Un reportage de Rémi Favre à Rangoon, en Birmanie

Un journaliste: « Aujourd’hui, nous ne pouvons pas critiquer l’armée... ni le ministère de la défense... ni les anciens dictateurs... comme le général Than Shwe... »

la lnd dit avoir remporté 44 des 45 sièges en jeu en birmanie
la lnd dit avoir remporté 44 des 45 sièges en jeu en birmanie © reuters

Nous somme en Birmanie et ce journaliste dénonçant les interdits et autres restrictions, est déçu. Certes, à partir d’aujourd'hui, le pouvoir birman autorise les entreprises privées à lancer des journaux quotidiens. Cela n’était pas arrivé depuis 1962, lorsque l’armée avait pris le pouvoir et nationalisé la presse.

Mais cette libéralisation des médias se fait en trompe-l’œil.

Les imprimeries tournent à plein régime en Birmanie, seize journaux ont reçu l’autorisation de passer au format quotidien dont Eleven Media une rédaction dirigée par Wai Phyo. Il prévoit de recruter une quarantaine de reporters supplémentaires...

Wai Phyo: « Notre bureau des impressions a déjà des rotatives car nous nous préparons à passer en format quotidien depuis deux ans. Nous prévoyons de distribuer notre journal à 6h du matin à Rangoon, 7h à Naypyidaw, 9h à Mandalay... »

Le nouveau régime civil birman a aboli le système de censure en place depuis 1962. La presse est en plein essor, les journalistes espèrent augmenter les tirages de leurs publications et diversifier leurs contenus. Thiha Saw est rédacteur en chef d’un journal économique.

Thiha Saw: « En ce qui concerne les prix, un hebdomadaire coûte aujourd’hui environ 50 à 60 centimes de dollar. Les quotidiens seront sans doute beaucoup moins chers. Par exemple, les quotidiens de propagande gouvernementale coûtent moins de dix centimes, vraiment bon marché. Donc, si les journaux ne sont pas chers, plus de gens pourront les acheter. Les quotidiens du gouvernement couvrent principalement des informations gouvernementales : ce que fait le Président Thein Sein, le ministre du Commerce, ou encore celui de la Défense. C’est tout. Donc, je crois que les quotidiens privés auront un rôle important à jouer: ils vont combler un besoin en nouvelles fraîches. »

Mais le régime vient de dévoiler un projet de loi sur les médias très restrictif. D’après ce texte, le gouvernement peut ne pas délivrer l’autorisation de publication aux journaux qui lui déplaisent... une nouvelle forme de censure. U Win Tin, journaliste, et membre fondateur du parti d’opposition Ligue nationale pour la démocratie.

U Win Tin: « Ils [les militaires] savent que, une fois qu’ils n’auront plus la main sur les médias, ils perdront le pouvoir. C’est pour cela, que, même si nous avons environ 300 revues qui sont publiées en Birmanie, il y en a plus de 150, peut-être 200, qui leur appartiennent, à leurs enfants, à leurs amis... et cetera... »

Les journalistes birmans protestent contre ce projet de loi, ils espèrent négocier avec le ministre de l’Information, avant que le texte ne soit présenté au parlement.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.