Une fiction écrite par François Luciani et réalisée par Michel Sidoroff. Lily Fleur a perdu sa mère, chanteuse d’Opéra. Lily Fleur aussi chante. Mais elle ne se souvient plus très bien si sa mère est morte car elle lui parle encore, souvent…Invité Daniel Zagury expert psychiatre.

Comme sa mère, Lily Fleur chante et souffre de bipolarité
Comme sa mère, Lily Fleur chante et souffre de bipolarité © Getty / Sharon Dominick

On peut avoir des comportements fous, défiant l’entendement ! Mais il est difficile de dire de quelqu’un qu’il est fou, qu’elle est folle : c’est considérer que cette personne a perdu la tête, c’est la déshumaniser. Il n’y a pas d’un côté les sains d’esprit et les fous de l’autre qu’il suffirait d’identifier ! Et bien des folies ne sont que passagères.

La folie se nourrit de notre rapport au monde qui nous entoure, de notre (in)capacité à exister dans le monde tel qu’il est. La figure du fou, cette « inquiétante étrangeté », hante notre imaginaire collectif. Un fou ça crie, ça parle tout seul et ça dérange. D’où cette peur de devenir fou soi-même. Devenir fou, c’est couper les ponts de toute communication possible. C’est aussi ne plus savoir ou ne plus pouvoir se défendre.

Alors comment peut-on juger une personne folle qui aurait commis un acte répréhensible au nom de la loi ? Le malade mental peut-il être pénalement responsable ?

Si il y a meurtre y-a-t-il automatiquement meurtrier et responsable? 

L’article 64 du code pénal prévoyait « qu’il n’y a ni crime ni délit lorsque le prévenu était en état de démence au temps de l’action ». En  1992  l’article 64 est devenu article 122-1 dans le nouveau code pénal et celui-ci précise : «  que la personne atteinte au moment des faits d’un trouble psychique ou neuropsychique ayant altéré son discernement ou entravé le contrôle de ses actes demeure punissable. La juridiction tient compte de cette circonstance lorsqu’elle détermine la peine… »

Georges Simenon et le commissaire Maigret ont longtemps cherché à comprendre cette question de la responsabilité des criminels et des limites de la justice humaine. Ce fut une véritable obsession pour le célèbre écrivain et le commissaire Maigret dans plusieurs de ses romans, une confidence de Maigret, Maigret hésite ou Maigret et le tueur, poursuit cette interrogation. Nous n’aurons pas Georges Simenon ni Maigret avec nous mais un expert psychiatre...

Mais revenons à Lily Fleur...

Extrait du scénario

Extrait de la scène n°2 Cabinet du Docteur David Kalfan 

Dr. David Kalfan:  Nous sommes le jeudi 28 septembre 1970.

Lily Fleur di Maria : Peut-être.

Dr. David Kalfan : C’est une certitude, Lily.

Vous permettez que je vous appelle « Lily » ?

Lily Fleur di Maria : Mon nom, c’est Lily-Fleur, pas Lily.

Seule ma mère peut m’appeler Lily. Pas vous.

Dr. David Kalfan : Comme vous voudrez.

Quand avez-vous vu vos parents pour la dernière fois ? 

Lily Fleur di Maria : Mes parents sont morts, monsieur. 

Dr. David Kalfan : Alors pourquoi leur parlez-vous ainsi, à longueur de nuit ?

Lily Fleur di Maria : Cela me regarde. 

Je n’ai de compte à rendre à personne.

Dr Kalfan : En êtes-vous sûre ?

Lily Fleur di Maria : Ils sont toujours là, près de moi.

Le reste n’a aucune importance. J’ai fait le vide. 

Dr Kalfan : Vous dîtes qu’ils vous appellent, que votre mère vous demande. 

Est-ce une réalité ?

Lily Fleur di Maria : Cela ne regarde que moi. 

Dr Kalfan : Pourtant, je constate que vous avez mordu à plusieurs reprises votre voisine de chambre au motif, je cite : « qu’elle vous demandait de vous taire alors qu’il ne faisait pas encore jour ». Le certificat médical atteste de blessures profondes au bras et à la joue gauche. Est-ce normal, selon vous ?

Lily Fleur di Maria : Ici, rien n’est normal.

Dr Kalfan : En effet, rien n’est normal.

Lily Fleur di Maria : Je n’ai rien oublié de lui. 

Son visage, ses traits fins, des yeux bleus, profonds, la peau claire, une chevelure brune et lisse, toujours impeccablement coiffée. 

C’était lui, mon bourreau. 

Un jour ou l’autre, il devait payer. On paye toujours ses crimes. 

Mais quand ?

A l’époque, c’était un jeune médecin, je lui aurai donné 30 ans, 35, peut-être, mais pas plus. Il devait avoir du talent pour être à ce poste-là, chef de service à Saint-Luc. Aujourd’hui, si je ne me trompe pas, ça lui ferait 78 ans. Un bien bel âge pour un salaud. 

Mais est-il seulement toujours en vie ? 

Qui sait, peut-être lui ai-je survécu…

En tous cas, ma mère, elle, il a bien eu sa peau…

Invité Daniel Zagury

Daniel Zagury
Daniel Zagury © Radio France / Valérie Priolet

Daniel Zagury est expert psychaitre, sollicité pour de nombreux procès, il est aussi chef de service au centre psychiatrique du Bois-de-Bondy en seine Saint Denis et auteur du livre  La Barbarie des hommes ordinaires, aux Editions de l’Observatoire en 2018. Il est déjà venu deux fois dans notre émission pour nous parler de deux Affaires terribles qui racontaient aussi la folie meurtrière : L’histoire d’un crime atroce commis par un schizophrène, Romain Dupuy. Dans la nuit du 18 décembre 2004, un jeune homme de 21 ans pénètre par effraction dans un pavillon de l’hôpital psychiatrique de Pau, égorge une aide-soignante et décapite une infirmière. Et  les reclus de Monflanquin, onze membres de la famille Védrines, de riches aristocrates bordelais, vont vivre sous l’emprise d’un manipulateur entre 2001 à 2009.

Le scénariste François Luciani

Sa biographie ici, son blog là et  signaler la sortie, après Miss Bomb (Michalon 2014), Apnée son deuxième roman, paru chez Fauves Editions

François Luciani
François Luciani

Générique

C'était « Là-haut, elle chantait encore »

de François Luciani

avec:

  • Louis Pasteau et Evelyne Guimmara - Lily Fleur Di Maria
  • Gérard Chirqui et Sylvain Clément - Dr Kalfan
  • Enrico Di Giovanni - Giorgio Di Maria
  • Marie-Armelle Deguy - Catherine Kalfan
  • Myriam Derbal - Genevière Di Maria
  • bruitage - Sophie Bissants
  • prise de son, montage, mixage - Manu Couturier, Lidwine Caron
  • assistant à la réalisation - Félix Levacher
  • Réalisation - Michel Sidoroff

Programmation musicale:

  • THE BETA BAND Squares
  • CAMILLE Home is where it hurts
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