Un questions-réponses réalisé avec Frédéric Ojardias, en direct de Seoul, en Corée du Sud

Lee Kun-Hee
Lee Kun-Hee © worldtvpc

En Corée du Sud, le conglomérat Samsung, numéro 1 mondial des téléphones portables, première entreprise high-tech au monde (pour son chiffre d’affaires), est secoué par un conflit digne de la série Dallas. La richissime famille Lee, propriétaire de l’empire Samsung, se déchire de façon spectaculaire au sujet de l’héritage laissé par le fondateur de l’entreprise. Une lutte qui surprend : la famille Lee était jusqu’ici réputée pour son goût du secret. Quelles sont les raison de ce conflit ?

Le patron actuel du groupe, Lee Kun-hee, l’homme le plus riche de Corée, est poursuivi en justice par son frère et sa sœur. Lee Kun-hee est accusé d’avoir endossé en son nom des actions qui appartenaient à son père, le fondateur de Samsung, mais qui auraient dû être partagées entre tous.

Son frère et sa sœur lui demandent aujourd’hui la bagatelle de 650 millions d’euros. Il faut savoir que Lee Kun-hee est le troisième fils du fondateur du groupe Samsung. Il a succédé à son père lors de sa mort en 1987 et a fait de l’entreprise familiale une multinationale qui a accumulé les succès extraordinaires dans l’électronique grand public, mais aussi dans la construction, la finance, l’hôtellerie, les bateaux, l’armement…

Ces actions revendiquées par les frères valent donc aujourd’hui une fortune. Et à cette dispute financière s’ajoutent aussi de vieilles rancœurs autour de cette succession à la tête de l’entreprise, notamment de la part du frère aîné, auquel son père a préféré le cadet, alors que selon la tradition confucéenne, c’est lui qui aurait dû être choisi !

- Les Sud-Coréens se passionnent pour ce feuilleton qui s’étale en Une de tous les journaux

Tout à fait !La famille Lee s’était jusqu’ici montrée très discrète, voire mystérieuse, et aujourd’hui, ses membres s’insultent par voie de presse. C’est le grand déballage. Lee Kun-hee a déjà déclaré qu’il ne donnerait « pas un centime » à ses frères. L’aîné, qui a 80 ans, a répondu que son jeune frère se comportait comme un « gamin », qui toute sa vie avait « agi par cupidité ».

Ce n’est cependant pas la première fois que les riches familles propriétaires de conglomérats sud-coréens se déchirent : le groupe Hyundai, par exemple, a connu un conflit similaire concernant sa succession.

Cette dispute rappelle aussi aux Coréens, en version capitaliste, ce qui se passe en Corée du Nord : le dirigeant Kim Jong-il a lui aussi choisi son troisième fils, Kim Jong-un, pour lui succéder, écartant et isolant ainsi l’aîné, Kim Jong-nam, qui aujourd’hui, n’épargne pas son frère dans la presse.

- Cette dispute pourrait-elle avoir des conséquences pour le groupe Samsung ?

En théorie, oui. Lee Kun-hee contrôle les 83 filiales de son groupe à travers un jeu très complexe de participations croisées entre toutes ces filiales. Et si les juges donnent raison à ses frères, il pourrait perdre une partie des actions qui assurent son contrôle sur son empire.

Mais cela n’arrivera probablement pas : le groupe Samsung est responsable, à lui tout seul, d’une partie non négligeable des exportations sud-coréennes, et donc de la très forte croissance du pays… Jamais le gouvernement ne laissera la première entreprise du pays être ainsi affaiblie !

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