Reportage de David Baché, correspondant au Mali

mine de Koflatié, cercle de Kangaba, dans le sud-ouest du Mali
mine de Koflatié, cercle de Kangaba, dans le sud-ouest du Mali © David baché

Le préfet adjoint de Kangaba, Chiaka Magassa :

Ce qui est décrié par les populations c'est surtout les conditions dans lesquelles l'administration minière délivre les permis.

Le Mali est le troisième producteur d’or d’Afrique. Le précieux minerai y est exploité par des sites industriels, mais aussi par des mineurs artisanaux, qui pratiquent ce que l’on appelle l’orpaillage. Sauf que ces derniers mois, les conflits entre industriels et orpailleurs se multiplient, provoquant parfois des interventions musclées des forces de l’ordre…

Les conflits entre les petits orpailleurs et les entreprises minières multinationales ne sont pas nouveaux. Et pour Modibo Keita, de la Fédération nationale des orpailleurs du Mali, ce sont les permis délivrés par les autorités qui sont à l’origine des problèmes…

Modibo Keita, membre de la Fédération nationale des orpailleurs du Mali :

L'état vend des permis. Les entreprises là, si on te donne un permis, tu vas trouver qu'il y a des gens qui sont en train d'y travailler gentiment va essayer de chasser les orpailleurs d'où ils ont acheté la terre. Même le droit coutumier normalement, quand tu touches à des droits coutumiers, on doit annuler tes permis.

mine de Koflatié, cercle de Kangaba, dans le sud-ouest du Mali
mine de Koflatié, cercle de Kangaba, dans le sud-ouest du Mali © David Baché

Pendant longtemps, mineurs artisanaux et industriels ont malgré tout réussi à cohabiter. Mais depuis la crise économique qui a suivi le Coup d’Etat de mars 2012, les sites d’orpaillages attirent de plus en plus de monde et de matériel.

Chiaka Magassa est le préfet adjoint de Kangaba :

Au sens du code minier de l'orpaillage artisanal, il y a certaines outils qui sont utilisés. Ce que nous voyons aujourd'hui, si le terrain dépasse ses outils et matériels qui sont autorisés dans l'orpaillage artisanal notamment aurjoud'hui concasseurs, beaucoup, beaucoup de machines que l'on retrouverait dans l'exploitation d'une petite mine. Or ce sont des gens qui viennent s'installer sans aucune autorisation. ça fait intervenir des acteurs nationaux, ça fait inervenir des acteurs internationaux. Les gens viennent avec des machines qui ne sont pas autorisées chez eux, ils exploitent les richesses de notre sous-sol, ils emportent chez eux. C'est un manque à gagner pour l'Etat.

En juillet, une vingtaine de mineurs artisanaux et un gendarme ont été tués à Kobada, cercle de Kangaba, après que l’entreprise African Gold Group a demandé aux forces de l’ordre d’expulser les orpailleurs présents sur le site.

Une présence officiellement illégale, mais pour laquelle les orpailleurs paient malgré tout une taxe communale…

Aujourd’hui, Bamako tente d’organiser le secteur de l’orpaillage. Premier objectif : percevoir des taxes sur l’or produit artisanalement.

Bourama Cissé, de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives :

Aujourd'hui nous avons une déclaration annuelle de 4 tonnes pour l'exploitation artisanale de l'or. Les spécialistes tombent d'accord pour dire que c'est plu que ça, d'à peu près 20 tonnes. C'est un manque à gagner pour l'Etat, c'est de l'évasion fiscale. Pour contrôler, il faut d'abord maitriser l'activité de l'orpaillage, organiser le secteur.

Mais pour cela, il faudra attribuer des zones d’exploitation aux mineurs artisanaux. Dont les représentants préviennent déjà qu’ils n’entendent pas laisser la plus belle part aux sites industriels.

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