Un questions-réponses réalisé avec Christine Dupré, en direct de Prague, en République tchèque

brouillard
brouillard © noematique

L a République tchèque est de nouveau touchée, depuis plus de deux semaines, par le « smog », un brouillard très polluant issu de particules chimiques et industrielles et qui complique la vie des personnes atteintes de maladies respiratoires. On pensait ce genre de pollution disparue depuis la chute du communisme, il y a 22 ans, mais ce n’est visiblement pas le cas.__

__ Depuis quelques jours, cela va mieux à Prague, mais le « smog » reste présent sur la plus grande partie du pays. Selon les météorologues, le phénomène serait dû à une inversion très précoce et durable des températures. Le « smog » dégage une odeur de brûlé, il irrite les bronches et fait parfois mal à la tête. Partout, sa concentration a dépassé au cours des dernières semaines le seuil de 50 microgrammes par mètre cube d'air, le seuil de dangerosité pour les malades respiratoires. Dans certains quartiers de Prague situés dans une « cuvette », ce chiffre a été multiplié par trois ! Et ce n'est rien par rapport à la situation dans la région de Moravie du Nord, encore industrielle, dans l'Est du pays. Là-bas, les habitants d'Ostrava, la métropole régionale, doivent faire face à des concentrations de polluants de 300 microgrammes par mètre cube.

Pour autant, ce n'est pas le même « smog » qu'à l'époque communiste. Les Tchèques ne se chauffent plus guère à la lignite et l'activité de la sidérurgie a beaucoup diminué. Arcelor-Mittal, qui a racheté les plus grandes aciéries d’Ostrava, a investi 250 millions d'euros dans des filtres anti-rejets industriels.

Mais la pollution due à la circulation automobile a pris le relais. Le parc automobile ne cesse de grandir car au pays du constructeur Skoda, on aime sa voiture.

- Les autorités ont-elles pris des mesures face à cette situation ? A Ostrava, une ville pauvre, les autorités ont rendu les transports en commun gratuits lors des pics de « smog ». Mais c'est une ONG qui informe les citoyens en temps réel de l'évolution de la pollution en envoyant des infos sur les smart phones.

A Ostrava toujours, on blâme la sidérurgie polonaise : les usines situées de l'autre côté de la frontière seraient bien plus polluantes que les aciéries tchèques et l'acier polonais bien plus compétitif au niveau des coûts. Et par conséquent, les autorités affirment que les aciéries locales ne pourront investir davantage dans des technologies plus propres sans financement européen. A Prague, riche capitale, la municipalité n'a strictement rien fait pendant la vague de « smog » car la Ville a bien trop peur de contrarier les automobilistes.

__ - Que disent les citoyens de tout cela ? En Moravie du Nord, les gens sont excédés. Ils ne veulent plus des joutes politiciennes autour du « smog », ils veulent juste pouvoir respirer. Ils ont bien accueilli la proposition du Maire d’Ostrava qui voudrait que d'ici vingt ans, les Tchèques passent à la voiture électrique. Et puis, il ne s'est rien passé de plus. Les autorités locales et nationales attendent que tout cela se tasse. Le ciel finira bien par s'éclaircir et au printemps, tout le monde aura oublié.

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