Aujourd’hui dans Affaires Sensibles, l’histoire de la grève des ouvriers de l’usine RHODIA CETA à Besançon au printemps 1967.

Extrait d’A bientôt j’espère produit par Slon/Iskra – 1967
Extrait d’A bientôt j’espère produit par Slon/Iskra – 1967 © Radio France / Chris Marker et Mario Marret

Pour la première fois depuis 1936 et un an avant les évènements de mai 1968, des ouvriers décident d’occuper leurs usines. Cette grève n’est pas une simple réponse à une diminution de salaires, au chômage … Elle est beaucoup plus que cela : Elle porte en elle une critique globale du temps et des conséquences du travail sur leurs vies… sur leurs loisirs, sur l’accès à la culture pour tous.

De cette grève, à la télévision ou à la radio, on n’a presque rien vu, rien entendu. A l’époque, à l’ORTF, toute effervescence étudiante ou ouvrière est persona non grata à l’écran ou sur les ondes. L’information est encadrée, surveillée et orchestrée, sous la coupe du ministre de l’information. Les mobilisations et les revendications se déroulent hors champ.

La trace de cette lutte, mis à part les livres et les témoignages postérieurs, c’est un cinéaste qui nous l’a donné, Chris Marker. Sollicité par les ouvriers, il est venu filmer avec des amis la grève et ses conséquences. De ces rencontres est né un film au titre prophétique : A bientôt j’espère, où les ouvriers de l’usine nous parlent de la machine mais aussi de leurs vies à côté d’elle. Ils nous racontent le temps de l’usine et son impact sur leur famille, sur leur corps et leur esprit.

Extrait d’A bientôt j’espère produit par Slon/Iskra – 1967
Extrait d’A bientôt j’espère produit par Slon/Iskra – 1967 © Radio France / Chris Marker et Mario Marret

De façon exceptionnelle et inattendue, ce film est diffusé à la télé, en mars 1968, un an après les évènements à la télévision. Pour la première fois, la classe ouvrière, celle-là même que les observateurs de l’époque décrivent comme diminuée, silencieuse, acquise désormais à la société de consommation, porte la controverse à l’écran contre cette vie dite moderne et refuse de mesurer le bonheur à l’aune des salaires.

C’était il y a presque cinquante ans.

L'un des films du groupe Medvedkine réalisé en 1968 :

Invité :

Pour parler aujourd’hui, nous recevons l’écrivain et réalisateur Gérard Mordillat , auteur notamment de plusieurs ouvrages, qui nous plonge dans le monde ouvrier actuel dont le tome le plus connu s’intitule « Les vivants et les morts » qui sera ensuite adapté au cinéma sous le même titre. Son dernier livre, « Les brigades du rire », est une fresque tragique comique autour de Betty, Kohl, Dylan… et quelques autres qui décident d’enlever et de séquestrer un éditorialiste vedette de Valeurs françaises .

Reportage :

Gaylord Van Wymeersch a été à la rencontre de Georges Maurivard et Henri Traforetti . Quand la grève éclate en 1967, ils ont 25 ans. Ils découvrent la lutte, le syndicalisme mais surtout la culture. Leur culture. Et deviennent ouvriers-militants au sein des groupes Medevedkine et du CCPPO (Centre Culturel populaire de Palente Orchamps) de Besançon. Cinquante ans après que reste-t-il de cette grève ? de ces revendications ?

Georges Maurivard et Henri Traforetti
Georges Maurivard et Henri Traforetti © Radio France / Gaylord Van Wymeersch
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