Aujourd’hui Affaires sensibles/la Fiction vous propose « Le voyage pour Cyber ou L’emprise des jeux vidéo » Une émission proposée par Christophe Barreyre, écrite par Jean-Pierre Thiercelin et réalisée par Michel Sidoroff.

Un addict aux jeux, en dehors du réel.
Un addict aux jeux, en dehors du réel. © Getty / Luis Davilla

La fiction d’aujourd’hui pose une question actuelle et très sensible, la délicate question de l’addiction aux jeux videos !

2,5 milliards de personnes jouent aux jeux vidéo dans le monde. S’il s’agit d’un loisir constructif pour certains, une petite minorité va avoir tendance à se réfugier dans cet espace numérique et devenir totalement dépendante. 

Adulte, ado ou enfant, l’addiction aux jeux vidéo peut concerner toutes les tranches d’âges. Si  la moyenne d’âge des joueurs se situe autour de 30 ans, le danger d’addiction est plus fort et plus dangereux auprès des adolescents.

Les difficultés commencent donc en classe de quatrième et troisième auprès de garçons essentiellement âgées de 13 ans et 15ans. Ces adolescents qui plongent conjuguent souvent des difficultés psychiques, sociales et familiales, une perte de confiance en soi !

Ils pensent ainsi trouver une place au sein d’un groupe et fuir une réalité qui leur paraît menaçante.

Quels sont les symptômes ? Comment reconnaître une véritable addiction ? 

Comment la vaincre et les aider ? 

Car beaucoup de ces jeunes ne savent plus comment s’en sortir. La réalité peut leur faire peur.

Depuis le 18 juin 2018, l’addiction au jeu vidéo est reconnue comme une maladie à part entière par l’Organisation mondiale de la santé. 

Car l’emprise est terrible, plus le jeune va jouer plus il sera fort et il  vivra avec une communauté virtuelle, un groupe où enfin il se sentira  bien … le jeu ne s’arrête jamais.

Début de la fiction :

On entend une musique au rythme frénétique accompagnant le déroulement de l’action d’un jeu vidéo,  des cavalcades, des détonations, des chocs d’épées, des cris... Puis des coups frappés à une porte... 

Séquence 1

Voix off : Octobre 2018. Intérieur d’un pavillon de banlieue. 

Laure : Elle frappe doucement à la porte de la chambre. Maxence ! Maxence, s’il te plaît, tu veux bien m’ouvrir ?... Maxence ?... Ouvre-moi... Un temps. Elle frappe un peu plus fort mais sans brusquerie. On devine le désarroi et l’angoisse. Ouvre ! C’est Maman... Maxence, tu es là ?... Mais oui... Ton plateau repas n’est plus devant la porte. Tu as bien mangé ?... Tu as vu ? Je t’ai préparé les pâtes comme tu les aimes. Avec la sauce bien relevée !... Et la mousse au chocolat ?... Elle t’a régalé ?... Tu ne vas pas me dire que tu n’aimes plus la mousse au chocolat !... Là, je ne te croirai pas !....  Je peux reprendre le plateau ?... Je peux entrer ?... Juste une seconde !  Après un temps, elle essaie délicatement d’ouvrir la porte. Mais la porte est fermée à clef. Tu as fermé à clef... Mais tu sais je ne veux pas te déranger. Juste m’assurer que tu vas bien... Elle a de plus en plus de mal à surmonter ses larmes. Mon chéri, dis-moi au moins que tu vas bien !... Silence. Pour moi, c’est la seule chose qui compte, tu sais... Même si tu ne veux plus nous parler... Même si tu ne veux plus nous voir... Même si on ne comprend  pas pourquoi... On ne t’a jamais empêché de jouer aux jeux vidéo. Au contraire... Quand tu étais petit, on jouait même avec toi. Enfin, surtout ton père... Silence. Tu te rappelles les premières parties de ping-pong ?... Et puis Super Mario ?... D’accord, c’était un peu désuet mais on s’amusait bien !... Quand tu as commencé les jeux en réseau, on t’a laissé faire. On voulait que tu te sentes libre !... Tu travaillais bien. Tu avais tes copains... On ne t’a rien interdit... Un temps. Peut-être qu’on aurait dû... Se reprenant. Non, mon chéri ! Ce n’est pas ce que je voulais dire... Pardonne-moi ! Elle fond en larmes. Maxence, réponds moi... Réponds-moi !... Je n’en peux plus !... Elle s’écroule en larmes devant la porte de la chambre. Des pas s’approchent, c’est Eric.

Eric : Mais qu’est-ce qui se passe ?... Qu’est-ce que tu fais là, par terre ?... Pourquoi te mettre dans des états pareils, ça ne sert à rien...

Laure : A travers les larmes. Je... Je voulais juste essayer de lui parler... De communiquer... De... Je n’en peux plus...

Eric : Allons viens... Regarde dans quel état tu te mets... Et tout ça pour rien... Il l’aide à se relever. Moi aussi je n’en peux plus... Brusquement il se met à donner de grands coups de poings dans la porte et à hurler. Maxence ! Tu n’es qu’un p’tit con ! Tu m’entends ?! Un p’tit con et un salaud ! Un p’tit salaud ! Tu veux faire crever ta mère ?... Hein ? C’est ça que tu veux ?...

Laure : Eric, arrête ! Je t’en supplie ! Je t’en supplie... Allez viens !... Viens !... Ca non plus, ça ne sert à rien... On entend leurs pas qui s’éloignent dans le couloir tandis que le son du jeu vidéo remonte de plus en plus fort...
 

Séquence 2

Voix off : Octobre 2018. Chambre de Maxence.

On entend toujours le son du jeu vidéo avec musique et détonations.

Maxence : Une détonation. Un Kill !... Super ! Celui-là, il m’a bien baladé mais j’ai fini par l’avoir !... Mais qu’est-ce qu’ils font ces deux là, à me guetter du haut de la tour ?... Ils vont pas me lâcher !?... Ils m’en rappellent deux autres... Mais eux, ils sont pas planqués derrière un cactus au Nouveau Mexique... Ils sont là, derrière la porte de ma chambre... Ca craint !... Double détonation. Ouais ! Deux kills !!!... Super ! Là, je kif un max !... Cette fois, ils ont dégagé pour de bon !... Si seulement, je pouvais faire pareil avec les deux zombies qui se planquent derrière ma porte... Mais ils sont plus de mon monde... Je les ai chassés ! Nos univers sont incompatibles... On n’a plus rien à se dire... Ils comprennent rien !... Ils me supplient de revenir avec eux dans « la vraie vie », comme ils disent... La belle petite vie douillette, dans le beau petit pavillon... Mais ils ont rien compris. La vraie vie c’est la mienne, celle que je me suis choisie ! Une vie augmentée où tout est possible... Où on peut vivre à la hauteur de son rêve... Leur vie, c’est juste un cauchemar. Détonation. Tiens prends-ça toi ! Tu m’espionnais ?... Maintenant, t’es mort. Complètement killed ! Tu peux retourner chez les ectoplasmes du quotidien... Allez ! Va t’offrir un aller retour en RER avec mon père ! Profites-en pour voir comme il se fait bien harceler par son DRH et humilier par son patron. Mais t’inquiète, il dira rien ! Il s’écrase... Il est même capable de le remercier avant de partir... Détonation. Et toi, dégage !... On me la fait pas !...  Vas faire une croisière en caddie avec ma mère à Parly 2. C’est sa grande sortie !... Surtout depuis qu’elle est en arrêt maladie. Sa dépression c’est sa raison de vivre. Les médocs, ça la fait planer... Et après ça, ils voudraient me faire croire que c’est moi qui suis dans le virtuel ! Ils sont complètement nazes... Une série de détonations... Allez disparaissez ! Vous êtes out ! Killed de chez killed... Comme tous ceux qui m’ont fait chier... Les profs qui comprennent rien mais qui veulent quand même te faire rentrer dans le moule... Mais aussi les potes, les copines... Radiés ! Tous autant qu’ils sont !... Ils ont trahi nos rêves. Ils s’en rendent pas compte mais ils ont déjà les deux pieds coulés dans le béton... Moi j’ai plus envie d’être tout le temps évalué et jugé... Moi, je pars, je décolle, je vole... Je vole vers des mondes nouveaux !...  Vers de nouvelles conquêtes... Tandis qu’une musique stellaire envahit la chambre.
 

Générique :

Le voyage pour Cyber ou L’emprise des jeux vidéo

de Jean-Pierre Thiercelin

Avec :

Arthur Guillot : Maxence

Amandine Dewasmes : Laure

Slimane Yefsah : Eric

Rémi Goutalier : Kylian

Salomé Diénis-Meulien : Manon

Bruitages : Sophie Bissantz

Prise de son, montage et mixage : Olivier Dupré, Victoria Aspert

Assistant à la réalisation : Pablo Valero

Réalisation : Michel Sidoroff

Programmation musicale : 

  • Nekfeu : Jeux vidéo et débats
  • Jagwar Ma : O b 1
L'équipe
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.