Un questions-réponses réalisé avec Sophie Guesné, en direct de Sarajevo, en Bosnie

Drapeau bosniaque
Drapeau bosniaque © Radio France

La Bosnie fête aujourd’hui les 20 ans de son indépendance de l’ex-Yougoslavie, obtenue par référendum, une indépendance qui conduira le pays à une guerre entre Bosniaques musulmans, Croates et Serbes, faisant environ cent mille morts et plus de deux millions de réfugiés. Deux décennies après son indépendance, où en est la Bosnie ?

Le tableau n’est pas très réjouissant. Dans le domaine économique, la Bosnie peine toujours à attirer les investissements étrangers et à créer des emplois. Le chômage concernerait, selon les estimations, entre 40 et 60% de la population active. Le travail au noir et le système D restent fréquents, de même que la corruption, à petite ou grande échelle.

Du point de vue politique, il y a trois présidents : un Bosniaque, un Croate, un Serbe et deux entités, la Republika Srpska (RS) ou Serbes de Bosnie, centralisée, et la fédération dite « croato-bosniaque » composée de 10 cantons.

Cette complexité administrative représente un véritable gouffre financier et le pays ne compte pas moins, par exemple, de treize ministres de l’Education, ce qui rend toute réforme, à l’échelle du pays, difficile, voire le plus souvent impossible. Le tout reste également très fragile, toujours menacé 20 ans après l’indépendance, 16 ans après la fin de la guerre, par les volontés d’indépendance des nationalistes serbes et des Croates de Bosnie.

- Avec un tel tableau, on semble loin de toute adhésion à l’Union européenne...

Absolument. Il y a eu quelques avancées, comme la fin du système des visas pour se rendre dans l’espace Schengen. Mais alors que la Croatie devrait intégrer l’Union au 1er juillet 2013 et la Serbie recevoir, peut-être cette semaine, son statut de candidat, la Bosnie, elle, n’a toujours pas déposé sa demande de candidature.

Le nouveau gouvernement a affirmé la semaine dernière que le pays pourrait le faire officiellement d’ici cet été. Il reste encore quelques conditions à remplir, notamment une réforme de la Constitution jugée discriminatoire par la Cour européenne des Droits de l’Homme, envers ceux qu’on appelle ici les « Autres », à savoir ceux qui ne sont, ni Bosniaques, ni Croates, ni Serbes… notamment les Roms et les Juifs.

- Cette annonce du gouvernement semble-t-elle réalisable?

Elle est en tout cas envisageable. Au cours des dernières semaines, et après plus de seize mois de blocages, la Bosnie a connu quelques avancées. Il y a enfin un gouvernement et des lois importantes ont été adoptées, notamment sur la question des aides d’Etat et d’un futur recensement de la population. Ces lois étaient exigées par Bruxelles.

Pour autant, la Bosnie est un pays très difficile à réformer, et déposer sa candidature, cela ne veut pas dire être prêt à recevoir le statut de candidat ! La route sera encore longue avant de l’obtenir et plus encore avant d’intégrer l’Union européenne.

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