Un reportage de Gabriel Khan, correspondant pour RFI et France 24 aux Philippines

Rosemary Terenza, une domestique :

Ils me laissaient seule dans cette maison. Je passais mon temps à pleurer. Même les enfants me voyaient pleurer. Je n’en avais pas honte. Ma patronne me disait « va pleurer dans la salle de bain, tu es une femme stupide » .

Les Émirats Arabes Unis ont besoin de main d’œuvre étrangère pour pouvoir fonctionner. Selon un récent rapport de l’organisation de défense des droits de l’Homme basée aux États Unis, Human Right Watch, cette main d’œuvre étrangère représente désormais près de 90% des habitants des Émirats. En leur sein, les domestiques ont un statut à part. Ils ne sont pas protégés par le droit du travail et dépendent donc totalement du bon vouloir de leur employeur. Une situation parfois proche de l’esclavage.

Comme des milliers d’autres philippins expatriés à Dubaï, Rosemary Terenza, une domestique d’une quarantaine d’année, a été bannie à vie des Émirats Arabes Unis. Son crime : s’être enfuie de chez son employeur.

Rosemary Terenza, une domestique :

J’ai commencé à travailler dans cette maison le 25 mai. Ils m’ont tout confisqué : tous mes documents, mes téléphones, les médicaments que j’avais apportés des Philippines. Ils m’ont tout pris. Puis ils m’ont expliqué qu’ils ne voulaient pas que j’aie des amis à l’extérieur et que je n’aurai pas de jour de repos pour éviter que je sois tenté de me trouver un petit ami dehors. Ils refusaient que j’aille sur la véranda et que j’adresse la parole à quiconque. Quand ils se rendaient au travail et que les enfants allaient à l’école, ils m’enfermaient. Je n’avais pas le double des clefs. Je ne comprends pas pourquoi ils me traitaient ainsi. J’ai fini pas comprendre que je devais chercher à m’enfuir.

Plus de 25 000 philippines travaillent officiellement comme domestiques dans les Émirats. Si la plupart se disent satisfaites de leurs conditions de travail, un grand nombre dénonce des conditions difficiles, sinon injustes et parfois cruelles. Kristie Mae Templa dirige à Dubaï l’association d’expatriés Philippins Gabriela.

Kristie Mae Templa, directrice à Dubaï de l’association d’expatriés Philippins Gabriela :

Premièrement, elles sont mal payées. En outre leur passeport est confisqué dès leur arrivée à l’aéroport. Dans la plupart des cas, une fois qu’elles entrent dans la maison de leur employeur, elles ne verront plus jamais le monde extérieur. Elles sont retenues dans l’enceinte de la résidence de leur employeur, où elles travaillent 24h sur 24. Elles font presque tout dans la maison : la vaisselle, la cuisine, le ménage, s’occuper des enfants, laver les voitures et même le jardinage. Elles sont souvent mal nourries. Si elles quittent leur travail avant la fin de leur contrat elles sont bannies à vie des Émirats, car elles ont violées le contrat signé.

Les Émirats Arabes Unis n’ont pas ratifié la convention de l’Organisation Internationale du Travail concernant le travail décent des travailleurs domestiques. Mais ils ont rédigé un projet de loi. Selon des medias émiratis, cette loi imposerait aux employeurs d’accorder à leurs domestiques un jour de congés hebdomadaire ainsi que des vacances annuelles et que la prise en charge de leurs soins médicaux.

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