Un reportage de Carrie Nooten, à Kuala Lumpur, en Malaisie

Malaisienne chinoise venue assister au meeting de l’opposition, le PR (Pakatan Rakyat) : « Le BN (Bari sian Nasional), ça fait 56 ans qu’il est au pouvoir. C’est trop long ! Maintenant, il faut une alternance. Une alternance pour qu’un bon gouvernement nous apporte du changement. Un peu comme avec Obama ! »

Kuala Lumpur (Malaisie)
Kuala Lumpur (Malaisie) © sidorenko_alexey_a

Cette Malaisienne d’origine chinoise exprime un désir d’alternance qui se fait beaucoup entendre en ce moment dans le pays. Les élections législatives auront lieu ce dimanche et les votants devraient être beaucoup plus nombreux que d’habitude puisque, cette fois, l’opposition est bien organisée.

Aux dernières élections, en 2008, le BN, parti au pouvoir depuis la décolonisation, avait perdu sa majorité des 2/3 à l’Assemblée. Cette année, le suspens bat son plein…

Des milliers de drapeaux accrochés en haut de bambous le long des routes du pays : c’est la campagne la plus excitante qu’aura connue la Malaisie depuis le départ des Britanniques il y a 56 ans !

Pour la première fois, les Malaisiens expriment un ras-le-bol général à propos de la corruption rampante : ce sont les bourrages d’urnes supposés et les distributions d’enveloppes avant chaque scrutin qui ont permis au BN de se maintenir si longtemps au pouvoir.

La fragile opposition -une coalition de plusieurs partis aux objectifs disparates réunis sous la bannière PR– n’avait jamais fait le poids, peinant à s’entendre.

Mais voilà, depuis les dernières élections, le PR s’est frotté à l’exercice du pouvoir, et cette année, son charismatique leader, Anwar Ibrahim, n’est pas en prison. En meeting à Johor Bahru il y a quelques jours, il se disait optimiste.

Anwar Ibrahim : « Il faut en finir avec cette façon de gouverner obsolète, à mi-chemin entre l’autoritarisme et la dictature… On a montré qu’il y avait une corruption colossale dans tout le pays, des abus de pouvoirs, des insultes envers les minorités, minorités raciales ou religieuses, y compris envers les Chrétiens… et je pense que c’est le moment où il faut se lever et dire ‘mettons fin à ce racisme et à cette corruption’. »

Pays composé à 60% de Malais musulmans, à 26% de Chinois et 8% d’Indiens, la Malaisie est une mosaïque ethnique, où le BN a décidé de pratiquer la préférence nationale, mécontentant Chinois et Indiens. La classe moyenne malaise se détourne aussi du parti au pouvoir.

Pourtant, le premier ministre Najib reste populaire. Il a maintenu une économie forte, et assoupli le droit de la presse, mais cela ne suffit pas.

Explications de Bridget Welsh, professeur de sciences politiques à SMU Singapour : « C’est la première fois que l’opposition a une chance de gagner. Et on voit que ça s’intensifie dans les deux camps : d’un côté, le gouvernement se met en avant, se bat pour sa survie, tandis que l’opposition essaie d’attirer les électeurs, à travers des sessions intenses de décryptage sur les questions de gouvernance et de corruption en particulier. Chaque vote va compter… y compris ceux qui pourraient être le fruit d’irrégularités. Quelque soit le résultat, ce sera historique ! »

Chaque vote comptera, et les Indiens ou les jeunes, en particulier pourraient faire basculer le scrutin. Un quart des électeurs voteront en effet pour la première fois ! Le BN a décidé de cibler étudiants et actifs de plus de 21 ans, comme à cette sortie de métro, où des volontaires distribuent des flyers. Les jeunes, comme Amarjit Singh, semblent encore bien indécis.

Amarjit Singh, vote pour la première fois : « D’ici dimanche, je vais regarder les infos, discuter, scruter Facebook… pour voir qui est le meilleur, du PR ou du BN, le mieux à même de diriger le pays. Je n’ai pas encore fait mon choix, et je pense que la plupart des jeunes décideront de leur vote dimanche directement ! »

Et même si finalement, le mode de scrutin fait que le BN risque de l’emporter, il pourrait perdre encore plus de sièges à l’assemblée.

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