Un reportage de Reza Nourmamode, à La Paz, en Bolivie

Jose Luis Udaeta, membre de l’association des riverains de Miraflores : «Nous ne nous opposons pas au développement. Nous voulons que notre ville grandisse. Mais là, c’est de l’abus . »

Le Paz
Le Paz © auldhippo

Jose Luis habite La Paz, en Bolivie, et n’en peut plus de la croissance chaotique de sa cité.Depuis deux ans, les grandes villes du pays connaissent un taux record de constructions d'immeubles.

Capitale nichée à3.600 mètresd’altitude, coincée entre les montagnes de la Cordillère des Andes, La Paz ne peut plus croître que verticalement et les conséquences en sont parfois désastreuses, des constructions bancales aux soupçons d’argent sale recyclé dans l’immobilier.__

Avec plus de 600 constructions d’immeubles en cours, la ville de La Paz est devenue un paradis pour les promoteurs. A Miraflores, l’un des quartiers résidentiels historiques de La Paz, on détruit les maisons pour les remplacer par des édifices de dix, quinze ou vingt étages. Pour ceux qui vivent à côté des chantiers, c’est le ras-le-bol.

Alvaro Cortez, délégué de l’association des riverains de Miraflores : « Nous sommes à l’intérieur d’une des maisons affectées. D’abord, il y a un mur qui est tombé. Le promoteur de l’immeuble a fait reconstruire le mur, mais il l’a mal fait. Et le propriétaire de la maison a du refaire son mur lui-même. Ensuite, c’est le sol qui s’est affaissé de 5 à 6 centimètres »

Encastrée dans les Andes, La Paz manque d’espace pour faire face à la demande de logements.

Autre souci, 70% des 200 000 constructions que compte la ville ont été réalisées sans permis et sur des sols souvent fragiles. En février dernier, un glissement de terrain géant a même détruit un quartier entier, engloutissant plus de 500 maisons.

Javier Crespo est architecte et conseiller à la mairie de La Paz.

Javier Crespo : « Si on veut étendre le tissu urbain, il faut aussi étendre le réseau des services basiques et celui des transports. Or, vu les conditions topographiques de La Paz, cela est extrêmement compliqué. Pour ma part, je pense que nous sommes à la limite de l’extension horizontale du tissu urbain »

Favorisé par des taux d’intérêts très bas, le boom immobilier bolivien est également soupçonné d’être lié au blanchiment de l’argent sale du trafic de drogue.

Le directeur de la Fundacion Milenio, l’économiste Napoleon Pacheco.

Napoleon Pacheco : « Dans les pays avec une très forte présence du narcotrafic, l’une des méthodes utilisées pour blanchir les dollars, c’est justement l’immobilier : l’achat-vente d’appartements, la construction d’immeubles. Donc si on observe ce qui se passe en ce moment en Bolivie, on peut penser que ce facteur influe sur le boom immobilier actuel »

Transparence financière et sécurité des habitants, ce sont les deux défis à surmonter pour permettre à la ville de continuer à grandir.

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