ans. Il est aussi l’auteur d’un livre intitulé « Projet Vostok, le dernier secret de l’Antarctique » paru aux éditions Poulsen en 2012.

La scénariste Cécile Wajsbrot

Sa biographie à lire ici

Générique

C‘était

EXPÉDITION EN ANTARCTIQUE 

DE CÉCILE WAJSBROT

Avec

  • François Pérache : John, le paléo botaniste
  • Luc-Antoine Diquero : Alexis, le micro paléontologue 
  • Marilyne Fontaine : Mariane, la climatologue
  • Julien Campani : Rémi, le glaciologue 
  • Bruitages : Benoist Faivre
  • Prise de son, montage, mixage : Pierre Monteil, Mathieu Touren
  • Assistante à la réalisation : Louise Loubrieu
  • Réalisation : Baptiste Guiton

Programmation musicale:

  • Maggie Rogers : Alaska
  • Jeanne ADDED : Radiate
Les invités
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