Un reportage de Pascale Guéricolas, à Montréal, au Québec

Etudiants manifestants (Québec)
Etudiants manifestants (Québec) © Radio France / Romain Dumont

« On n’est pas illégal », un slogan que l’on entend souvent, en ce moment, dans les rues de Montréal et d’autres villes du Québec. Face à la police qui cherche à arrêter leurs manifestations, les étudiants revendiquent le droit de défiler, comme ce soir, à Montréal, où il est minuit, pour la 8ème soirée consécutive.

Depuis près de 3 mois, ils protestent contre la hausse de 75% sur 5 ans des droits d’inscription à l’université décrétée par le gouvernement québécois.

Pour l’instant, la situation est totalement bloquée, aucune négociation n’est prévue avec les autorités.

Pour le gouvernement, l’affaire est entendue : les étudiants doivent contribuer davantage à l’effort financier des contribuables pour l’éducation. Une grande partie des étudiants refusent, eux, de voir les droits d’inscription à l’université augmenter de 75%. Pour les convaincre, les dirigeants québécois leurs ont proposé d’étaler cette hausse sur sept ans. Ce qui, avec l’indexation du coût de la vie, revient encore plus cher selon cet étudiant.

Un étudiant manifestant : « Ce que le gouvernement Charest propose de faire, c’est d’étirer le problème sur sept ans au lieu de cinq ans. La conséquence, c’est qu’au lieu d’avoir une hausse de 1625 dollars, on a une hausse de 1778 dollars »

Concerts de rue, chorégraphies en plein air, blocages de ponts, d’universités… Les étudiants rivalisent d’imagination depuis trois mois pour prendre publiquement la parole. Un éveil de la jeunesse qui surprend au premier chef cet étudiant.

Un étudiant manifestant : « Le Québec est en train de se réveiller par rapport à beaucoup de problèmes sociaux, par rapport aux classes sociales, à la situation des pauvres versus celle des riches, par rapport à la politique et à comment elle fonctionne. On est en train réagir à ça, on est en train de sortir du cynisme. J’ai l’impression qu’il y a des choses qui vont changer »

En 70 jours, Montréal a connu plus de 160 manifestations de toute sorte, un record. Cela commence à avoir des conséquences économiques pour les commerçants, mais aussi sur les frais liés aux forces de police. Des élus municipaux, comme Réal Ménard, Maire d’un arrondissement d’Hochelaga, craignent que la situation ne s’aggrave.

Réal Ménard : « C’est évident que plus on va aller, plus la dynamique de la radicalisation va caractériser le conflit, car les étudiants n’auront plus rien à perdre. Les sessions vont être terminées, donc il va vraiment y avoir une frange du mouvement qui va se radicaliser et on craint beaucoup que cela bascule vers des scénarios de scènes de violence qui ne seront agréables pour personne »

Deux associations étudiantes ont proposé au gouvernement des mesures pour mieux contrôler les dépenses des universités plutôt que d’en augmenter les frais. Une attitude qui déçoit la ministre de l’Education, qui juge que les étudiants campent sur leur position.

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