Un reportage de Bineta Diagne, à Agnack, en Casamance, au Sénégal

Maïmouna Seydi : « Auparavant, nous ne nous entendions pas. Nous ne nous fréquentions pas. Mais depuis qu’on exploite ce périmètre maraîcher, tout est rentré dans l’ordre : nous sommes devenues des amies, nous ne nous souhaitons que du bien. »

Faim : le Sénégal montre la voie.
Faim : le Sénégal montre la voie. © radio-france

Nous sommes en Casamance dans le Sud du Sénégal, et Maïmouna Seydi, que vous venez d’entendre, est fière d’exploiter son lopin de terre. Et pour cause : elle participe au projet de réconciliation des populations autour d’un but commun : la récolte de légumes.

Depuis 30 ans, les rebelles du Mouvement des forces démocratiques de Casamance mènent dans cette région un conflit indépendantiste qui a fait des milliers de victimes et dévasté l’économie locale. Les femmes vectrices de paix en Casamance.

C’est un grand potager borné par des palmiers. Plusieurs femmes cultivent l’oignon et le haricot. Cela représente un revenu conséquent pour ces femmes car parmi elles figurent plusieurs mères de familles qui tentent de reconstruire leur foyer, à l’image de Diarétou Sagna, qui avait fui le conflit, en Gambie.

Diarétou Sagna : « Avec mon mari, nous étions réfugiés en Gambie. Lorsque nous avons entendu dire que la sécurité était revenue, nous avons décidé de rentrer au village. Le retour était difficile : la maison était intacte, mais on nous a tout volé. Nous n’avions plus rien. Il me fallait retrouver rapidement des revenus. »

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Les récoltes permettent à ces femmes de payer la scolarité de leurs enfants et les médicaments en cas de maladie. A l’origine, ce périmètre maraîcher a été mis en place il y a trois ans pour réunir les femmes autour d’un projet commun. A ce jour, il compte 4 hectares, que se partagent 411 femmes. Maïmouna Seydi est la présidente du groupement des femmes d’Agnack.

Maïmouna Seydi : « Sur ce périmètre, chaque femme a sa parcelle. Nous cultivons chaque type de légumes en même temps. Nous avons plusieurs commissions chargées de la vente et de l’entretien du matériel. »

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Au-delà du maraîchage, ce périmètre a permis de réconcilier les populations dans cette zone de conflit, car le village d’Agnack compte six ethnies différentes. Ces populations ont été profondément divisées. Témoignage de Woury Wade, qui avait fui la crise.

Woury Wade : « Avant de travailler dans ce projet, j’avais moi-même des réticences : je ne parlais pas aux gens du village, j’étais méfiante vis-à-vis des autres. Tout le monde avait peur. On vivait repliés sur nous-mêmes, on n’osait pas s’adresser la parole… Nous n’avions pas confiance, à cause du conflit. »

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Le projet maraîcher produit des résultats, mais il reste encore beaucoup à faire pour que la vie du village reprenne réellement son cours. La production d’anacarde, par exemple est toujours paralysée, comme l’explique Mamina Mané, membre de l’Usoforal, une association qui a soutenu les femmes d’Agnack.

Mamina Mané : « La plupart des champs se situent à la lisière de l’autre communauté rurale, qui était le théâtre des opérations : cela faisait face au cantonnement de l’une des ailes les plus radicales du Mouvement des forces démocratiques de Casamance, celle de Salif Sadio. Jusqu’à nos jours, les gens hésitent encore à aller au-delà de deux kilomètres d’Agnack. C’est à cause des hommes armés, mais aussi des mines ».

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A côté de cette exploitation maraîchère trônent les ruines d’un atelier de poterie, détruit pendant le conflit. Cette organisation projette de le réhabiliter pour diversifier les activités du village.

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