Reportage d’, notre correspondante à Sao Paulo, au Brésil

Francisco de Araújo, adjoint à l’environnement :

Toute cette bande de terre exposée au soleil permet de bien comprendre la tragédie que nous vivons. Il y a près de 35 mètres de différence entre le niveau actuel et le niveau normal du réservoir.

Nous sommes à Bragança Paulista, à deux heures de la mégapole de Sao Paulo, devant le principal réservoir d’eau du système cantareira, un des plus grands systèmes d’approvisionnement d’eau au monde et qui abreuve Sao Paulo. Depuis le début de l’année, le paysage ici est d’une complète désolation. Ce qui semble une mine à ciel ouvert était en réalité un immense lac artificiel nous explique l’adjoint à l’environnement de la ville. L’Etat de Sao Paulo, 40 millions d’habitants, vit une crise hydrique sans précèdent et personne n’est en mesure de dire comment la principale région économique du pays va terminer l’année alors que la saison des pluies est terminée.

Depuis le début de l’année, les coupures d’eau à Sao Paulo durent plusieurs heures par jour. C’est le système qu’a trouvé l’entreprise en charge de l’eau pour faire baisser la consommation. Cela fonctionne en partie mais pour combien de temps ? Les gigantesques travaux pour pomper plus d’eau ne seront prêts que dans un an. En attendant, l’État n’a aucune solution. Pour Marcelo Cardoso, spécialiste de l’eau, il est temps de changer complètement la gestion de l’eau

Marcelo Cardoso, spécialiste de l’eau :

Malheureusement, la population n’est pas consciente de la magnitude de la crise et des difficultés qu’on va connaître ces prochaines années. Le changement climatique avec la déforestation de l’Amazonie nous oblige à mettre en place un nouveau modèle de gestion de l’eau dans le futur, c’est très important.__

Car c’est bien d’Amazonie que viennent les abondantes pluies de l’été qui génèrent 40% du PIB de l’Amérique latine. La moitié de l’Amazonie est désormais déforestée ou dégradée et le Brésil comme le reste de l’Amérique latine va en sentir les effets. Pour Malu Ribeiro de l’ONG Sos forêt atlantique, cette crise hydrique n’est pas une surprise.

Malu Ribeiro, membre de l’ONG Sos forêt atlantique :

En 2001, nous avons connu une gigantesque panne électrique qui avait déjà comme toile de fond la diminution de nos réserves d’eau. Il était déjà temps à ce moment-là d’accélérer un programme de récupération de ces bassins hydrologiques. Mais au contraire, la réforme du Code forestier voulu par l’agrobusiness qui gaspille près de 70% de l’eau, a encore un peu plus fragilisé les ressources en eau, sans prendre en compte les alertes lancées par les scientifiques brésiliens. Alors bien sûr, la conséquence ne pouvait être que cette crise.__

Comment la ville de Sao Paulo va-t-elle terminer l’année ? Personne ne le sait mais pour la première fois, les Paulistes se tournent vers l’Amazonie. La grande forêt, jusque-là négligée, va-t-elle obtenir une vraie protection maintenant que l’on sait que l’économie et même la vie dans la grande ville dépendent finalement d’elle ?

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