Un reportage de Sébastien Farcis, à Bombay, en Inde

Sanjay :

Klaxonner ? C'est obligatoire ! Regardez cette voiture, elle va à droite, à gauche... On ne sait pas où elle va. Là, je klaxonne, comme ça elle va tout droit, et je passe.

Sanjay est un conducteur de rickshaw, ces petites motos taxis typiques de l’Inde et comme les 100 000 autres qui parcourent cette ville, il se fraie un passage dans les rues surchargées de Bombay grâce à une technique : le klaxon !

Bombay, ville de près de 20 millions d’habitants qui vient d'être classée par un centre de recherche « ville la plus bruyante d’Inde », et l'une des plus bruyantes au monde. Alors, peu à peu, les autorités commencent à essayer de réguler, très timidement, cette anarchie sonore.

Journée assez classique à Bandra, dans un quartier assez huppé de Bombay. Les voitures, les camions, les rickshaw, se disputent la route à coup de klaxon, qu'ils utilisent autant comme avertisseur, rétroviseur, ou comme clignotant. Le problème, c'est que nous nous trouvons ici devant un hôpital, un lieu qui est considéré par la justice indienne comme une zone de silence.

Selon les relevés de la mairie, les habitants de Bombay vivent dans un bruit permanent de 65 à 70 décibels, soit un niveau 4 fois supérieur à celui recommandé par l'Organisation Mondiale de la Santé. Ce qui fait de Bombay l'une des villes les plus bruyantes au monde.

Mais cela, c'est juste pour le bruit de fond. Car ensuite, viennent les centaines de dieux hindous et leurs festivals.

Le niveau est à 99,3 db. On dit que si vous vous exposez à un son de 85db pendant un long moment, vous commencez à devenir sourd.

Sumaira Abdulali est la fondatrice de l'association Awaaz, qui se bat pour obliger la mairie à appliquer la loi nationale, qui impose des seuils de décibels à ne pas dépasser et instaure des zones de silence. Il est presque 22 h, et elle vient de s'arrêter, munie d'un sonomètre, au bord d'une avenue, où le Shiv Sena, le parti hindouiste et majoritaire à Bombay, a déployé d'énormes enceintes autour desquelles dansent une centaine de personnes :

La police dit souvent qu'elle ne veut pas sanctionner les célébrations religieuses car cela pourrait créer des troubles. Mais elle a quand même imposé que ces fêtes s'arrêtent à 22h et ne se tiennent pas dans les zones de silence. Donc elle peut agir. Mais elle préfère ne pas le faire quand ces festivals sont organisés par des dirigeants politiques. Le problème est donc plus politique que religieux.

Cependant, Cette anarchie sonore pourrait rapidement devenir un problème de santé publique, alerte le Docteur Uppal, spécialiste en ORL.

La perte de l'ouïe est comme un poison lent. Les gens ne s'en rendent pas compte, mais elle survient couramment chez ceux qui vivent près des carrefours ou entendent les musiques des festivals en continu. Le bruit permanent entraîne également une perte de sommeil, de l'énervement, l'augmentation de la pression artérielle et donc des problèmes cardiaques.

Ces jours-ci a lieu la fête de Diwali, le nouvel an hindou, et cette fois, ce sont des pétards que l'on entend partout.

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