« Il faut en finir avec ce risque de mort pour la femme. Parce que tant qu’il n’y aura pas de loi, cette activité continuera dans la clandestinité. Et malheureusement ce sont les femmes les plus pauvres qui souffrent le plus de cette situation d’illégalité».

Manifestation avortement brésil
Manifestation avortement brésil © Radio France / Anne vigna

Il y avait même des hommes à la manifestation à Rio de Janeiro en faveur de l’avortement, une manifestation qui a lieu depuis 20 ans dans toute l’Amérique latine où la situation n’a guère évolué même avec la gauche au pouvoir dans un grand nombre de pays. Aujourd’hui sur tout le continent, l’avortement est légal uniquement à Cuba, dans la ville de Mexico et en Uruguay. Et bien sûr l’avortement clandestin est pratiqué partout avec plus ou moins de chances selon le prix qu’on peut payer. Un reportage à Rio de Janeiro de Anne Vigna

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, tous les deux jours, une brésilienne meurt lors d’un avortement pratiqué clandestinement. Celles qui peuvent s’offrir les services d’une clinique privée ne connaissent généralement pas de complications. Mais pour les plus pauvres, l’avortement signifie souvent la mort. Soit parce que la clinique n’était pas professionnelle soit parce que le médicament n’était pas le bon. Pourtant dans la société, le sujet reste tabou et n’est jamais abordé en termes de santé publique mais tourne toujours autour de la question religieuse. Grâce à une récente étude, on sait aujourd’hui à quel point le phénomène est important. C’est ce que nous explique Beatriz Gilli, elle est chercheuse et spécialiste de la question au Brésil :

L’étude estime que près d’un million de femmes avortent chaque année dans le pays. Et leur profil est celui de femmes mariées, qui ont déjà eu des enfants, pratiquante et appartenant à toutes les classes sociales. L’avortement est une des causes principales d’hospitalisation des femmes. Et dans certains hôpitaux, il existe le même nombre de femmes qui accouchent et celles qui viennent pour complications après un avortement clandestin.

Alors malgré ces données alarmantes pour la santé des femmes, la situation est bloquée. Le Congrès brésilien aujourd’hui est un des plus conservateurs de l’histoire. C’est ce que nous explique Ludmilla, venue à la manifestation même sans grand espoir de changement.

Manifestation avortement brésil
Manifestation avortement brésil © Radio France / Anne vigna

On souffre en ce moment de ce qu’on appelle une vague de traditionalisme. On a au Congrès un groupe parlementaire qu’on nomme BBB pour Bœuf, balle et bible. Ce sont les élus qui défendent les intérêts de l’agroalimentaire, de la légalisation du port d’armes et le groupe religieux qui sont eux qui font tout pour contrer toutes les avancées pour les droits et la santé des femmes. C’est effrayant.

L’avortement clandestin a donc encore de beaux jours devant lui. Au Brésil, un avortement dans une vraie clinique coûte près de 5 salaires minimum. Un budget inaccessible pour la majorité de la population qui continuera à avorter dans des conditions précaires. Le seul pays qui a vu récemment le nombre d’avortement baisser est l’Uruguay juste après l’avoir légalisé.

Manifestation avortement brésil
Manifestation avortement brésil © Radio France / Anne vigna
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