Quoi de plus révoltant que l’erreur judiciaire, lorsque la justice n’a pas su découvrir la vérité et accable un innocent, jusqu'à l'envoyer au bagne.

Palais de justice (illustration)
Palais de justice (illustration) © Maxppp / D. GOLDSZTEJN/BEP/LE PARISIEN

Aujourd’hui Affaires sensibles/la Fiction vous propose « L'AFFAIRE DESHAYS »

  • Une émission proposée par Christophe Barreyre
  • Écrite par Thierry Moïse
  • Réalisée par Sophie-Aude Picon

Ainsi, une banale dispute entre deux prostituées dans un bar de Paris vient de mettre la police sur la piste des tueurs. Le problème, c'est la troisième découverte : un homme a déjà été condamné pour ce crime. Il s'appelle Jean Dehays et si la prostituée a dit vrai, c'est un innocent qui croupit au bagne.

Rapidement, la police arrête le complice de Dutoy, un nommé Pruvost. Les deux hommes sont confondus puis condamnés. Et ils confirment l'innocence de Dehays.

Mais Dehays reste coupable aux yeux de la justice. Il va falloir organiser un nouveau procès pour le rejuger et surtout il va falloir comprendre quels dysfonctionnements du système judiciaire ont pu conduire un innocent aux travaux forcés où il se trouverait toujours sans ce hasard miraculeux.

Mieux : il va falloir expliquer comment cet homme a pu avouer devant les gendarmes un crime qu'il n'avait pas commis. Il va falloir expliquer aussi comment, si l'on en croit les procès verbaux des enquêteurs, il a pu décrire avec précision des lieux qu'il ne connaissait pas.

Le procès va se tenir à Orléans et débuter le 28 janvier 1955. Ce sera le procès de Jean Deshays, le "bagnard innocent". Mais pour l'opinion publique, l'accusée, c'est la justice.

Quoi de plus révoltant que l’erreur judiciaire, lorsque la justice n’a pas su découvrir la vérité et accable un innocent.

La révision est une procédure rarissime en France, Jean Deshays fut le premier à être acquitté en 1955 après une condamnation en 1949. Mais pour aller en Révision les parcours judicaires sont longs et complexes, beaucoup d’autres affaires n’ont pas pu franchir toutes ces étapes, comme l’une des plus célèbres celle de Guillaume Seznec.

C’est cette histoire, celle du procès en réhabilitation de Jean Deshays qu’Affaires sensibles/ la fiction va vous raconter aujourd’hui.

Extrait du scénario

SCENE 1 

l'Avocat Général 

La Cour!... (Le public se lève, les juges s'installent, le public se rasseoit) 

le Président 

L'audience est ouverte! Faites entrer l'accusé. (Deshays s'installe sur le banc des accusés) Quels sont vos nom, prénom et qualité? 

Jean DESHAYS 

Jean Deshays. Je suis docker à Nantes. 

le Président 

Bien. Vous pouvez vous asseoir. (Deshays s'assied) Vous comparaissez libre, Deshays, en vertu d'une décision du tribunal de Nantes qui vous a placé en liberté provisoire. Nous sommes ici pour établir votre éventuelle culpabilité dans un crime commis à la Plaine sur Mer le 7 mai 1948. 

Ce soir là deux vieillards, M. et Mme Emery sont violemment agressés à leur domicile. On les frappe pour leur faire avouer où ils ont caché leurs économies. Les coups sont portés avec une telle brutalité que M. Emery en meurt. Son épouse gardera toute sa vie des séquelles physiques de l'agression. 

Quelques jours plus tard vous êtes mis en cause par un détenu en cavale, Chauvin, qui vous accuse d'avoir commis le crime avec son co-évadé, Gueguen. Vous avouez en donnant de multiples détails sur les lieux et le déroulement des faits. 

Gueguen, lui, possède un alibi incontestable et il est mis hors de cause. Vous restez donc le seul accusé dans l'affaire et le 9 décembre 1949 vous êtes condamné sur la base de vos aveux par la cour d'assises de la Loire Inférieure, malgré vos protestations d'innocence : 10 ans de travaux forcés pour complicité dans le meurtre et l'agression des époux Emery. Vous êtes alors emprisonné au bagne.

(Le public commente...) 

Mais une information recueillie à Paris en février 1952 par la police conduit à la mise en cause de trois individus dans cette affaire : Roger Dutoy, Raymond Pruvost et Georgette Petit. Pruvost et Petit avouent leur participation au crime et vous innocentent. Ils sont reconnus coupables et condamnés le 13 mars 1954 par la même cour d'Assises de Nantes. Dutoy écope de 20 ans de travaux forcés, Pruvost de 15 ans et Georgette Petit de 3 ans de prison. 

Le 22 juillet dernier, la Cour de Cassation saisie par le Ministre de la Justice a jugé votre condamnation "inconciliable" avec celle de Dutoy, Pruvost et Petit et elle vous a renvoyé devant nous pour qu'il soit statué sur les accusations dont vous fîtes l'objet.

M. l'avocat, avez-vous quelque chose à ajouter? 

l'avocat 

Oui M. le Président. Aujourd'hui, Deshays est un homme libre. Mais il a subi une détention injustifiée au bagne. Je demanderai l'acquittement pour mon client dans l'affaire de la Plaine sur Mer. 

l'Avocat Général 

Ne nous précipitons pas, M. l'avocat. Je ne dis pas que je réclamerai la condamnation de Deshays. Je dis simplement que j'attends les débats. 

le Président 

C'est celà, M. l'Avocat Général. Ne bousculons rien. Attendons les débats. L'audience reprendra cet après midi. (Les juges se retirent, le public se lève et sort en commentant...)

Invité Maître Patrice Reviron, 

Maître Patrice Reviron,  Avocat au barreau d’Aix en Provence depuis 16 ans, spécialiste des affaires criminelles,
Maître Patrice Reviron, Avocat au barreau d’Aix en Provence depuis 16 ans, spécialiste des affaires criminelles, / Bernard Dordonne

Avocat au barreau d’Aix en Provence depuis 16 ans, spécialiste des affaires criminelles, il apportera son éclairage sur ces grandes affaires judiciaires, erreur ou dysfonctionnement de la justice. Il fait partie du "Innocence project France", qui a pour but de libérer les innocents actuellement incarcérés.

Retrouvez ici l'un de ses articles sur l'épineuse question de la révision des procès.

Le scénariste Thierry Moïse

Thierry Moïse, scénariste
Thierry Moïse, scénariste © Radio France / Christophe Barreyre

Ingénieur de formation, Thierry Moïse a depuis longtemps abandonné cette activité.
Il a écrit et réalisé de nombreux documentaires et sujets scientifiques, médicaux ou historiques pour France Télévisions, notamment avec François de Closets et Roland Portiche. Il a aussi été un chroniqueur éphémère de Télé-Matin, sur France 2.
Passionné d'histoire, il a écrit plusieurs dramatiques pour des émissions de France Inter : Au fil de l'Histoire et Affaires sensibles, comme la fiction consacrée à Frédéric Joliot-Curie.

Générique

L'Affaire Deshays, une fiction de Thierry Moïse, réalisée par Sophie-Aude Picon.

Avec les voix de :

  • Vincent Nemeth : Le Président
  • Michel Baladi : Jean Deshays
  • Bertrand Suarez-Pasos : L’avocat 
  • Jean-Luc Vincent : L’avocat général
  • Frédéric Dimnet : Raymond Pruvost
  • Pierre Mignard : Francis Chauvin
  • Laurent Levy : Le psychiatre
  • Et les voix de Géraldine Szajman, Joanna Jianoux, Philippe Cherdel, Stéphane Otero, Thierry Baréges et Julien Leonelli

Et l'équipe de réalisation :

  • Bruitages : Bertrand Amiel
  • Prise de son, montage, mixage : Bernard Lagniel, Bastien Varigault
  • Assistante à la réalisation : Louise Loubrieu
  • Réalisation : Sophie-Aude Picon
Sophie-Aude Picon , la réalisatrice et Jean-Luc Vincent, dans le rôle de l'avocat général
Sophie-Aude Picon , la réalisatrice et Jean-Luc Vincent, dans le rôle de l'avocat général © Radio France / Christophe Barreyre
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