Un reportage d'Amélie Baron, à Port-au-Prince, en Haïti

Michel Martelly : « L'heure n'est plus à l'assistanat mais à l'investissement durable. Haïti est ouverte aux affaires de manière irréversible. Haïti is open for business ! » Inaugurant le Parc industriel Caracol, le Président de la République haïtien Michel Martelly veut montrer au monde que son pays est en train de changer. La construction de ce parc industriel de la côte nord a été en partie financée par le gouvernement américain et la Banque interaméricaine de développement.

En Haïti, le salaire minimum légal inférieur à 4 euros par jour attire les multinationales et d'ici 5 ans, le site industriel pourrait employer jusqu'à 65 000 personnes.

Mais les critiques sont nombreuses contre ce parc qui menace notamment la richesse écologique de la région.

Dans l'immense hangar, les chants évangéliques diffusés par hauts parleurs couvrent difficilement le bruit des machines sur lesquelles des centaines de femmes cousent et repassent des t-shirts. La compagnie coréenne Sae-A prévoit d'implanter douze ateliers du même type à Caracol. Son directeur exécutif, Daniel Chow fait la visite, au pas de course. Daniel Chow, directeur exécutif de Sae-A : « C’est la première usine de couture que nous faisons fonctionner. 1500 personnes vont travailler dans chaque usine. Nous avons déjà embauché 1050 employés et nous avons déjà envoyé notre première cargaison aux Etats-Unis, pour Wallmart » Le président haïtien Michel Martelly est fier du site mais il voit déjà plus grand.

Michel Martelly : « Malgré son potentiel de créer 65.000 emplois, le parc industriel de Caracol n’est qu’une initiative pionnière. De cette expérience nous avons tiré des leçons édifiantes que nous attendons appliquer pour mettre en place d’autres parcs, dans d’autres régions du pays. Le parc industriel de Caracol marque la transition vers les investissements. Il signale également que l’Etat haïtien acquiert de plus en plus le savoir-faire pour mieux gérer son espace. Pour coordonner l’appui de ses partenaires internationaux »

Mais tous ne partagent pas cet enthousiasme. L'économiste altermondialiste Camille Chalmers voit en ce parc industriel une grossière erreur. Camille Chalmers : « Le parc industriel de Caracol est installé sur une zone fertile et dans un pays comme Haïti qui est déjà déficitaire sur le plan alimentaire, il est impensable que des zones productives puisse être sacrifiées et bétonnées pour faire des industries de sous-traitants » Il s'inquiète surtout pour les dégâts des usines sur l'écosystème de la baie de Caracol. Camille Chalmers : « C’est une zone qui renferme à peu près 34% des réserves de mangrove du pays. C’est une zone où il y a une barrière de récif coralien très très intéressante. On parle de 60.000 emplois, donc vous imaginez bien que dans les prochaines années vont arriver au moins 300.000 personnes. Il ne faut pas seulement compter les ouvriers mais aussi leurs familles, ce qui signifie une augmentation de la pollution, avec les déchets plastiques, etc. Et on remarque dans les différents plans d’aménagements qui existent aujourd’hui que rien n’est prévu au niveau des infrastructures scolaires, de santé publique, de loisirs, etc. Dons on aura probablement un immense bidonville à l’image de cité Soleil » Ces mêmes risques sociaux avaient été pointés du doigt par différents bureaux d'expertise américains dans des rapports publics remis aux bailleurs, mais les plans n'ont pas changé.

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