Un questions-réponses réalisé avec Frédéric Ojardias, en direct de Séoul, en Corée du Sud

Travailleuse coréenne
Travailleuse coréenne © ores2k

« Travailler moins… pour embaucher plus » ? Le débat a lieu en Corée du Sud, où, com me en France, des échéances électorales approchent. Le gouvernement de droite, en mauvaise posture dans les sondages, a annoncé qu’il voulait créer des emplois en réduisant le temps de travail. Quelle est la durée légale du travail en Corée ?

On peut travailler ici jusqu’à 52 heures par semaine, (une durée qui n’inclut pas les heures supplémentaires le week-end), si bien qu’il n’est pas rare, pour un Sud-Coréen, de passer en toute légalité 68 heures – ou plus - par semaine dans son entreprise.

Mais pour un Coréen, c’est tout à fait normal. Rester de longues heures au bureau, y passer la nuit, voire ses week-ends, c’est faire preuve de son dévouement. Il est par exemple très mal vu qu’un employé parte du bureau avant son supérieur hiérarchique.

Résultat : la Corée du Sud est parmi les pays de l’OCDE celui qui travaille le plus : plus de 2 100 heures par an et par personne en moyenne en 2010. A titre de comparaison, en France, c’est environ 1 550 heures par an. C’est ce qui explique – en partie – comment la Corée, autrefois un pays très pauvre, est devenue en quelques décennies la quinzième économie de la planète.

Le problème, c’est qu’en contrepartie, la productivité horaire est l’une des plus faibles des pays développés. On reste très tard au bureau, certes, mais souvent pour ne pas y faire grand-chose. Et puis bien sûr la qualité de vie n’est pas... disons, optimale.

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- Le gouvernement veut donc réduire cette durée du temps de travail

L’idée – elle n’est pas nouvelle - c’est d’obliger ainsi les entreprises à embaucher plus. Les quotidiens sud-coréens ont donné en exemple le constructeur automobile Hyundai. On y travaille en moyenne 55 heures par semaine ; réduire ce nombre d’heures permettrait d’embaucher 6 000 employés en Corée.

Il y a aussi d’autres avantages : cela permettrait d’améliorer la qualité de vie des Sud-Coréens, et aussi de relancer la consommation.

Ce qui est paradoxal, c’est que ces mesures sont prises par un gouvernement de droite, aux politiques économiques très libérales. Mais on est en période électorale ici aussi, et le problème du chômage s’aggrave. Si en Corée du Sud le taux de chômage officiel est de 3.5% seulement, en réalité, ce taux est beaucoup plus élevé.

- Comment réagit le patronat sud-coréen à cette mesure ?

Sans surprise, les patrons ont crié au scandale, et ont assuré que limiter les heures supplémentaires aurait des « conséquences graves sur l’économie du pays », et que recruter de nouveaux employés coûterait trop beaucoup cher.

Les très puissants conglomérats, les « chaebols », estiment que la mesure met en danger leur compétitivité. Et ils vont donc user de toute leur influence pour que - en pratique du moins – les Coréens puissent continuer à trimer jusque tard dans la nuit.



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