Un questions-réponses réalisé avec Michel Picard, en direct de Nicosie, à Chypre

Drapeau Chypre
Drapeau Chypre © FLACKXS

La petite République Turque de Chypre du Nord est le dernier territoire européen où l'homosexualité est un délit puni par la loi. Une triste réalité, illustrée une nouvelle fois par l'arrestation, mi-octobre, d'un responsable politique chypriote grec.

L'ancien ministre des Finances, Michalis Sarris, 65 ans, actuel membre de la Commission de réunification de l'île, a été arrêté par la police dans la partie nord de Nicosie. Les forces de l'ordre ont fait irruption dans un domicile privé, où ils ont appréhendé, en petite tenue, le Ministre et deux autres hommes.

Immédiatement emmenés au poste de police, ils sont suspectés de « prostitution », « actes sexuels contre nature » et de « conspiration en vue de commettre un crime ». Car à Chypre Nord, l'homosexualité est un délit puni par 5 ans de prison ferme. Après plusieurs jours derrière les barreaux, l'homme politique a pu retrouver la liberté en échange d'une caution de 46.000€.

Les trois hommes vont être jugés le 16 novembre prochain. Deux autres hommes arrêtés dans les mêmes circonstances en juillet sont, eux, toujours en attente de jugement.

- Comment a-t-on réagi à cela, à Chypre ?

Associations de défense des droits de l'Homme, responsables politiques et avocats sont aussitôt montés au créneau, dénonçant des arrestations illégales, contraires à la Convention européenne des droits de l'Homme. La loi en question est un héritage colonial britannique que la partie Sud a abrogé en 1998, mais qui est toujours en application au Nord.

Si la partie sud de Chypre appartient à l'Union européenne, dans la partie nord, en raison de l'occupation turque depuis 1974, l'appartenance communautaire à l'Union est suspendue jusqu'à une réunification de l'île. Cette république autoproclamée de Chypre nord non reconnue par la communauté internationale fait tout de même partie, juridiquement de l'Union européenne. Le Parlement européen a été saisi de cette affaire et plusieurs eurodéputés n'ont pas hésité à dénoncer des arrestations en complète violation du droit international et du droit humain à la vie privée.

- Et donc, peut-on envisager une abrogation de cette loi à Chypre-Nord ?

C'est en tout cas ce que promettent les responsables politiques sur place. D'autant qu'une telle loi n'est plus en vigueur non plus en Turquie, mère-patrie du lieu.

Mais il va falloir composer avec, d'un côté, des médias locaux qui n'ont pas hésité à justifier la loi incriminée, reflétant ainsi une partie de l'opinion de la population ; et de l'autre côté, un tourisme étranger qui ne cesse de croître, seule véritable manne financière en raison des différents embargos auxquels est soumis ce petit territoire. Des touristes qui ne comprennent pas l'existence d'une telle législation. La médiatisation de cette « affaire Michalis Sarris » pourrait, en tous cas, aider les responsables politiques, s'ils en ont réellement la volonté, à jeter aux oubliettes cette loi d'un autre siècle.

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