Une fiction écrite par Renaud Meyer et réalisée par Pascal Deux. Sur les traces de cet étudiant tchécoslovaque qui s’immola par le feu le 16 janvier 1969, place Venceslas. Invité Anthony Sitruk auteur de “La vie brève de Jan Palach” aux éditions Le Dilettante.

Des enfants jouent sur un char soviétique à la fin du printemps 68
Des enfants jouent sur un char soviétique à la fin du printemps 68 © Getty / Mirrorpix

Le 5 janvier 1968, Alexander Dubcek a pris la tête du Parti Communiste Tchèque. Ludvik Svoboda est porté à la présidence de la République. Ils poursuivent ensemble l’entreprise de déstalinisation du pays et annoncent la mise en place de nombreuses réformes de libéralisation. Le centralisme bureaucratique doit laisser la place à un socialisme à visage humain. Fini le fichage systématique de tous les citoyens. Les journaux, la télévision, la radio sont libres. 

L’homme de la rue n’a plus à avoir peur. Contrairement à ce qui se passe ailleurs en Europe, cette libération tchèque opère depuis de longs mois. Elle est l’expression d’un désir de changement né au sein même de la société. Dubcek ne fait que traduire les aspirations d’une génération nouvelle de citoyens. Un espoir énorme parcourt la jeunesse tchèque, partout des manifestations célèbrent l’espoir de changer le monde à l’Est aussi. 

La fiction d’aujourd’hui nous raconte l’histoire de ce pays, la Tchécoslovaquie, et d’une invasion, celles des chars soviétiques et des troupes du pacte de Varsovie qui en ce 21 août 1968, pénètrent dans Prague. 

Moscou a décidé d’intervenir et les soviétiques ne feront qu’une bouchée du rêve démocratique du peuple Tchèque qui n’aura duré que quelques mois.

L’histoire aussi d’une résistance, celle de la jeunesse Tchèque qui s’opposa courageusement au pouvoir de la force.

Cette lutte terrible et inégale conduira l’un d’entre eux, Jan Palach vers un acte ultime ! Car comment s’opposer aux chars, que faire ? Jan Palach répond en offrant ce qu’il a de plus précieux, sa vie !  

Extrait du scénario

Scène 5. 

Nous sommes sur la place Venceslas.

JAN ZAJIC, lisant : Un après-midi capricieux. C’est plus que Prométhée qui est porté ici. Les yeux comme un barrage brisé. Je pleure, sous la pluie, sur le trottoir. Pour tout. Pour les vingt-et-un ans, pour la fleur du printemps tuée par les soldats étrangers, pour un homme qui a refusé de reculer. On est en janvier 1969. 

EVA : Ton poème est magnifique. Mais arrête de pleurer. Ça ne le ramènera pas. 

JAN ZAJIC : Les soldats nous ont tout pris. La jeunesse, la liberté. Et en plus, il pleut. 

EVA : Tu es fatigué, tu as faim. C’est normal de ne plus en pouvoir. De lâcher son chagrin. 

JAN ZAJIC : Alors, on va continuer tranquillement notre petite grève de la faim, et quand on n’en pourra plus, qu’on n’aura plus ni bougies, ni espoir, on rentra chez nous ? On reprendra notre vie, comme avant ? 

EVA : On peut débattre, manifester, inscrire des slogans, partout dans Prague, à Vitkov, à Sumperk. Ce poème sur Jan, c’est une arme. Les étudiants qui ont rebaptisé la place de l’Armée rouge, place Jan Palach, c’est une arme. C’est ça, notre victoire. 

JAN ZAJIC : Si on en reste là, le sacrifice de Jan n’aura servi à rien. 

EVA : Jan a ouvert la conscience des gens. Prague ne sera plus jamais la même, grâce à lui.

JAN ZAJIC : Il faut continuer son combat. 

EVA : Quatre jours qu’on est là, sur la place, sous ces tentes. Qu’est-ce que tu veux faire de plus ? 

JAN ZAJIC : Je serai la prochaine torche. Je lui ai promis sur son lit d’hôpital. 

EVA : Tu ne vas pas faire ça. 

JAN ZAJIC : Qui va m’en empêcher ? 

EVA : Je t’interdis de… Avant de mourir, Jan a demandé à tous les jeunes qui voudraient suivre son exemple d’y renoncer. 

JAN ZAJIC : C’est ce que les dirigeants du parti lui ont demandé de déclarer. Jamais Jan nous aurait encouragés à baisser les bras. 

EVA : Il a compris que son sacrifice était suffisant pour réveiller les consciences, que d’autres victimes ne serviraient à rien. 

JAN ZAJIC : J’ai autant de courage que Jan. Je peux mettre le feu à mon corps, ça ne me fait pas peur. 

EVA : S’immoler, c’est refuser de se battre.

JAN ZAJIC : S’immoler, c’est leur montrer que la liberté est plus forte que la contrainte. Dans les discours officiels, ils ont tous parlé de la force morale de Jan, de l’importance de son acte. 

EVA : Tu rêves d’entrer dans l’Histoire, toi aussi. De devenir célèbre. Ça te monte à la tête. Tu deviens fou. 

JAN ZAJIC : Je ne veux pas devenir célèbre. Je ne suis pas fou. Je vais faire comme Jan, parce que le réveil des consciences n’est pas terminé. Parce que sa mort n’a pas changé les choses. Des hommages, des blablas, pas une seule décision politique. Rien ! Ils ont expulsé seize journalistes étrangers. Brejnev a parlé de Jan comme d’un étudiant manipulé. Chacun de nous doit être capable du même courage que Jan. Qu’est-ce que j’ai à craindre ? Quand on coule, peu importe le niveau de l’eau au-dessus de notre tête. On est déjà morts dans ce pays. Je veux une Tchécoslovaquie libre et heureuse. Sinon, je préfère la mort. 

EVA : Et moi ? Tu as pensé à moi ? Je ne veux pas te perdre.

JAN ZAJIC : Je pense à mon pays avant toi. 

EVA : Pourquoi tu ne veux pas partir à l’étranger ? Jan trouvait la France magnifique. On pourrait aller en Bourgogne. Il serait heureux de nous savoir là-bas. Ça avait l’air tellement beau quand il en parlait. 

JAN ZAJIC : Je ne veux pas quitter Prague. On n’a pas le droit de trahir Jan, de se sauver comme deux égoïstes. 

EVA : Ton père vous a toujours encouragés à quitter ce pays avec ton frère. 

JAN ZAJIC : Mon père… 

EVA : Je ne te reconnais plus. 

JAN ZAJIC : Moi, je me reconnais. Je suis Jan Palach. Tu m’entends, Eva ? Je suis Jan Palach. Nous sommes tous Jan Palach. (Criant à la foule.) Je suis Jan Palach ! Je suis Jan Palach ! 

Invité Anthony Sitruk 

Anthony SITRUK
Anthony SITRUK © Radio France / Valérie Priolet

Anthony Sitruk est né en 1975, il a grandi à Sarcelles. C'est un passionné de cinéma. Son premier roman, Pornstar, paru en 2013, nous plongeait dans le milieu sordide du X parisien à travers le destin d’un acteur sur le retour.  Il vient de faire paraître "La Vie brève de Jan Palach" aux éditions Le Dilettante. Comment et pourquoi s'est-il intéressé à ce jeune « héros » et à ce moment de l’histoire l’entrée des chars soviétiques dans Prague en 1968 ? Quel lien l'a conduit vers cette histoire ?

Le scénariste Renaud Meyer

Renaud Meyer
Renaud Meyer © Radio France / Christophe Barreyre

Renaud Meyer est scénariste et metteur en scène. 

Générique: 

C'était : « Je suis Jan Palach » de Renaud Meyer

Avec :

  • Quentin Barbosa 
  • Yannick Morzelle 
  • Morgane Real  
  • Yvette Caldas 
  • Yan Tassin 
  • Laurent Manzoni
  • Et les voix de 
  • Bénédicte Mbemba
  • Alexiane Torres
  • Othello Vilgard
  • Frédéric Rose
  • Bruitage : Patrick Martinache
  • Prise de son, montage, mixage : Cédric Chatelus, Maïwen Le Jehan
  • Assistante à la réalisation : Romane Chibane
  • Réalisation : Pascal Deux 

Programmation musicale

  • Jean FERRAT : Camarade
  • Marta KUBISOVA : Modlitba pro martu
Programmation musicale
  • GENE AFFAIRES SENSIBLES INSTRU

L'équipe
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.