Reportage de Caroline Vicq à Buenos Aires, en Argentine

Damian Solanas : « Les droits constitutionnels des passagers ont été violés au profit des entreprises ferroviaires et en connivence avec les gouvernements qui se sont succédés ces dernières années »

Train en Argentine
Train en Argentine © ecololo

Damian Solanas, économiste et spécialistes des questions de transport ferroviaire, s’exprime au sujet de l’une des plus grandes catastrophes ferroviaires qu’a connues l’Argentine la semaine dernière. Les freins d’un train de banlieue n’ont pas répondu. Bilan de l’accident : 51 morts et plus de 700 blessés.

Une tragédie qui résulte du fait que depuis des années, les Argentins voyagent dans des trains vétustes, sur des voies en très mauvais état. Tout le monde s’en plaint et pourtant, personne ne fait rien. Comment et pourquoi en est-on arrivé là ?

Dans le train qui mène au centre de Buenos Aires, Martin est indigné.

Martin : « J’arrive tout le temps en retard, parfois de deux à trois heures. Il y a des wagons qui prennent feu, les toilettes ne marchent pas, il n’y a pas de lumière. On n’a plus de droits. Où va donc l’argent ? »

L’argent, ce n’est pas seulement le prix de son ticket, mais ce sont aussi les bénéfices des entreprises ferroviaires, les subventions de l’Etat et les pots-de-vin des différents gouvernements. Des millions de dollars censés moderniser les installations, mais qui sont allés directement dans les poches des entreprises ferroviaires. Tout le monde est au courant de ces pratiques, comme Jorge, qui a perdu son fils de 32 ans dans l’accident la semaine dernière.

Jorge : « C’est un assassinat politique. Je le dis avec douleur. On prive les passagers de sécurité. Tout l’argent, les subventions qu’ils ont eues pour maintenir les voies, pour moderniser les chemins de fer, ils l’ont volé ! L’Etat, et les entreprises ferroviaires. Ce sont tous des voleurs aux gants blancs. Mais maintenant, leurs gants sont rouges parce qu’ils sont tachés de sang, avec ces 51 disparus… morts de manière indigne »

Pourtant, l’Argentine n’a cessé de développer ses chemins de fer. En 1955, avec Peron au pouvoir, on comptait 50 000 km de voies ferrées, le réseau le plus étendu au monde. Aujourd’hui, il y en a presque cinq fois moins et dans un état lamentable.

Explications de l’économiste et spécialistes des questions de transport ferroviaire, Damian Solanas.

Damian Solanas : « Ils ont commencé à agir dans les années soixante à l’encontre des intérêts du chemin de fer en réduisant puis en fermant énormément de voies. Ça a un rapport avec la montée de l’industrie automobile, et avec le niveau du prix du pétrole très bas à cette époque. A partir de là, tous les gouvernements, y compris les différentes dictatures, ont mené cette politique de fermeture des voies. Puis, dans les années 90, tout le chemin de fer a été privatisé et géré par quatre entreprises ferroviaires. Il y a donc une responsabilité directe de tous les gouvernements, des années 90 avec Menem jusqu’à aujourd’hui, car ces gouvernements ont fait table-rase des chemins de fer et ont suivi un modèle de paupérisation du système ferroviaire »

Pour beaucoup, la solution est la renationalisation, pour offrir enfin aux Argentins un service public digne de ce nom.



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