Argentine, décembre 1977: Alice Domon,"sœur Caty" est séquestrée, torturée dans les camps clandestins de la dictature, puis jetée d'un avion des "vols de la mort".

Alice Domon, une des deux religieuses francaises disparues a Buenos Aires, en 1977.
Alice Domon, une des deux religieuses francaises disparues a Buenos Aires, en 1977. © Maxppp / MAX BERULLIER/PHOTOPQR/LE MIDI LIBRE

Aujourd’hui Affaires sensibles/la Fiction vous propose « Alice Domon, que la douleur ne me soit pas indifférente »
Une émission proposée par Christophe Barreyre
Écrite par Julien Barazer
Réalisée par Michel Sidoroff

Argentine, le 24 mars 1976. Par un coup d’état, une junte militaire prend le pouvoir. A sa tête le Général Videla.

Pendant huit ans, jusqu’en 1983, quatre juntes militaire se succéderont, toutes instaureront un régime dictatorial basé sur l’Ordre, la morale et l’autorité. Basée aussi sur la terreur, pendant ces huit années la dictature argentine a fait, 30 000 disparus, 15 000 fusillés, 9000 prisonniers politiques et 1,5 million d’exilés, pour 30 millions d’habitants.

20 Français ont disparu pendant ces années noires dont Alice Domon.

Alice Domon est née dans une famille paysanne du Doubs. Elle a fait partie des sœurs des missions étrangères. En 1967, elle commence sa mission en Argentine, engagées auprès des populations les plus démunies à Buenos Aires, elle travaille comme femme de ménage puis comme ouvrière agricole.

Informée très tôt des premières disparitions, elle va soutenir les Mères de la Place de Mai dans leur combat pour retrouver les premiers disparus.

Le 08 décembre 1977, elle est arrêtée, et séquestrée dans l’un des camps clandestins de la dictature, la sinistre École mécanique de la Marine (ESMA). Elle sera torturée plusieurs jours, puis prendra place dans l’un des vols de la mort. Comme beaucoup d’autres, elle sera jetée d’un avion dans le Rio de la Plata, le fleuve qui sépare l’Argentine de l’Uruguay. Son corps n’a jamais été retrouvé. Elle avait 40 ans lors de son arrestation.

L’autre personnage de cette fiction se nomme Alfredo Astiz, surnommé l’ange blond de la mort, est un lieutenant de l’armée argentine. En 1977, il avait 26 ans. Il avait pour mission d’infiltrer le groupe des Mères de la Place de Mai. Il est à l’origine de l’arrestation et du meurtre d’Alice Domon. Il sera son bourreau. Il faudra attendre 2011, pour qu’Alfredo Astiz soit enfin condamné à perpétuité, pour ses nombreux crimes, par un tribunal argentin.

Cette fiction est la cinquième et dernière d’une série écrite par de jeunes scénaristes de la FEMIS pour Affaires sensibles. En effet tout au long du mois de Mars nous avons diffusé les vendredis des fictions écrites par ces jeunes auteurs de cette grande école de cinéma qui partagent avec nous la même passion pour la radio.

Extrait du scénario

Scène 6: 14 décembre 1977, ESMA, Buenos Aires

« ASTIZ : Pourquoi tu signes Sœur Caty ? Tu n’es pas sœur Caty, tu es Alice Domon, une terroriste, une subversive travestie en nonne !

ALICE : Oui, je suis Alice Domon. Je suis française, j’ai grandi dans le Doubs, dans un petit village. C’est là que vit ma famille, mon père Antoine, ma mère Juliette et mes cinq frères et sœurs, pour eux je suis Lisette, leur Lisette. À vingt ans je suis entrée dans les ordres, c’est là que je suis devenue sœur Caty, en rejoignant la congrégation des missions étrangères de Notre Dame de la Motte.

ASTIZ : La congrégation que tu as quittée l’an dernier pour rejoindre le mouvement œcuménique des droits de l’homme, ce repaire d’opposants au régime, de subversifs, les ennemis de la nation. Tu aurais dû rester en France, regarde où ça t’a mené !

ALICE : Non, si c’était à refaire je ne changerai rien. Le plus triste serait de ne pas s’engager par peur ou bien parce qu’on n’en a pas l’habitude. J’ai quitté la France, animée par un désir d’entraide, de solidarité et de fraternité. Moi je voulais aider les plus démunis, m’engager auprès d’eux, me rendre utile pour ceux qui en avaient le plus besoin. Quand ils m’ont annoncé que j’allais partir en Argentine, j’ai ressenti une immense joie et déjà de l’amour pour ce pays et tous ces gens que je ne connaissaient pas encore. Je me revois dans la cour de l’institut des sœurs des missions étrangères. Mon cœur battait fort et je chantais comme une promesse :

(Elle chante)

Partez amis, adieu pour cette vie
Portez au loin le nom de notre Dieu…
Astiz frappe Alice à plusieurs reprises.

ASTIZ : (Hors de lui) Comment oses-tu prononcer le nom de Dieu ! Dans ta bouche c’est une insulte. (Au soldat) : Remets-lui le bandeau.

ALICE : Vous n’allez jamais nous libérer n’est-ce pas ! Ni moi, ni personne…

ASTIZ : Non, on ne va libérer personne et on va continuer à s’amuser avec vous comme bon nous semble. De toi, il ne restera rien, tu disparaîtras comme tous les autres, et on continuera jusqu’à ce qu’il n’en reste plus un seul.»

Notre invitée : Gabrielle Layat

Gabrielle Layat, Gabrielle Layat sœur d'Alice Domon
Gabrielle Layat, Gabrielle Layat sœur d'Alice Domon © Radio France

Gabrielle Layat sœur d'Alice, de 10 ans sa cadette. Gabrielle est la dernière d’une fratrie de 7 enfants, Alice était la quatrième. Aide soignante, puis infirmière, Gabrielle Layat est désormais à la retraite près de Besançon. Elle est allée deux fois en Argentine : la première fois c’était en 2007 pour rencontrer les témoins de la vie d'Alice à la Villa Lugano Perrugoria mais aussi à la ESMA (école mécanique de la marine ou des français ont été torturés). La seconde c’était en 2010 pour témoigner au procès. « L'ange blond de la mort » n'était pas là. L'ancien officier de marine Alfredo Astiz, 58 ans, responsable de l'enlèvement et la disparition de centaines de personnes pendant la dictature argentine (1976-1983), est venu au tribunal, mais a écouté l'audience dans une pièce à côté. Le verdict « perpétuité »!

Notre invité : Eric Domergue

Eric Domergue, envoyé spécial permanent en Argentine pour le quotidien La Croix.
Eric Domergue, envoyé spécial permanent en Argentine pour le quotidien La Croix. © Aucun(e)

Eric Domergue est envoyé spécial permanent en Argentine pour le quotidien La Croix. Il est installé à Buenos Aires depuis plus de 50 ans. Il a lui aussi perdu son frère Yves Domergue, l’un des 20 Français victimes disparues sous la dictature militaire Argentine. Porté disparu depuis septembre 1976, les ossements d’Yves ont été identifiés 34 ans plus tard, en 2010.

Le Scénariste : Julien Barazer

Julien Barazer, scénariste
Julien Barazer, scénariste © Radio France

Julien Barazer, vit et travaille à Paris. Après des études en cinéma à Douarnenez puis à Rennes, il s’oriente vers le théâtre et réalise ses premières mises en scène autour de textes de Pasolini, Fassbinder, Genet, Lagarce… En 2009, il participe au « Festival International des Traditions du Jeu de l’Acteur » à Buenos Aires, dont il reprendra l’organisation jusqu’en 2014. En 2015, il intègre l’atelier scénario de La Fémis, dirigé par Éve Deboise. Il y développe l’écriture de son premier long-métrage « Le serment des lutteurs ». Actuellement, il travaille sur l’écriture de fictions radiophoniques pour France Inter. Il intervient également auprès d’artistes dans des missions d’accompagnement, notamment pour Yann Tiersen, Luciano Rosso, Alfonso Baron, Hermes Gaido (compagnie argentine Un Poyo Rojo) ou encore la musicienne Tiny Feet.

Générique:

C'était, ALICE DOMON que la douleur ne me soit pas indifférente

Répétition Alice et Astiz
Répétition Alice et Astiz © Radio France

De Julien Barazer

Avec :

Sonia Masson Alice Domon
Thibault Mullot Alfredo Astiz
Monica ledesma Teresa
Aurélien Osinski Rodolfo Walsh
Et les voix de Leticia Gutierrez, Pablo Contestabile, Rafael Bianciotto, Enrique Morales, Pauline Bolcatto
Bruitages : Elodie Fiat
Prise de son, montage et mixage : Pierre Monteil et Lidwine Caron
Assistante à la réalisation : Clémence Bucher
Réalisation : Michel Sidoroff

Documentation:

  • Lettres d’Alice Domon, une disparue en Argentine de Diana Beatriz Vinoles paru aux éditions Karthala 2016.

  • Film documentaire d’Alberto Marquardt intitulé « Yo sor Alice » Distributeur Point du jour / Année de production 2001.
Gabrielle Layat et Christophe Barreyre
Gabrielle Layat et Christophe Barreyre © Radio France

Programmation musicale: Leon Gieco "Solo le pido a dios" et Nina Simone "Wild is the wind"

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