Un reportage de Laurie Fachaux, entre Montevideo et Bella Union, en Uruguay

Ricardo :__ « On espère que le gouvernement va bien réfléchir et qu’il va donner des terres aux salariés ruraux. A ceux qui en ont besoin, à ceux qui la travaillent, à ceux qui en extraient des produits avec leur sueur, et leur travail. »

Canne à sucre
Canne à sucre © Rita Willaert

Ricardo Solis est coupeur de canne à sucre et « paysan sans-terre » comme on les appelle en Uruguay. Dans la capitale, à Montevideo, devant le ministère de l’Agriculture, cet ouvrier agricole venu du Nord du pays manifeste pour obtenir des terres à cultiver.

Car des milliers d’hectares de terres appartiennent à des multinationales ou des spéculateurs et comme lui, beaucoup de paysans se retrouvent privés de leurs terres.

En Uruguay, les paysages sont dominés par des champs de soja à perte de vue et d’immenses forêts d’eucalyptus. Elles appartiennent à des multinationales venues fabriquer de la pâte à papier. Au total, plus de 30% des terres uruguayennes sont aux mains d’investisseurs étrangers.

Dans le Nord du pays, près de Bella Unión, beaucoup de terres restent en friche, les spéculateurs attendant le bon moment pour vendre, et ainsi, effectuer une plus-value.

Cela provoque la colère de la population, car dans cette région subtropicale, les sols sont très fertiles et les habitants vivent principalement de la canne à sucre.

Encore faut-il pouvoir la cultiver, comme le dénonce Jorge Rodas. Il préside UTAA, le syndicat des coupeurs de canne à sucre de cette région.

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Jorge Rodas : « Nous, on est fatigués de discuter. On exige maintenant que l’état sorte de sa bureaucratie, de tous ses papiers, et qu’il règle enfin certains problèmes : il y a une spéculation démesurée, et un accaparement de la terre par ceux qui ont beaucoup d’argent. En même temps, les multinationales et les entreprises de pâte à papier ne paient pas d’impôts, parce qu’elles sont dans des zones franches ! »

Le prix de la terre augmente de manière vertigineuse : plus de 500% ces dix dernières années. Les principales victimes sont les petits paysans qui travaillent dans des conditions difficiles. C’est le cas de Juan Santana. Il coupe la canne à sucre depuis qu’il a 11 ans.

Juan Santana :« C’est un travail pénible. Il faut que je prenne des médicaments maintenant, pour ne pas avoir trop mal aux hanches et au dos. Quant à ma retraite, le salaire d’un ouvrier agricole est de 110 euros par mois en Uruguay. Alors avec ça,

c’est presque impossible de pouvoir arrêter de travailler. »

Le problème paraît insoluble, car l’état uruguayen affirme ne pas avoir les moyens de racheter la terre. Aucune politique d’expropriation n’est sur les rails, contrairement au Venezuela par exemple, et l’Uruguay n’a pas non plus l’intention d’augmenter les impôts des entreprises étrangères sur son territoire.

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