Un reportage de Mathilde Auvillain, à Rome, en Italie

Amine, jeune Tunisien :

Quand tu arrives ici on te déshabille, on t’enlève tout, on te donne une combinaison et deux petits chaussons, parce que sans chaussures, tu peux pas courir et t’enfuir.

Les baques des immigrés clandestins détruites sur l'ile de Lampedusa
Les baques des immigrés clandestins détruites sur l'ile de Lampedusa © Radio France / EVALMIR

Amine, jeune Tunisien, raconte son séjour dans le CIE (Centre d’identification et d’expulsion) de Ponte Galeria où il a été retenu pendant deux mois et demi parce que son permis de séjour avait expiré.

Régulièrement surpeuplés, ces centres de rétention deviennent de véritables poudrières, sans compter qu’ils coûtent cher à l’Italie en temps de crise.

A mi-chemin entre le centre de Rome et l’aéroport, chaque matin, le portail du Centre d’Identification et d’Expulsion de Ponte Galeria s’ouvre pour laisser passer une camionnette de la police. De nouveaux migrants viennent remplacer ceux expulsés quelques heures plus tôt.

Tôt le matin, ils arrivent avec les chiens, comme s’ils venaient capturer un boss mafieux. Ils te mettent les menottes, ils lèvent la couverture et te pointent leur lampe torche dans les yeux. Ils te sortent du lit avec une férocité inouïe alors que tu es encore en train de dormir, il est 5h30 à 6h du matin. C’est organisé en fonction des horaires des avions pour les différents pays d’origine.

Amine, jeune Tunisien, a passé 75 jours derrière les grillages et les fils barbelés du centre de rétention de Ponte Galeria. Il a finalement pu obtenir un permis de séjour et sortir de cette « cage » comme il dit.

Dès que tu entres là dedans tu subis une agression morale. On te pousse à détester l’Italie et les Italiens, on fait tout pour que tu aies envie de partir. Dès le premier jour on te dit que tu ne pourras pas résister plus de 24h la dedans, parce qu’il y a trop de mauvaises personnes, qu’il vaut mieux que tu déclines tout de suite ton identité et ta nationalité… Ces petits jeux-là.

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Les centres de rétention coûtent cher à l’Etat italien : environ 30 euros par jour et par migrant, sans compter le prix du charter. Les ONG dénoncent un véritable « business de l’immigration ». Gabriella Guido, présidente du comité LasciateCIEntrare :

A Gorizia, 13 personnes font l’objet d’une enquête pour fausse factures: l’association gérant le centre déclarait avoir 100 migrants en pension alors qu’il n’y en avait que 70. C’est un délit pénal! Personne ne peut ou ne veut vérifier les comptes… et voilà ce qui arrive ! __

La surpopulation chronique de ces centres débouche régulièrement sur des révoltes. La dernière en date a eu lieu en Calabre le 15 août, après la mort d’un demandeur d’asile. La situation devient chaque jour plus critique alors que des centaines de migrants et réfugiés continuent de débarquer sur les côtes italiennes.

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