Reportage à Naïrobi, au Kenya, de Stéphanie Braquehais

Njoki Ngumi, l’une des scénaristes du film du film « Stories of our lives » :

Ils ont dit un tas de choses. Ils ont dit que le film contenait des obscénités. Alors, oui, il y a une scène où un personnage dit des choses vraiment horribles à son ami dont il vient de découvrir qu’il est gay. Et ils ont dit aussi que le film faisait la promotion de l’homosexualité, ce qui est contraire à la loi kenyane.

Stories of our lives
Stories of our lives © Radio France

Njoki Ngumi , scénariste, travaille dans les bureaux du collectif d’artistes Nest , à Nairobi, au Kenya. Le film qu'elle a coécrit raconte 5 histoires gays et lesbiennes. Jusque-là,rien d’exceptionnel, sauf qu'au Kenya, les autorités ont interdit la diffusion du film sur le territoire depuis octobre dernier. Et ce, bien que le film ait été sélectionné au festival international du film de Toronto, au Canada.

C’est une maison d’un étage dans le quartier Kilimani à Nairobi qui accueille le collectif Nest, jeunes artistes alternatifs. A l’étranger, Stories of our lives est célébré pour sa qualité, alors qu’au Kenya, il est conspué. Un paradoxe pas toujours évident à gérer.

Njoki Ngum :

Il y a une scène où deux filles deviennent très proches et ils ont eu un problème avec cette scène disant que cela faisait la promotion du sexe pour des adolescents qui sont à un âge vulnérable. Nous trouvons que c’est une vision réductrice car d’une part, oui, les adolescents ont des relations sexuelles que cela nous plaise ou non et d’autre part, oui certains ont des relations homosexuelles.

Le but de ce film était justement de lutter contre les tabous et sensibiliser le public kenyan sur une population victime de discrimination. Si la situation des homosexuels au Kenya n’est pas aussi dramatique qu’elle ne l’est en Ouganda ou au Nigeria, un petit parti a tout de même proposé une loi devant le parlement qui prévoyait la lapidation pour les gays.

Si cette loi n’a reçu aucun soutien, le collectif s’est tout de même vu refuser début octobre l’autorisation de diffuser par le comité de classification des films. Dix jours plus tard, le producteur, George Gachara était arrêté par la police. Il a été relâché depuis mais un procès est en cours dont la prochaine audience aura lieu en mars 2015.

Njoki Ngumi :

Nous avons présenté le film en sachant qu’on nous poserait un certain nombre de questions. Donc, l’interdiction totale faisait partie des possibilités. Mais…

Sunny Dolat, coauteur :

Nous espérions qu’un dialogue se mettrait en place. Nous pensions qu’ils nous appeleraient pour nous suggérer de couper telle ou telle scène. Et là, le dialogue est possible, la négociation peut commencer.

Entre la recherche, le casting, le tournage et le montage, le film a mis un an et demi a être finalisé. Sunny Dolat est le chef décorateur. Habitué à jongler avec de petits budgets, il est le roi de la débrouille. :

Si nous avons besoin d’une lumière particulière, nous sommes du genre à aller acheter des ampoules à l’hypermarché Nakumatt et à créer cette lumière à partir de rien.

Sélectionné au festival de Toronto, le film n’a donc été diffusé qu’une seule fois, dans la ville canadienne. Mais l’équipe de Nest ne compte pas s’arrêter là et vise maintenant les festivals européens.

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