Un reportage de Pascale Guéricolas, au Québec

Nadia Ménard, biologiste :

A partir de 2008 on a constaté une hausse des mortalités des nouveaux nés, et aussi des femelles qui mourraient en donnant naissance.

Le déclin de l’espèce dont parle la biologiste Nadia Ménard concerne le béluga. Une petite baleine blanche qui vit toute l’année dans le lac Saint-Laurent, au Québec, connue pour ses chants.

Depuis 5 ans, on retrouve beaucoup de carcasses de ce cétacé sur les côtes. Ce qui inquiète cette scientifique qui travaille au Parc Marin du Saguenay, un endroit où on peut observer les bélugas.

Le béluga, cette baleine blanche qui a survécu aux campagnes d’extermination des années 40, a subi de plein fouet la pollution aux métaux lourds du fleuve dans les années 80. Les concentrations de contaminants diminuent depuis quelques années. Malgré tout, la population des cétacés perd ses nouveaux nés en grand nombre depuis 2008.

Les biologistes mènent l’enquête pour comprendre les causes de ce déclin, qui s’expliquerait peut-être par le manque de glace l’hiver.

Robert Michaud, biologiste:

Aujourd’hui, c’est possiblement les changements climatiques qui les rattrapent parce qu’ils sont vulnérables, parce qu’ils ont été fragilisés par l’histoire de la chasse de l’industrialisation. Et aujourd’hui, on documente des changements spectaculaires dans l’environnement des bélugas, qui coïncident avec le déclin. Certaines des proies présumées des bélugas ont connu des changements importants dans leur distribution et leur abondance au cours des dix dernières années. On a connu des changements remarquables au niveau de la température du Saint-Laurent, tout couvert de glace, et avec ceux-ci coïncide le déclin de la population.

Très prisés par les touristes qui participent à des croisières d’observation, les bélugas peuvent aussi être perturbés par les activités humaines.

Nadia Ménard, biologiste du parc marin du Saguenay, un endroit où on les retrouve en grand nombre, s’inquiète des effets de la circulation maritime:

Le pic de présence de ces embarcations là, c’est au mois de juillet et août, qui correspondent à la période de mise-bas des bélugas et à la période d’apparition des jeunes qui viennent de naître. Un dérangement lorsqu’une femelle tente de mettre bas, cela peut induire des complications. Et souvent, une femelle qui met bas, elle est beaucoup plus présente en surface, donc beaucoup plus visible, beaucoup moins mobile. Et le jeune qui bien de naître, évidemment, aussi.

Les autorités du parc voudraient limiter la vitesse ou la circulation des navires dans certaines zones sensibles. Les scientifiques veulent comprendre les causes du déclin des bélugas, afin d’anticiper les changements des climatiques dans le fleuve Saint-Laurent.

Robert Michaud, biologiste :

Je crois qu’au cours des prochaines décennies, on va voir plusieurs espèces disparaître, comme il y en a toujours eu, mais le rythme auquel elles vont le faire sera plus important et plus grand drame, c’est qu’elles vont disparaître sans qu’on comprenne pourquoi.

Pendant qu’on s’agite sur son sort, la baleine blanche prend ses quartiers d’hiver dans le golfe du fleuve Saint-Laurent.

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